‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 187 sur 914 · SUR UNE BELETTE · texte numérisé non relu

SUR UNE BELETTE

Sous cette menue herbelette Gist la plus gentille belette,

Et la mieux faisant son devoir, Que damoiselle enst sçu avoir ; Car, aussitost qu'elle fut prise, Elle devint si bien apprise ,

Qu'à fuir oncques ne tascha :

Par quoi point on ne l'attacha, Mais eut liberté et loisir

D'aller partout à son plaisir.

Ji n'y avoit chambre ni tour,

Où, le jour, ne fist quelque tour : Puis de là alloit aux vergers,

Et bien souvent, par les bergers, Fust vue en ces forêts prochaines, Visitant sous ormes et chesnes , Voir si quelque nid ou couvée Seroit point par elle trouvée.

Ainsi çà et là tracassoit,

Tandis que le jour se passoit :

Mais guères il ne lui advint Qu’à souper elle ne revinst ;

Et lors à sa maistresse chère Faisoit une si bonne chère,

Qu'il sembloit qu’elle eust connoissance De lui devoir obéissance '.

Et n’eust pris, de là à demain, Vivres ailleurs que dans sa main.

Que si Tinet, le petit chien, Qui étoit le plus ancien,

Venoit là pour y butiner,

Lors elle de se mutiner,

* Ces traits naïfs ne sont point à comparer avec ceux qne je vais emprunter à Virgile, mais ils ont du charme dans leur simplicité. On lit dans le septième livre de l'Eneide (vers 483 : « Ce cerf, remarquable par sa beauté, portait une hante rainure. Ravi aux mamelles de sa mère, il était nourri par les enfants de Tyrrhée, par Tyrrhée lui-même , à qui le roi avait confié l'empire de ses troupeaux et l’intendance de ses vastes domaines. Obéissant et privé, cet animal recevait tous les soins de l'innocente Sylvie, sœur de ces bergers; souvent e!le se plaisait à orner son bois naissant de guirlaudes légères, peignait son poil sauvage , et le baignait dans l'eau pure des fontaines. Lui, docile sous la main chérie, accoutumé à la table du maitre, il errait dans les bois, et le soir il revenait de luiméme au foyer domestique , malgré la nuit avancée. »

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Et de faire une rumeur grande, Non pour l’amour de la viande Seulement , ni de la saveur, Mais pour défendre la faveur

De la damoiselle choisie,

Dont elle étoit en jalousie.

Hors de là, ils étoient contents De prendre mille passe-temps :

L'un fuyoit, l'autre alloit après, Puis is s'entretenoient de près, Se mordant col, cuisse et oreille :

Jamais ne fut guerre pareille.

Mais ce qui plus d'elle plaisoit Etoit au soir, quand on faisoit Le lit de camp de sa maîtresse :

La beste avoit bien cette adresse De laisser tout, et s'approcher, De peur d'aller ailleurs coucher ; Ni la courtine étoit tendue Plutost qu’elle y étoit rendue.

O sage et heureux animal,

S'elle eust sçu le bien et le mal!

Combien d'hommes eurent envie Sur elle et son heureuse vie,

Et enssent, pour y parvenir, Voulu belettes devenir ‘ !

* Ces quatre derniers vers ressemblent à ceux de Marot ct de La Fontaine.

La pièce de Saint-Gelais, que j'ahrége, est trop longue: elle manque de cette élégance naturelle et pourtant choisie qui relève les détails et leur donne du prix; on y désirerait plus souvent de ces vers que l'on retient. Toutefois cile n'est pas sans quelque anérite.

Voici des vers délicieux sur nn sujet à peu près semblable. que j'empruntce au Jocelyn de M. de Lamartine, troisième tpoque du poëme :

Je me sourvien D'avoir eu pour aml.dans mon enfance, un chlen, Une levretie blanche, su museau de pazelle, Au poil ondé de sole, au cou de tourterelle, A l'œil profond et doux comme un regard bnmain; Elle n’ovalt jamais mangé que dans ma main, Répondu qu'à ma volx, couru que sur ma irare, Dormi que sur mes pieds, ni flairé que ma place. Quand Je sortais lout seul et qu’elle demeurnit, Tout :e temps que j'étais dehors, elle pleurait ; Pour me voir de plus loin aller ou reparalire,

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Le Tant qu’il pouvoit à pleine teste, L Pensant d’Annette estre écouté.

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Annette, de l'autre costé, Pleuroit, attentive à son chant;

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