‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 190 sur 914 · ET CARON · texte numérisé non relu

ET CARON

Nul sujet à l'Amour je ne conduis à val.

MAGNY

Eh! de grâce, Caron, conduis-moi dans ta barque.

CARBON

Cherche un autre nocher; car ni moi ni la Parque N'entreprenons jamais sur ce maître des Dieux.

MAGNY

J'irai donc malgré toi; car je porte dans l’âme Tant de traits amoureux , tant de larmes aux yeux, Que je serai le fleuve, et la barque et la rame.

‘ Dans les chants et complaintes des montagnards de la Grèce moderne, chants publiés pour la première fois en prose par le savant M. Fauriel, et traduits ou imités en vers souvent avec bonheur par M. Népomucène Lemercier, on voit revenir des fables grecques et des formes antiques, mais rajeunies par l'imagination des descendants de Simonide et d'AIlcée. Ainsi Caron paraît trois foissur la scène, et trois fois il est l'image sensible de cette inévitable ennemie qui n'épargne ni le sexe, ni l'âge, ni le malheur, ni la félicité, quand elle a résolu de prendre ses victimes. D'abord, nous rencontrons un myriologue ayant pour titre Caron et la jeune fiancée ; en voici le

résumé : « Sœur de neuf frères aussi braves l’un que l'autre, fière de sa beauté, une vierge promise à Constantin osait bra-

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Olivier de Magny naquit à Cahors en Querci. Il fut présenté par son ami Hugues Salel à Jean d'Avençon, seigneur de Saint-Marcel et conseiller du roi. Ce magistrat, ayant été envoyé, peu de temps après, en ambassade à Rome (de 1550 à 1555), emmena avec lui Olivier, qui dans la suite devint secrétaire de Henri II, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1560.

Olivier de Maguy adressa, en 1553, à Hugues Salel un recueil de poésies, où se trouvent celles de sa première jeunesse , qu'il avait réunies sous le titre de ses Amours; — quelques odes à la louange de plusieurs personnages de son temps, et le Chant du Désespéré, longue pièce où le poëte rappelle ses inforiunes.

Olivier de Magny a encore laissé trois autres recueils :

le premier, qui a pour titre les Gaytés, parnt en 1554; il reaferme un graud nombre de pièces, la plupart obscènes, et quelques autres qui ont pour objet l'éloge de différents poëtcs.

Le second , ses Soupirs , fut publié en 4557 ; il se compose d'une mullitude de sonnets dont l'amour est presque toujours le sujet. ,

Enfin le troisième, qui est de 1559, contient des Odes, en cinq livres; il est dédié à Jean d’Avençon. On y trouie quelques morceaux qui ne manquent pas de chaleur et d'elévation. Plusieurs pièces sont adressées à Heuri 11. , à Diane de Poitiers, à Jean de Bourbon, etc. , et quelques autres ont {rait à des événements historiques, conme la prise de Calais par les Anglais, en 1558.

SONNET

J E ne veux plus, Bellay, travailler mes esprits, Et veiller nuit et jour pour les lettres apprendre,

ver Caron ; mais l'impitoyable vieillard lance un trait mortel à la belle et imprudente fiancée, au milieu de ses réves d'amour, d'hymen et de bonheur.

Ses mère la pleure, sa mère pleure encor.

« O Caron, de quel coup tu frappes ma famille! Que de maux tu m'as faits, en relirant du jour Ma chère fille, hélas! ma belle et seule lle. » Mais Coustantin descend des coteaux d’alentour…..

n venait chercher sa fiancée avec le cortége de l’hymen ; des instruments de musique , des chants accompagnaient sa marche: tout à coup lui apparaissent une croix et Les apprèts d'un enterrement ; il demande lie nom de la victime, il l'apprend et ordonne au constructeur du tombeau de creuser un lit de mort pour deux ; puis se frappant de son poignard, il expire. L'amant et la maitresse sont réunis dans leur dernier asile. » Rien de plus simple et de plus touchant que cette charmante pièce , qui a tout le charme d'une élégie antique, avec une originalité de composition qui lui donne beaucoup de prix. On ne peut la lire sans penser au poëme d'Isnel et Asléga ,où Parny a mis tant de vers sortis du cœur et pleins de mélodie.

Le jeune pdtre cl Caron, tel est le titre de la seconde pièce, où figure le vieux nautonnier du Styx, si célèbre en Égypte ct en Grèce. Un leste et bean pasteur descend rapidement une montagne; Caron l'attend au détour de sa route , et veut l'arrêter ; le jeune homme, encore plus pressant que le vieillard de La Fontaine, dans la fable du Mort et du Mourant, allègue son âge, sa femme , ses enfants. Caron se montre inflexible : « Eh, bien: dit le pâtre qui compte sur sa force, » viens lutter avec moi: vainqueur , tu me prendras; vaincu, » tu chercheras ailleurs ton cruel plaisir. »

Etne veux les beaux traits dansles livrescomprendre, Mais plutost oublier ceux-là que j'ai compris.

Le berger lout le jour souiint sans succomber Sa lutte avec Csron; le soir le vit tomber.

Cette fable, neuve pour nous, est une allégorie parfaite que relèvent encore le naturel et la vérité des détails de mœurs. Voici la troisième pièce sur le même sujet :

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