D BB
Car les princes mieux nés n'estiment leur vertu Procéder ni de sang ni de glaive pointu, Ÿ Ni de harnois ferrés qui les peuples étonnent,
Mais par les beaux métiers que les Muses nous donnent.
Quand les Muses, qui sont filles de J upiter, Dont les rois sont issus, les rois daignent chanter, Elles les font marcher en toute révérence,
Loin de leur majesté bannissant l'ignorance;
Et leur sage leçon leur apprend à sçavoir
Juger de leurs sujets seulement à les voir.
Connoissez l’honneste homme humblement revêtu, Et discernez le vice, imitant la vertu.
Puis sondez votre cœur, pour en vertu accroistre; Il faut, dit Apollon, soi-mesme se connoistre ; Celui qui se connoist est seul maistre de soi,
Et sans avoir royaume il est vraiment un roi ‘.
4 Ces vers sont excellents.
BESSSEII II RO Te CLROÈRRILRESLLLEER
BLESSE ER ELLL
9 00 00 ee Pme me eme © nm 0 D Co 2 0 0
0 0000000 00000000 0 0 00 ne ne Sn mn nn Sn PP D De eo 0 DU 000000 000 006000 00
#5: 200060090008 1 bD0060009 000990 00009090 0 000 000
DO Dao nec on ouauonons eue see eco LLoLL OL OT DOeLTO.S.S.. 0000000 000000 0 000 0000 0000009000 0 0 0 0 oO 0 0
Commencez donc ainsi; puis sitost que par l'âge Vous serez homme fait de corps et de courage, Il faudra de vous-même apprendre à commander, A ouîr vos sujets, les voir et demander,
Les connoistre par nom et leur faire justice, Honorer la vertu et corriger le vice.
Malheureux sont les rois qui fondent leur appui Sur l'aide d'un commis ; qui, par les yeux d'autrui Voyant l’état du peuple, entendent par l'oreille D'un flatteur mensonger qui leur conte merveille.
Aussi, pour estre roi, vous ne devez penser Vouloir , comme un tyran, vos sujets offenser. Ainsi que notre corps, votre corps est de boue. Des petits et des grands la fortune se joue.
Tous les regrets mondains se font et se défont, Et, au gré de fortune, ils viennent et s’en vont, Et ne durent non plus qu'une flamme allumée, Qui soudain est éprise et soudain consumée.
Or, sire, imitez Dieu, lequel vous a donné
Le sceptre, et vous a fait un grand roi couronné. Faites miséricorde à celui qui supplie ;
Punissez l’orgueilleux qui s'arme en sa folie".
Pierre Ronsard naquit, le 10 septembre 1524, au chàteau de la Poissonnière, dans le Vendômois, de Louis Ronsard, maitre-d'hôtel du roi François Ier. Voici ce qu’il dit lui-mème de ses ancêtres, daus une épitre adressée à Remi Belleau :
Or, quant à mon ancestre, Îl a tiré sa race
D'où le glacé Danube est voisiu de la Thrace.
Plus bas que la Honyrle, en une froide part,
Est un scigneur nommé le marquis de Ronsard.
Mon père de Ilenry gouyerna le maison,
Fits du grand rot Françols, quand 11 ful en prison Servant de scur hostaye à son père en Espagne...
Ronsard fut envoyé de bonne heure à Paris, et entra au collége de Navarre, à l'âge de neuf ans. Ua régent, nommé de Vailly, parvint, par des sévérités outrées, à le dégoüter de l'étude, qu'il avait embrassée avec ardeur. Son père alors le rappela et le fit entrer, en qualité de page , au service du due d'Orléans, fils de François I*°. Il passa ensuite à la cour de Jacques Stuart, qui était venu éponser en France Marie de Lorraine. Ronsard séjourna deux aus et demi eu Ecosse et quelques mois eu Angle-
‘ Ces deux vers sont la traduction d'un admirable trait du sixième livre de l'Énéide, qui semble être la devise de Rome:
Parcere subjects et debellare superbos.
« Éparguer les peuples soumis et subjuguer l'orgueil des rebelles. »
Ne soyez point moqueur ni trop haut à la main, Vous souvenant toujours que vous estes humain ‘; Ayez autour de vous personnes vénérables,
Et les oyez parler volontiers à vos tables :
Soyez leur auditeur, comme fut votre ayeul,
Ce grand François, qui vit encores au cercueil.
