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Même en comprenant parmi ses rivaux La Fontaine et Voltaire, aucun poëte français n’a surpassé Marot dans |a peésie familière; personne n'a réuni au mème degré la naïîveté, l'abandon, la fisesse de la plaisanterie, la grâce, enfin l’art de plaire et de n’y penser pas:. Peut-être Charles d'Orlésns aurait-il possédé toutes ces qualités s'il eüt vécu au temps de François I:" et dans une cour aussi polie que celle de ce prince.
Les élégies de Marot ne sont pas au mème rang que ses épitres ; cependant on y trouve des accents du cœur et une délicatesse de sentiments que l’on chercherait en vain dans l'élégie antique. Averti par un de ces souvenirs qui sont des impressions fidèlement conservées, ou iospiré par une passion du mème caractère que celle de Marot, Parny a souvent des traits qui rappellent le poëte et l’ami de Marguerite de Navarre. Voilà comme deux écrivains se ressemblent, à près de trois siècles de distance.
Marot , malgré les efforts de Jean-Baptiste Ronsseau et de Le Brun Pindare, reste encore chez nous le imaitre de l'épigramme.
Le grand mérite de Marot est d'avoir le premier débrouillé notre poésie naissante, d'avoir fait le meilleur usage qu'il füt possible de notre langue, telle que la lui
* léguèrent ses devanciers; enfin d'être le créateur et le mo-
dèle du genre naïf et gracieux qui porte encore son nom. Nous devons en partie La Fontaine à nos anciens poûtes, mais surtout à Marot. Il fallait un genie particulier pour iwiter et s'approprier la naïveté de ce poëte : La Fontaine el Jean-Baptiste Rousseau , l'un par le succès, l'autre par l'inutilité de ses efforts, justifient cette opinion. Sans cesser d'être populaire comme Villon , Marot vint continuer chez nous Thibaut, comte de Champagne, et Charles d'Orléans ; il puisa dans la conversation délicate et spirituelle des hommes de goût, des dames du beau monde, dans le commerce des grands seigneurs amis des lettres, une certaine fieur de bon ton, la grâce des tours, la félicité d'expressions , la vivacité des reparties et une euphopie particulière, que l'on sent surtout dans la langue parlée des femmes, et même dans leur laogue écrift. Quelques-unes de ses élégies ont une mélodie qui a fait depuis le plus grand charme d’un poëte de nos jours, que Voltaire appelait son cher Tibulle.
Boileau, à qui ce genrc de faute est échappé plus d'une fois, même dans son Art Poëtique, où il prononce souvent des oracles, a fait de Marot un portrait qui n'est pas pris sur nature, et qui conviendrait mieux à des prédécesseurs de ce maître de La Fontaine.
« Matériellement, Marot ne change que peu de chose aux règles de la poés'e... Le rondeau et la ballade existaient avant lui, ainsi que loutes les autres formes de poésie légère qu'on peut trouver dans son recueil ; mais sa gloire fut de perfectionner ces forrñes, de donner un tour plus facile au vers, de l'assouplir, et surtout d'y jeter plus d'esprit, de grâce, de satire aimable et fine qu'on ne l'avait fait jusqu'à Ini.
‘ Trait emprunté à La Fontaine.