‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 196 sur 914 · PR HE · texte numérisé non relu

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Et qu’il n’eust imité le soïdat d'Alexandre, Qui le Perse vainquit pour esclave se rendre Des vices du vaincu, et le Romain aussi, Qui du Gréjois donté fut donté tout ainsi.

Par son exemple donc nostre prince modeste À mesme modestie induira tout le reste Des princes et seigneurs, lesquels façonneront

Joachim du Bellay naquit, en 1524, à Liré en Anjou, de Jean du Bellay et de Renée Chabot, dame de Liré. Il fut abandonné, dès l'enfance, aux soins d'un frère aîné, René du Bellay, qui négligea son éducation. A peine sorti de tutelle, il prit lui-même celle de son neveu, Claude du Bellay, baron de Gonor , qui mourut jeune et lui légua des procès épineux à soutenir. Pendant les loisirs que lui imposa une maladie de deux ans, il étudia l'antiquité grecque et latine et les auteurs français. Cette étude développa chez lui les germes d'un beau talent poétique. Ses premières produc:ions lui valurent un accueil flatteur de la part de François I°" et la protection de Marguerite de

Navarre, sa sœur. Le pablic lettré décerna au poëte le sur-

nom de l'Ovide français.

Le cardinal du Bellay, son proche parent, qui s'était retiré à Rome après la mort de François I°:", l’appela en . Jtalie, où il séjourna trois années. A son retour en France, du Bellay trouva un douloureux changement dans les dispositions du cardinal , et s'aperçut bientôt que des enuemis secrets ou des envieux de sa gloire l'avaient desservi dans l'esprit de son protecteur. Cette disgräce inattendue Jui porta un coup auquel il ne résista point. 1] mourut d’apoplexie, le 1°" janvier 1560, à l'âge de trente-cinq ans, selon les uns, et de trente-sept, suivant les autres , au

Par leur exemple aussi ceux qui moindres seront.

Il n’aura moindre soin de faire la jeunesse Exercer en sa court aux actes de proüesse, Les Perses imitant, desquels le roi prenoit Les plus nobles enfants, et les entretenoit, Les faisant exercer au mestier de la guerre, Pour s’en servir après à défendre sa terre.

moment où le cardinal son parent, renonçaut à d'iojustes préventions, allait se démettre en sa faveur de l'ar-

chevèché de Bordeaux.

On a de lui un traité intitulé : Défense et Illustration de la langue francoise, ouvrage en prose, qui est encore estimé; le Livre des Antiquités de la ville de Rome , contenant une générale descriplion de sa grandeur ct comme unc déploration de sa ruine; Songe ou Vision sur le mesme su/ject ; les Regrets , que l'on peut considérer comme la meilleure inspiration du pote. A l'imitation d'Ovide, qu'il avait pris pour maitre, du Bellay pleure la patrie absente; les trois années passées loin d'elle lui pèsent au cœur comme autant de siècles.

Ainsi que tous les poëtes dans le premier âge de leur muse, il chanta l'amour. Tel fut le sujet des nombreux soonets qui commencèrent sa réputation.

Nous avons encore de du Bellay un Recueil de vers lyriques, composé de vingt odes, toutes d'une afiligeante médiocrilé; les épitaphes d'un petit Chien et d'un petit Chat, poésie légère , pleine de grâce, de naturel et de facilité ; une traduction de l’Énéide de Virgile, au-dessous de toute critique ; enfin quelques poésies latines.

Joachim du Bellay était un des sept membres de la pléiade française.

LA VIE CHAMPÉTRE.

L,, comme ailleurs partout, l’aveugle ambition, L’envie misérable et la sédition,

Sire, ne règne point ny ces pestes encore

Que versa dessus tous la méchante Pandore :

Mais l'antique vertu seulement y a lieu,

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La justice, la foy, et la crainte de Dieu, L'industrieux labeur, le soing et la prudence, Et du temps à venir la courte providence.

Ce mesme esprit encor nous voyons au fourmy,

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Ce prudent animal , de paresse ennemy,

Qui amasse en esté avec soigneuse cure

Ce qui doit en hyver estre sa nourriture.

Vous voyriez par les champs, pour piller le monceau Du bled nouveau-battu, marcher ce noir troupeau Par un sentier estroit; les uns vont et retournent, Les autres hastent ceux qui paresseux séjournent; Ceux-cy trainentles grains trop pesans et trop gros, Ceux-là les vont poussant de l'espaule et du doz; Tout le chemin en fume : avec tel exercice, Travaille le paysan, pour le commun service”.

Comme nature a mis dans les mouches à miel Je ne sçay quel instinct qu'elles tiennent du ciel,

De travailler sans cesse, et d'une main soigneuse Recueillir sur les fleurs leur manne savoureuse ; Ainsi de son labeur le peuple nous nourrit,

Et pour nous enrichir luy-mesme s’appauvrit".

Comme l'abeille donc vous le traiterez, sire,

Ne luy ostant du tout et le miel et la cire,

Mais, pour l'entretenir tousjours en ce bon cœur, Lui ferez quelque part du fruict de son labeur; Vous souvenant qu'IHomère en l'Iliade belle,

Le grand Agamemnon, pasteur du peuple appelle , Et que le bon pasteur qui aime son troppeau

En doit prendre la laine, et luy laisser la peau.

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