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la poésie perdait de son respect pour la quantité et pour la mesure, que le vers, cessant de se régler sur le nombre de pieds composés de syllabes longues et brèves, ne comptait plus que le nombre de syllabes, abstraction faite de leur valeur, la rime s'introduisait comme supplément nécessaire. La chanson de Clotaire I], qui mourut au commencement du septième siècle, est entièrement rimée. Muratori cite plusieurs pièces du siècle précédent, entre autres une hymne de saint Colomban, qui procède par distiques rimés, et un morceau sur saint Boniface, en petits vers rimés de deux en deux.
L'abbé Lebœuf a transcrit deux odes tirées d’un manuscrit du neuvième siècle, où la rime est employée : l’une est de saint Paulin, patriarche d'Aquilée, né en Austrasie; l’autre de Pierre de Pise, grammairien de Charlemagne.
Vers le même temps, l'usage de la rime s’établit également dans la poésie théotisque ou germanique. Un prêtre, nommé Sigefroi, à la prière de Waldon ou Walthon, dixième évêque de Frisingue, mit en vers rimés le Nouveau- Testament. Otfride, savant moine de Wissembourg, écrivit aussi divers ouvrages en vers théotisques rimés, notamment une paraphrase
ciens Carthaginois , puisqu'on la rencontre dans l'Inde , à la Chine , dans l’Arabie , dans la Perse, en Amérique. Dans notre Europe, la rime fut inapercue d'abord ; quand le moment vint où elle devait se produire, on la vit apparaître de plusieurs côtés en même temps et sous diverses formes latine , germanique , romane. Le goût de cette nouveauté dégénérant en passion, la rime devint l’unique objet du travail et de la sollicitude des poëtes. Nous aurons occasion de noter à quel degré d'extravagance bizarre son despotisme s’exerça sur la langue vulgaire ; elle ne se montra ni moins fantasque ni moins absolue dans l’idiome d’Horace et de Virgile. Il n'y eut plus de vers latins où elle n'entrât : pièces sérieuses ou lécères, profanes ou sacrées, tout en fut infecté. Dans les profonds loisirs du cloître, on s’imposa les tàches les plus difficiles ; on se joua des plus pénibles efforts; les poëtes ne jugèrent plus suffisant que la rime revint à la fin de chaque vers : ils voulurent que chaque vers rimät avec luimême , et que chacun de ses hémistiches ramenât le même son. Ce n’est pas tout : on brisa, on suspendit le même vers en trois ou quatre endroits, pour y loger, bon gré, mal gré, autant