Ne souffrez que les grands blessent le populaire ; Ne souffrez que le peuple aux grands puisse déplaire ; Gouvernez votre argent par sagesse et raison :
Le prince qui ne peut gouverner sa maison,
Sa femme , ses enfants et son bien domestique,
Ne sçauroit gouverner une grand’ république *.
Or, sire, pour autant que nul n'a le pouvoir
De chastier les rois qui font mal leur devoir, Punissez-vous vous-même , afin que la justice
De Dieu , qui est plus grand , vos fautes ne punisse.
Je dis ce puissant Dieu, dont l'empire est sans bout, Qui de son trosne assis en la terre voit tout,
Et fait à un chacun ses justices égales,
Autant aux laboureurs qu'aux personnes royales.
terre. De retour en France, il fut accueilli avec bonté par le duc d'Orléans, qui le chargea de plusieurs missions secrètes pour la Flandre et la Zélande, avec ordre de se rendre une seconde fois en Écosse. Son vaisseau se brisa au moment où il touchait au port; mais le poète et l'équi-
‘ Dans l'Athalie de Racine, acte 1V, scène III, le grandpritre Joad adresse au jeuue roi Joas, avant de le courvoaner, ces Louchantes paroles :
Promettez sur ce livre et devant ces témoins
Que Dieu sera toujours le premier de vos soins,
Que sévère aux mechants, et des bons le refuge,
Entre ie pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge : Yous souvenant, mon fs, que caché sous ce ln, Comme eux vous [tes pauvre et comme eux orpbhelln.
Fénelon semble s'être ranpelé ces deux vers lorsqu'il à dit, au deuxième livre de son Télémaque : « Quand tu seras le maître des autres hommes, souviens-toi que tu as été pauvre, faible et sonffrant comme eux. »
3 La ruine des plus grandes dynasties est souvent venue du défaut d'ordre et d'économie chezles rois. Le mot république est ici employé dans le même sens que le mot empire. et veut dire rem publicam, la chose publique, la chose de tous. Ce qui perd surtout les états, c'est la négligence que les princes apportent à l'éducation de leurs enfants. qui doit être l'un des premiers soins des rois, afin d'empècher leur pays de tomber, après eux, dans les mains d'un fou, d'un imbécile ou d'un pervers. Marc-Aurèle n'a pas su préserver Rome du malheur d'avoir Commode pour maître.
BAR RIM EEE RER Er enppreee eg een SES LL SEIZIÈME SIÈCLE. .
D 0 0 € Cd D D 0 ©
nD990 en 0 + D DO 0 0
D00000090 Cat De D en pe ent em pat ut D 00 0000000
SIECLE
page se sauvèrent heureusement. C'est ce qu'il raconte Jui-même, dans l'épitre dont nous avons déjà parlé :
À mon re‘our, Ce duc pour page me reprint; Longtemps à l'escurie en repos ne me tint
Qu'il ne me reuvoyasi en Flandres et Zélande,
Et depuls en Ecosse, où la tempeste grande Avecques Lassigni culda faire toucher,
Pousste aux bords angials, ma nef contre un rocber.
Ronsard avait seize ans à peine lorsqu'il accormpagna, en 1540, Lazare de Baïf, à la diète de Spire; 1l suivit, peu de temps après, le capitaine Langez-Dubecllay en Piémont. Ces voyages le fatiguèrent beaucoup et lui causèrent nue surdité qui peut - étre décida de sa destinée poétique; car, abandonnent aussitôt le monde et la cour , il se réfugia dans l’élude. Lazare de Baïf ayant été nommé principal du collége de Coquerelle, Ronsard viat étudier sous lui pendant cinq années. A celte même époque, la mort de son père, survenue en 1354, le laissa libre de tout autre soin que celui de ses travaux littéraires. Il suivit les leçons de Jean Daurat, d'Adrieu Turnèbe, ct eut pour condisciples Remi Belleau et Antoine Muret, qui devinrent, plus tard, ses commentateurs enthousiastes. Il était encore au collége quand il y fit représenter une traduction en vers du Plutus d'Aristophane ; le succès qu'il obtint en cette occasion lui inspira un goût ardent! pour l'étude des poëtes grecs et latins. Ses premières productions en vers furent reçues avec acclamation, ct obtinrent le prix des Jeux Floraux; au lieu de la fleur accoutumée {l’églautine) , les magistrats de Toulouse lui décerntrent une Minerve d'argent massif, et le proclamèrent , au Capitole, le poële francais par exccllence. La réputation que Ronsard avait ainsi conquise en si peu de temps était balancée , à la cour, par celle de Saint-Gelais, qui attaquait souvent, devant les courlisans et les seigneurs, le jeune lauréat. Ce dernier répondit à ses détraclions par uue prière fort curieuse, dans laquelle il disait, en s'adressant à Dieu :
Fais que‘devant mon prince Désormals plus ue me pince La tenallle de Mellin.
