IMPRIMERIE D'ÉVERAT ET COMP., AUE DU CADHAN
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2) heureux Byron, Pen soutenant, comme Lamartine, que la poésie ne saurait s’enseioner, a dit : « La mm eu poésie, c'est le DR) | cœur.» Cette dé- ; qi finition , qui exprime une vérité sentie, en rappelle une autre non moins constante : « Iln’existe pas de peuple sans musique et sans poésie. » Ces deux beaux-arts, dont le premier a enfanté le second, appartiennent à l’homme, comme des dons inhérents à sa nature ; l’histoire du monde est là pour l’attester. L'Asie, qui adorait le soleil, l'Égypte, prosternée aux pieds d’Isis, la Grèce antique, qui vivait familièrement avec ses dieux, l'Italie, fière d’avoir recueilli le vieux Saturne, au temps de l'âge d'or, l'Europe entière, qui fut en quelque sorte un vaste panthéon ouvert à toutes les divinités, ont entendu la poésie chanter sur leur berceau le maître de l'univers, les merveilles de la nature et les phénomènes du ciel, en atten-
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dant qu'on püt célébrer aussi les commencements et les progrès de la société humaine. Encore aujourd’hui, tout ce qui reste de peuplades sauvages en Afrique ou en Amérique possède des poëtes, c'est-à-dire des hommes qu’un sentiment profond entraîne à chanter pour satisfaire un besoin de leur âme et associer les autres à leurs émotions. Sans doute cette poésie est brute et informe ; mais, outre des élans sublimes comme les spectacles qui l’inspirent , elle a son rhythme, sa mesure, et des lois qui ressemblent à des traditions venues du premier homme jusqu'à nous. Nous avons été sauvages; et, en remontant aussi loin que possible dans les annales du pays qui devait un jour porter le glorieux nom de France, nous rencontrons des poëtes sous des noms et dans des idiomes divers. La Gaule celtique eut ses bardes ou chanteurs, placés auprès des druides, qui étaient ses prêtres ; elle eut aussi ses vastes ou fatistes, poëtes d’un ordre inférieur, dont la mission consistait à offrir des sacrifices et à tirer des augures. Pomponius Méla rapporte que des Gauloises se consacraient, dans l’île de Sein, au culte d’une divinité celtique. Ces prêtresses faisaient vœu de virginité, comme les vestales.
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Animées d’un esprit pareil à celui des pythies, | Un peuple ainsi préparé devait composer une elles préparaient des philtres magiques, de mè- | socicté bien plus poétique que la nôtre, bien plus + me que les Médée, les Périmède et les Circé. | avide des émotions que la lyre et la voix, mariées Leur nombre était celui des muses ; elles prédi- | ensemble, peuvent produire. Il en était des Gausaient l'avenir, le front couronné de verveine et | lois pour la poésie, comme des Allemands de de sélago cucillies au sixième jour de la lune; | nos jours pour la musique. Chez ce peuple, à la des ceintures d'or pressaient les blanches tuni- | fois grave et rempli d'imagination , tout le monde ques de ces jeunes prophétesses, dont la Velleda | a la voix juste, tout le monde chante, tout le de M. de Chateaubriand est l’image embellie | monde porte en soi le sentiment de l'harmonie, æ par un talent fascinateur. A côté de ces femmes | et chaque famille forme un concert où les voix À divines et des druides, ministres d’une religion | s'accordent par un instinct naturel. Du reste,
terrible et mystérieuse, qui avait de sombres | on ignore la nature de la poésie de nos pères. forêts pour sanctuaires , et arrosait de sang | Pomponius Méla, Diodore de Sicile , pas plus que humain les autels du dieu Thor , fils d'Odin, et | Strabon et César, ne la définissent ni ne la carac-
de Frigga, les bardes , enflammés par l'amour | térisent. Sans doute la Gaule n’enfantait pas que > de la patrie, vertu ou passion de nos pères , cé- | des chants belliqueux ; sans doute, parmi ces lébraient les dieux et les héros en des chants | peuples où lacroyancecommune trouvait quelque qu'accompagnait la harpe sacrée ; mais, ce qu’on | chose de divin dans les femmes, et leur accorne saurait expliquer que par la suprématie du | dait, avec la science de l'avenir, le don mystésacerdoce, attentif à s'emparer de l'homme tout | térieux d'endormir les douleurs par les paroles, entier, en se réservant tous les moyens d'in- | l'amour devait avoir créé des chants pour la fluence, les druides chargcaient leur mémoire | beauté. Malheureusement nous ne possédons ni des hymnes des bardes ; ils retenaient jusqu'au | ces chants, qu'il eùt été si curieux de comparer nombre de vingt mille vers, et les chantaient | avec les molles inspirations de la Provence, ni au peuple, en mêlant à leurs voix le son des in- | les hymnes guerriers des anciens Gaulois, ni les struments. Échauffés par la muse des Tyrtéces de | refrains joyeux de ceux de leurs compagnons la Gaule, comme un grand acteur qui semble | qui, enrôlés sous les drapeaux de César, porinspiré de son propre génie en servant d'inter- | taientsur leur casque une alouette ,symbole graprète à Corneille ou à Shakespeare, ils se met- | cieux et charmant du caractère de nos pères. taient à la tête des armées, enflammaicnt la | Quelle lumière la possession de ces trésors eût valeur du soldat, et concouraient au succès | jetée sur l’histoire de notre belle patrie! Riches des batailles ; ils faisaient plus encore : arbitres | de ces chants, qui révèlent la vie intime, et