‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 195 sur 914 · D000 00 06000 53000 00 0 00 00 00 0 0 0 0 0 DL · texte numérisé non relu

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Vos antiques ayeulx, qui ont composé, sire, Tel que vous le voyez, ce florissant empire, oc Comme de quatre humeurs le corps est composé, + Et comme en quatre parts le monde est divisé,

En quatre l'ont party : en populaire tourbe

Qui le doz au travail éternellement courbe,

En la noblesse née aux guerres et combats,

Justice qui esteint les procez et débats,

Et le plus digne estat, qui ensemble les lie

D'une saincte musique et parfaicte harmonie.

Sire , vous aurez donq du pauvre peuple soing, Qui d’estre soulagé a le plus de besoing ;

Du peuple nourricier , qui fait le même office Que les pieds et les mains, le pénible exercice Desquelles entretient tont le reste en repos,

Et fait qu'il est plus sain , plus gaillard et dispos. ss

Sans luy rien ne seroit de p'aisañt et d'aimable,

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Sans luy des roys seroit la vie misérable,

Sans luy la terre mère infertile seroit,

Et, marastre à ses fils, rien ne leur produiroit Que ronces et chardons, avec le gland sauvage, Et l'eau pure seroit nostre plus doux breuvage.

Par luy nous trafiquans avecques l'estranger, Duquel nous recevons , pour le boire et manger, Les richesses et l'or dont nostre France abonde, Comme estant de tous biens une corne féconde. De luy vous recevez le tribut annuel,

Comme d’un vif sourgeon, qui court perpétuel, Et jamais ne tarit, pource que de sa course

La terre toute-mère est l’éternelle source,

Dont il reçoit l'usure , et fidèle nous rend,

Sire, la plus grand’ part du profit qu'il en prend.

Le noble vous fera à la guerre service,

Le juge exercera l'estat de la justice,

Et le prélat sera, comme soisneux pasteur, Du saint troupeau de Christ fidèle protecteur.

Si la charrue cesse, et si la main rustique,

Oisive par les champs, au labeur ne s'applique, Tout le corps périra, comme un grand bastinent Dont l'assiette n’a point de ferme fondement, Lequel au premier hurt que l'aquilon desserre, Avec horrible bruit est renversé par terre.

Tous les autres labeurs, tant utiles soient-ils, Tous les arts et mestiers, avec tous leurs outils, Ne sont à comparer à cette agriculture,

Qui seule par son art commande à la nature,

Qui d'infertile rend un terroy plantureux,

Qui change la lambrusque en un scep plus heureux, Qui l'arbre transformé ente en nouvelle sorte,

Et fait qu'un autre fruit que le sien il rapporte ; Qui tire du bétail mille commodités,

Pour nourrir les grands rois et les grandes cités; Qui nous donne le miel, qui fait voir la merveille Dont nature a formé l’industrieuse abeille ;

Bref qui nous montre à l'œil les miracles des cieux, Et par là nous apprend à connoitre les dieux ".

* Quelle estime ne méritait pas le poëte qui vantait ainsi l'agriculture au second successeur de François 1°", si prodigue, ainsi que son fils Henri Il, du fruit des sueurs du peuple, qui laboure. sème et moissonne !

Joachim Du Bellay avait aussi traduit en vers français une épltre en vers latins, adressée, par Michel l'Hôpital, au mème Francois 11, et ayant pour titre : Discours au Roi, contenant une brève el salutaire instruction pour bien et heureusement régner, accommodé à ce qui est plus necessaire aux mœurs de ce temps.

L'amour de la France, la paternité du ton, l'accent d'un

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Par la paix vous avez moyen de soulager

Le pauvre peuple, sire , et de le descharger

Du fais que sur le doz si longtemps il supporte, S'il vous plaist de reigler voz finances en sorte, Que les glueuses mains ne puissent retenir

Les deniers qui devroient en voz coffres venir , Si le caut officier vostre peuple ne grève,

Si le juge lui fait la justice plus brève,

Si vous le deschargez des daces et impôts

Que l'avare fermier invente à tous propos;

Si son doz n'est chargé d'une nouvelle creüe,

Si selon sa puissance un chacun contribue,

Le fort portant le foible, et s'il n'est sans raison Par l'estappe foulé, ou par la garnison;

£i l'on garde au marchand son privilége antique, S'il a la traicte libre, et l'usurier publique

De l'argent des François n’enrichit l'estranger, Et si vostre or en plomb vous ne laissez changer ; Mais sur tout s'il vous plaist reigler vostre despense, Comme vous avez faict, de sorte que la France Soit d'autant soulagée, et le fruict de la paix

Ne s'escoule perdu en inutiles fraiz

De masques , de banquets, et ce que l'artifice Tire de vostre main soubz umbre de service.

Ceste loi sumptuaire à tous également Proulitable sera, mais principalement

Au noble, qui par là s’efforce de paroistre ; Comme si le moiïen de se faire cognoistre Dépenduit de l’habit, et non de la vertu, Dont cest ordre sur tous duit estre revestu.

Ce qui à l'estranger donne plus de matière D'estimer le François de nature légère,

C'est la variété de son accoustrement,

Sujet, comme un Protée, à divers changement.

Ceste folle despense, entre nous incogneue

Du temps de noz ayeux, est en France venue Depuis que le François, fasché de son plaisir, A eu le cœur époinct d'un généreux désir

De se borner plus loing , et franchir la barrière Que nature opposoit à sa vertu guerrière.

Que pleust à Dieu qu'il n'eust appris de l’estranger Sinon à son langage ou sa robbe changer,

homme qui a des entrailles pour le peuple, le dévouement d'un magistrat qui prend dans son cœur et dans sa vertu l'autorité nécessaire pour initier un jeune prince à la science du gouvernement , l1 haute sagesse d'un philosophe religieux, distinguent cette pièce, dont la traduction par Du Bcilay offre assez souvent, sinon de très-beaux vers, au moins des vers pleius de scus.

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