La cour prit parti pour Ronsard, et dès ce moment, il passa pour le successeur de Marot et le restaurateur du Parnssse français. C'est au milieu de ses succès qu'il tenta dans la langue poétique cette révolution à laquelle il a attaché son nom, et qui lui valut, de son temps, une si baute réputation. Helléniste profond , humaniste érudit, possédant à merveille toute l'antiquité littéraire, il résolut d'enrichir notre idiome en y introduisant les lucutions, les tournures ect quelquefois jusqu'à des mots des langues grecque et romaine, ce qui fit dire depuis à un critique célèbre :
Et sa muse en français parla grec et lalin.
« Il ne faut se soucier (disait-il dans sa pré’ace de la Franciade) si les vocables sont Gascons, Poilevins, Normands, Manceaux, Lyonnais ou d'autres pays. » Iltirait, du reste, vanité de son audace néologiue, et disait :
Ÿ SEIZIÈME
de {3 de nouveaux mots, J'en condaumnal de vieux.
Cependant sa réputalion allait toujours en croissant. Charles 1X, qui s'était formé du génie de Ronsard la plus haute idée , conçut pour lui une véritable amitié et le comblait de bienfaits. Marguerite de Savoie, sœur de Henri II, fut pour lui ce que Marguerite de Navarre avait été pour Marot. Marie Stuart l'accueillit avec distinction , pendant le court règne de son mari, et lui fit remettre un buffet de deux mille écus , où était un vase en forme de rosicr, représentant le Parnasse et Pégase au - dessus, avec cette {oscription :
À Ronsard, l'Apollon de la source des Muses.
A ces témoignages si flatteurs, l'opinion publique en joignait d'autres non moins glorieux. « Nul alors, nous dit Pasquier , ne mettait la main à la plume qui ne le célébrât par ses vers. Sitôt que les jeunes gens s'étaient frottés à sa robe, ils sc faisaient accroire d’être devenus paëtes. » Autour de lui se groupaient une foule de savants et de poëtes, comme autant de satellites autour d’un astre ; on comptait dans leur rang des hommestels que Scaliger,Turnèbe, Muret, Pithou , Sainte-Marthe, Pasquier et autres, l'élite du seizièeme siècle. Ronsard imagioa alors de créer, par une sorte d’apothéose, une pléiade poétique, à limitation des poëtes grecs qui vivaient sous les Ptolémées ; il y plaça près de lui Daurat, son maitre; Amadis Jamin, son élève ; Joachim Dubellay et Remi Bcllean, ses condisciples ; enfia Estienne Jodelle et Pontis de Thiard. Ces choix furcnt en partie sanctionnés par le public. Dès ce moment , Ronsard fut le roi littéraire de son époque, et obtint sur son siècle une influence presque sans bornes.
La foule des courtisans l'entoura et sc prit à chanter ses Jouanzes. De Thou, le grave de Thou, rapportant la naissance du poëlc au jour même du désastre de Parie, y trouvait pour la patrice une compensation suffisante; Duperron le citait, avec Cujas et Fernel, comme une des trois merveilles du siècle; Montaigne déclare la poésie française arrivée à sa perfection, et proclame Ronsard égal aux auciens : hors de France, même renommée pour le novateur. La reine Élisabeth lui envoie un diamant de grand prix; le Tasse s’estime heureux de lui être présenté et d'obtenir son suffrage pour quelques chants de Godefroy ; Sperone Speroni compose un poëme italien en l'honneur de Ronsard, dont les œuvres sont publiquement lues et expliquées dans les écoles françaises, de Flandre, d'Angleterre et de Pologne.
