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Chacun les accommodait de son mieux aux airs des vaudevilles en vogue à cette époque. Il parait mèmeque pendant un été, ce fut une mode d'aller tous les soirs en promenade au Pré aux Clercs, pour chanter en chœur les Psaumes de Marot. Cette ferveur pour l’œuvre du poë:e fut troublée par la Sorbonne , qui crut remarquer de graves crreurs dans la traduction, et en porta plainte au roi. Frauçois I°* soutint quelque temps Marot ; il lui ordonna mème de continuer son travail; mais les remontrances continuelles de la Sorbonne finirent par l'emporter. La vente de l'ouvrage fut défendue. Eofin Marot, craignant des poursuites plus sérieuses, s’enfnit à Genève, en 1513. L'austérité des mœurs qui régnait alors dans cette ville, où dominait Calvin, engagea le poëte à la quitter pour aller à Turio. Il y mourut en 1554. Avant de mourir, un souvenir religieux de la patrie et de la gloire entraina Marot à visiter le champ de bataille de Cerisoles, devenu fameux par la victoire des Français.
Jodelle lui fit cette épitaphe, dans le goût de son siècle :
Querci , la cour, fe Piémont, l'univers, Me ft, metint, m'enterra, me connut; Querci, mon los; la cour tout mon temps eu; Plémount mes os, et l’uuivers mes vers.
Si l’on en croit une leitre de Marot lui-même, son premier hommage au roi de France fut /e Jugement de Minos, qui, au témoignage de l’auteur, reçut un accueil des plus favorables, Cet accueil aurait été plus juste s'il se fût agi de la pièce qui a pour titre : l’Enfer. En effet, dans cette satire du Chätelet et des gens de jus-
tice en généra}, on trouve beaucoup de vers de la bonne .
comédie et des portraits bien frappés, (els que celui-ci :
Rhadamathoo {juge assis d son aise},
Plus enflammé qu'une ardente fournaise, Les yeux ouverts, les orellles blen grandes, Fier en parler , Cauteleux en demandes, Réharbatif, quand son cœur Îl deschorge, Bref, digue d'être aux enfers en sa charge.
Le poëte peiat au vif, soit la douceur perfide et mensongère du juge qui cherche à surprendre l'accusé en lui promettant sa grâce, soit l'inhumanité de ce même juge, quise met eu colère, et ordonne la torture pour arracher un aveu à la douleur. Cette peinture se termine par ces vers :
0 chère amie, j'en ay vu martvrer,
Tout que pitié me mettait en esimoy.
Pourquoi vous prie de plaindre avec may Les Innocens qui, en tels Ileux damnables, Prenvent souvent la place des coupables.
L'accusé, c'est Marot en personne devant le juge qui lui demande son nom, répond d’une manière très-agréable, comme aurait pu faire Ovide :
En la mer suis cogneu des plus hauts dieux, jusqu'aux Trilons et jusqu'aux Néréldes ;
Ea terre aussi des Faunes et Ilymnides Cogneu je suis. Coyneu je suis d'Orphée,
De malnie nymphe et malute noble fée,
Du geniii Pan qui.les flustes manie,
L'Egié qui danse au eun de l'harmonie
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Il dit ailleurs , en jouant un peu sur les mots, ainsi qu'il est permis quelquefois à une muse badine :
Quant au surnom, ausst vrai qu'Évangile, Il tire à cil du poëte Virgile,
Jadis chéri de Mecenss à Romme :
Maro s'appelle, et Maro je me nomme ; Maro je suis, et Morol ne suis pas,
ll en fut oncq depuis le sien l'espas;
Mais puisqu'avons un vray Mcceuas ores, Quelque Maro nous pourrons veolr encores ".
Voici maintenant un portrait de Marguerite de Navarre, que La Fontaine aurait fait ainsi, mais avec uu peu plus de correction :
Rlen n'ay acquis des valeurs de ce monde Qu’one maistresse en qui gést et abonde Plus de sçavoir, parlant et escrivant, Qu'en autre femme en ce monde vivant.
C’est du frauc lys l'yssue Marguerite, Grande sur terre, envers le ciel petite ; C'est la princesse à l'esprit inspiré,
Au cœur eslu, qui de Dieu est tiré.
Marat avait viogt ans quand il présenta, comme nous l'avons dit, son Temple de Cupido à François 1°"; ce nefut pas sans quelque scrupule, ainsi que lui-même l’atteste en parlant de la faveur obtenue pour son Jugement de Minos. Mais ce bon accueil provenaîit de la matière du livre, « d'autant qu'il touchait des armes tant profitables que » décentes à jeune prince, et cestui parle d'amour effémi- » nant les cœurs haultains, et à eux peu convenable. » Ce scrupule de Marot était un avis secret de la conscience que l'auteur aurait bien fait d'écouter. En effet, quoique l’on trouve déjà dans cette production de la jeunesse du poëte, dans cette ingénieuse imitation du Roman de la Rose , le talent poétique de Marot, sa vive imagination et surtout ce naturel, le premier charme de ses ouvrages, elle ne pouvait avoir de prix que comme un début qui donnait d'heureuses espérances, eu égard à l'âge de l'auteur et au goût de cesiècle, demi-barbare et demi-policé. On tronve néanmoins dans le poëme quelques heureux détails :
Tous arbres sont en ce lieu verdoyans, betits ruisseaux yÿ furent ondoyai:s, Toujours faisant autour d'herbes menues
Un doux murmure; et quand le cler l'hèhus Avail droit là ses beaux ruyons épars,
Telle splendeur rendoit de toutes pars
Ce lieu divin, qu'aux Lurwalus bien sembloit Que terre au ciel de beauté ressembloli :
Et ailleurs :
De Cupldon le dyadème
Est de roses un chapelet,
Que Vénus cuelllit elle-même Dedsus son jardin verdelet.
Et sur le printemps nouvelet
La transit à son cher enfant, Qui de bon cour le va coifant; Puis donna, pour ces roses belles, A sa mere un char triomphant Conduit par douze colombelles.
{Un Auguste aisément fail noltre des Virglies.