‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 121 sur 914 · LE RETOUR DU BEAU TEMPS · texte numérisé non relu

LE RETOUR DU BEAU TEMPS

E l'emps a laissié son manteau De vent , de froidure et de pluye, {Et s’est vestu de broderye

7 De soleil luisant , cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau,

Qu'en son jargon ne chante ou crye :

Le Temps a laissié son manteau

= De vent, de froidure et de pluye.

Charles d'Orléans, fils ainé de Louis de France, duc d'Orléans, et de Valentine de Milan, naquit à Paris, en 1391. Dès sa plus tendre jeunesse, il s’appliqua aux lettres latines et françaises; elles lui fournirent de précieuses consolations dans les malheurs qui assaillirent sa longue et orageuse vie. Deux fois vaincu dans l’espace de quelques années, il fut fait prisonnier à la bataille d'Azincourt , et conduit en Angleterre, où il demeura viagtcinq ans. En l’année 1440, Philippe-le - Bon, duc de Bourgogne, le ramens en France, où il mourut le 8 janvier 1467, emportant les regrets publics.

La plus grande partie des vers du poëte grand sei,neur cst consacrée à l'amour. Dans quelques pièces, il gémit sur les malheurs de sa patrie; dans d'autres, il cherche à nous attendrir sur son sort ; dans toutes, malgré le tribut que l'auteur paya au mauvais goût du siècle , il se fait re-

Rivière , fontaine et ruisseau Portent en livrée jolie

Gouttes d'argent d'orfévrerie ; Chascun s’habille de nouveau :

Le Temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye.

marquer par la noblesse des sentiments, comme par la grâce et la naïveté du style. Le recueil manuscrit de ses productions poétiques a pour titre : Ballades du duc d’Orléans; elles étaient ignorées même de Boileau , qui d'ailleurs a eu le tort de passer sous silence plusieurs des écrivains qui ont commencé à faire fleurir la poésie dans notre France. L'abbé Sallier fut le premier qui nous révéla l'existence de ces productions. Vincent Chalvet, ancien bibliothécaire à Grenoble , les a fait imprimer sous ce titre : Poësies de Charles d'Orléans, pire de Louis XII et oncle de François 1°", roi de France, 1803, in-12; el il dit dans sa préface, « qu'il retrouve dans les poésies de Charles d'Orléans le molle et facetum qui distingue le chantre de Lesbie , le doux et gracieux Catulle. »

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Voici en que!s termes M. Villemain s'exprime sur le talent de notre poète.

« L'éducation poétique de Charles d'Orléans paraît se lier À cette école subtile et allégorique dont le Roman de la Rose était le code ; sans cesse Faux-Semblant , Rel-Accueil, Dangier et autres personnages allégoriques, figurent dans ses vers. Plus d’une fois il altère ce qu’il sent lui-même par les choses qu'il imagine, ou plutôt par les imaginations toutes faites qu'il emprunte. L'allégorie était devenue une espèce de mythologie dont les poëtes n'osaient se départir. Mais, sous ce costume nouveau, sa dé: marche est gracieuse et libre. Et puis, quand ilregrette la Franceet les affections qu'il y conserve, ilest poëte de cœur. » Ce n'est pas tout : il est aussi très-spirituel , surtout dans l'expression et dans le tour. C'est un esprit comme

E, la forest d’ennuyeuse tristesse,

Un jour m'advint qu’à part moi cheminoye ; Si rencontrai l’amoureuse déesse

Qui m'appella, demandant où j'alloye.

Je répondis que par fortune étoye

Mis en exil en ce bois, long-temps a,

Et qu'à bon droit appeler me pouvoye L'homme esgaré qui ne sçait où il va.

En sousriant, par sa très-grande humblesse, Me respondit : Ami, si je savoye

Pourquoi tu es mis en ceste destresse,

De mon pouvoir volontiers t'aideroye ;

Car jà pieçà je mis ton cœur en voye

De tout plaisir : ne sçais qui l'en osta.

Or me déplaist qu'à présent je te voye L'homme esgaré qui ne sçait où il va.

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