‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 133 sur 914 · À HE M · texte numérisé non relu

À HE M

Comme la faux qui renverse toute herbe, Et mis en paix, union et concorde, Les héritiers de litige et discorde.

En cette joie et triomphe authentique, Se présenta vers la cour déifique, Heureuse paix, dame très-honorée, Prisée ès cieux, en terre désirée, Près de laquelle, en grand’ autorité, Étoit Justice avecque Vérité :

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Et tellement qu'il détient sous ses mains, Comme sujets, tous les siècles humains.

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Qu'en un moment le siècle illumina ; Et furent lors ses doux yeux incités

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ds De l'autre part, dame Miséricorde, Ont tous jugé qu’assez Mars avoit eu he

de Mère de Paix, nourrice de Concorde '. | Pouvoir en terre, et que l'humain lignage ..

ce Ces dames lors, de Grâce autorisées, | Plus ne pouvant supporter son orage, °,e

= Près Jupiter étoient intronisées, Ce dieu dès lors ses étendards plieroit, in

a Auquel prié ont, en grand révérence, | Et dame Paix en terre descendroit. ce

we Que dame Paix pour lors ait audience; | | sn

Laquelle chose aux dames accordée, Qui lars ouyt la foudre et le tonnerre, cs

cs Telle oraison fut par Paix recordée. Que Mavors fit au sortir de la terre", à

ja Bien eust eu cœur plus dur que roc ou marbre, ce « Or est ainsi que Mars, dieu très puissant, S'il n'eust tremblé comme la feuille en l'arbre. de Plus que jamais va son nom accroissant , Paix descendit, qui tel clarté donna, de

x Monarques n'a, tétrarques ou empires,

Le Qui n'ait tremblé sous ses fureurs et ires;

a se Ni bourgs, chästeaux, manoirs, villes campaignes,

Le Où n’ait planté ses guidons ou enseignes :

5e En mer, en terre, il a fait desployer

du Ses estendards, et armes flamboyer ;

de Et qu’ainsi soit, voyez dame Nature,

do Qui nuit et jour, moyennant géniture,

. Bastit et œuvre hommes forts et puissans,

Lesquels meurtrit en la fleur de leurs ans.

se Voyez les bleds, vignes et autres fruits,

Le Que nature a de sa grâce produits,

si Manger en vert, et par mains ravissantes

+ Jetter par terre antes, arbres et plantes.

É » O dieux puissans, zélateurs d'amitié,

. Du genre humain veuillez avoir pitié,

ao En permettant que le puissant dieu Mars

Mette au fourreau dagues et braquemars ;

le Et que moi, j'aille en région gallique,

© Où est un roi trioinphant, magnifique,

. Plein de vertu, hardi , laborieux,

Cœur magnanime, et bras victorieux,

le Et est celui qu'on peut nommer sans vice ;

es Ami de paix, zélateur de justice,

re Hayant débats, inventeur de concorde,

. Chef belliqueux plein de miséricorde,

Le Dont le règne est tant et plus décoré,

. Que cil Saturne en son âge doré *. »

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de Les dieux oyant de Paix l’humble oraison,

cs Fondée en droit, équité et raison,

co Des deux partis le cas bien débattu,

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e ‘ Virgile a bien dit que la Justice quittant la terre vint s'as-

cs seuir dans l'Olympe, mais il n'a point placé la Miséricorde au- L près du dieu suprême. Cette idée est belle; Homère ne l'a point

ce rue, mais on lui doit la belle fiction des prières qui s'élèvent

se chaque Jour au ciel, pour porter au maître des dieux les vœux

+ etles plaintes des mortels.

ste 3 Ce portrait de Louis X11, où l'excès de l'éloge passe les

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bornes de la vérité, rappelle les vers de Voltaire dansle chant septicime de {a HJenriade :

Le sage Louis Douze, au milleu de ces rois, | S'éleéve comme un cèdre et leur donne des lols. Ce roi qu’à nos ajeux donna le ciel propice, Sur sou trône avec lul tit asseoir la justice ; JE pardonna souvent ; 1 règna sur les cœurs, Et des yeux de son peuple il essuya les pleurs... Ï !

Le nom de Sage ne convient pas d'une manière absolue à Louis X11; sujet rebelle et factieux comme duc d'Orléans, roi iatheureux à la guerre, inhabile et presque toujours trompé

en politique, il commit beaucoup de fautes qu'il aurait évilées

si la sagesse eût été la vertu de son esprit et de son Cœur. Mais

il mérita le titre de pére du peuple, et le conservera toujours.

Les vers de Voltaire, qui pourraient s'appliquer à Titus et à

d'autres princes semblables. ont le défaut de ne pas reproduire la physionomie de Louis X1T.

‘ On va retrouver les mêmes idées exprimées d'une manière qui atieste de grands progrès. Dans le cinquième livre de l'Iliade, Jupiter lui-même exprime toute son horreur pour le dica Mars , qui. blessé dans un combat par les Grecs, vient s" plaindre à son père. Jean-Baptiste Rousseau, imitant ce passage, l'a placé fort habilement dans une ode consacrée à célébrer la paix :

Telle autour d’Ilion la mort livide el blème Moissonnoît les guerriers de l'hrygie et d'Argos, Daps ces combats affreux où le dieu Mars lui-même De son sang immortel vit bouillouner les flots.

D'un cri parell ou bruit d'une armée invincible Qui s'avance au signal d’un combat furieux,

1 ébranla du cel la voûte inaccessible,

Et-vint porter sa plainte ou monarque des dieux.

Mals le grand Jupiter, dont la présence auguste l'ait rentrer d’un coup d'ail l'audace en son devoir, Interromwpant la voix de ce guerrier injuste,

Eu ces mots foudroyunts coufondit son espoir :

Ya, tyran des mortels, dieu barbare et funeste, Va fuire retentir tes regrets loin de moi,

Le tous les habitants de l’Olympe céleste

Nul n’est à mes regards plus odieux que loi.

Tigre à qui la pliié ne peut se foire entendre, Tu n’aimes que te meurtre et les embrasements; Les remparts ubattus, les palais mis en ceudre, Sont de ta cruauté les plus doux monuments.

Ces pensées des ruines qui se font chaque jour dans le monde, soit par la main du temps, soit par cel.e des hommes,

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