‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 173 sur 914 · FABLE MORALE · texte numérisé non relu

FABLE MORALE

Dont le lion fort joyeux s’est trouvé; Et ses péchés à confesser commence :

Disant qu'il a, par bois, montagne et plaine, Tant nuit que jour, causé, las! divers maux, Et dévoré grand nombre d'animaux,

Bœufs et chevreaux, et brebis portant laine.

Dont humblement pardon à Dieu demande, En protestant de plus n’y retourner. Ce fait, le loup le vient arraisonner, Lui remontrant que l'offense n'est grande.

« Comment, dit-il, seigneur plein d'excellence, Puisque tu es sur toutes bestes roi,

Eh! qui pourra le donner quelque loi,

Lorsque sur nous tu as toute puissance ?

» Il est loisible à un prince de faire

Ce qu'il lui plaît, sans contradiction :

Partant, seisneur, je suis d'osinion

Que tu ne peux, en ce faisant, mal faire. »

DO00CDOC Ceux en ee) D Oo © 0 0

D 'HRDALLESS ESS DEESSEESSLESESEE ESS RNSTSSSSEEESSLESSSESSS

Ces mots finis, le loup, fin de nature, Vint réciter les maux par lui commis :

Premièrement , comme il a à mort mis Plusieurs passants pour en avoir pasture.

Puis, que souvent, trouvant en lieu champêtre Montons camus , de nuit, en clos et parcs,

Il a bergiers et les troupeaux épars,

Pour les ravir, afin de s’en repaistre.

Enfin, qu’il a, en suivant sa coutume,

Fait plusieurs maux aux juments et chevaux, Les dévorant et par monts et par vaux :

Dont il en sent en son cœur amertume.

Sur ce répond, en faisant bonne mine, Le fin lion : « Ceci n’est pas grand cas; Ta coutume est d’ainsi faire, est-ce pas ?

Puis, à cela t’a contraint la famine. »

Lors dit à l’asne : « Or, conte-nous ta vie, Et garde bien d’en omettre un seul point :

Car si tu faux, je ne te faudrai point; Tant de punir les menteurs j'ai envie. »

L’asne, craignant de recevoir nuisance, Répond ainsi : « Mauvais sont mes forfaits, Mais non si grands que ceux-là q'avez faits; Et toutefois j'en reçois déplaisance.

» Quelque temps fust que j'’étois en servage Sous un marchand qui bien se nourrissnit, Et au rebours pauvrement me pansoit, Combien qu’il eust de moi grand avantuge.

» Le jour advint d'une certaine foire, Où , bien monté sur mon dos, il alla :

François Habert naquit à Issoudun en 1520 , et vint faire ses premières études à Paris. Une conduite dissipée , des liaisons dangereuses et un goût décidé pour la poésie, qui le détournait de travaux plus sérieux, lui attirèrent les justes sévérités de sa famille , et le firent rappeler de la grande ville, déjà si pleine de séductions. Il fut envoyé à Toulouse pour étudier le droit, et y apprit la nouvelle de la mort de son père. Ce malheur le força de suspendre les graves occupations dont il attendait son avenir, et le réduisit à ua tel état de détresse, qu'il adressa une épitre à l'évèque d'Amiens, pour lui demander de quoi payer ses dettes et revenir dans son pays. De retour à Issoudun, et ayant quatre sœurs à soutenir, il entra d'abord chez un procureur , et en sortit pour prendre l'emploi de secrétaire auprès de

Mais arrivé, à jeun me laissa là, Et s’en va droit à ja taverne boire.

» Marri j'en fus, car celui qui travaille, Par juste droit doit avoir à manger.

Or, je trouvai, pour le conte abréger, Ses deux souliers remplis de bonne paille.

» Je la mangeai sans rien dire à mon maistre, Et ce faisant , l’offensai grandemenit ;

Dont je requiers pardon très-humblement ; N'’espérant plus telle faute commettre.

— O quel forfait ! à la fausse pratique!

Ce dit le loup fin et malicieux;

Aa monde n’est rien plus pernicieux Que le brigand ou larron domestique.

» Comment ! la paille au soulier demeurée De son seigneur , manger à belles dents?

Et si le pied eust été là-dedaps,

La tendre chair eust été dévorée ‘!

— Pour abréger, dit le lion à l’heure, C’est un larron, on le voit par effet ;

Or je crois jnste, et j'ordonne de fait, Suivant nos lois anciennes, qu’il meure. »

Plutost ne fut la sentence jettée,

Que maistre loup le pauvre asne estrangla ; Puis, de sa chair chacun d'eux se soûla :

Voilà comment elle fut exécutée.

Par quoi appert que des grands on tient Compte; Qu’en faisant mal, ils sont favorisés :

Mais les petits, sans cesse méprisés,

N'ont pour loyer que la peine et la honte”.

plusieurs prélais. Ayant passé, en cette qualité, au service du duo de Neters, ce seigneur le préseu‘a à François I*, qui l'accueillit avec distinction. Le roi Heuri le chargea de traduire en vers les Metamorphoses d'Oride, et lui décerna, pour récompense , le Litre de poële royal, avec une

: Ce dernier trait n'est-il pas charmant ?

» 1Lest curieux de trouver ici une fable qui a tant de rapports avec les Animaux malndes de la peste, de La Fontainc. En comparant la simplicité piquante et naïve du premier récit à la poésie, à la variété de tons , à la vivacité d'action, au comique de notre grand fabuliste, on peut juger de la métamorphose créatrice qu'il faisait subir aux sujels traités avaut lui par d’autres auteurs.

Q RTS TE SR TTC T1

Page 1