Sous Charles 1X, Ronsard quittait peu la cour, parce que le prince ne pouvait se passer de sa compagnie. Après la mort de ce roi, le poêle , déjà vieux et un peu négligé par Henri ILI, qui avait pour Desportes une vive affection, prit le parti de se retirer à son abbaye de Croix-Val, sous l'ombrage de la forêt de Gastine et aux bords de la fontaine Bellerie, qu'il a célébrée. La goutte et d'autres infirmités l'attaquèrent dès sa cinquantième année. Il expira dans de grands sentiments de piété, le vendredi 27 décembre 1585 en son prieuré de Saint -Cosme, à Tours. Ronsard employa ses derniers instants à dicter des vers à ceux de ses amis qui étaicnt auprès de lui.
Voici le recueil de ses ouvrages, suivant l'édition de
"e À se .sp Do .
de “e ..
co
D 2RHHIIRIEIEREPARREIEREEES IEEE Teese ss
1623, la meilleure de toutes: ils sont divisés en dix parties, et contiennent des sonncts, des chansons et des élégies sur l'amour, etc.; cinq livres d'Odes sur toutes sortes de sujets ; — la Franciade, poëme héroïque en quatre chants ct en vers de dix syllabes, qui avait été entrepris pour Charles IX ; — le Boccage royal, dédié à Henri IIL : recueil composé de pièces consacrées à l'éloge de la maisou royale; — deux livres d'Eglogues ; — des Mascarades ; — des Combats ct Cartels, faits à Paris et au carnaval de Fontainebleau, etc. On trouve encore dans Ronsard des élégies, des hymues et divers poëmes ; les Gaïtés ; — une Remontrance au peuple de France.
M. de Thou rapporte qu'on fit au poë'e de magnifiques obsèques; le roi y envoya sa musique; des princes du sang, une partie de la cour, nne députation du parlement, toutes les célé'w'ités de l'éprque, assistèrent à la cérémonie : la foule était si grande , que l'orsteur sacré ne put pénétrer dans la chapelle, et prononça son discours sur le perron de l'église. La France cutière pleura sur Ronsard ; des statucs de marbre lui furent décernées, et sa mémoire, euvironnée de toutes les sortes de consécrations, semblait entrer dans la postérité comme dans un temple.
Quinze années après ces honneurs décernés au réforinateur de la poésie française, un gentilhomme de Normandie, encore peu connu, rencontrant sous sa main un exemplaire de Ronsard, se met à le biffer, vers par vers. Quelqu'un lui faisant remarquer qu'il en oublie plusieurs , il reprend la plume et biffe le tout. Cet homme , qui insultait ainsi à une gloire si solidement établie en apparence, c'était Malberbe ! Bientôt après, en effet, Ronsard tomba dans un discrédit complet , et ne garda de partisans que dans l’Université, dans les parlemeuts, surtout dans ceux de province, et parmi les gentilsbummes campagnards. Comment donc cetle grande réputation avait-elle été en si peu de temps traînée de son char de triomphe aux gémonies ?
A l'epoque où Ronsard parut, tous les esprits étaient tournés vers l’antiquité. Les dernières expéditions en Italie avaient mis à la disposition de tous les érudits des manuscrits précieux. Déjà de nombreuses, mais impuissantes traductions avaient tenté de révéler au public français le génie des langues grecque et latine; ces faibles essais d'une lutte incgale avec des ouvrages consacrés par l'adniration des siècles ne pouvaient donner d'essor à notre poésie , et ajouter des qualités d'un ordre supérieur à la grâce , à la naïveté gauloise , que Marot Jui avait conservées en la polissant. Rousard survient ; notre langue poétique lui parait pauvre, timide, faible et sans couleur ; il veut l’eurichir, il veut lui donner de l'audace , de la force, de l'éclat. Jusqu'alorselle mettait toute son ambition à reproduire servilement la forme et la pensée des écrivains de Rome et d'Athènes. Ronsard se propose de les reproduire par des imilations libres et mêlces de choses originales. C’est ainsi que ses sonnets nous rappellent Pétrarque, ses chansons le vieillard de Théos, ses élégies le tendre Tibulle, sa Franciade l'Enéide de Virgile. L'entreprise était à la fois ulile et hardie; elle ne pouvait naître que dans un esprit aussi géuéreux que jaloux de la gloire de son pays; et on ne peut pas dire qu'elle ait été infractueuse et sans honneur. Certes, avant Ronsard, on u'avoit rien vu, dans notre langue, qui püt faire soup-
çonner qu'elle était siprès d'acquérir a pompe et la richesse du début de l'Hymne à l'Éternité.Trouverait-on chez les devanciers de Ronsard la plus faible trace de la haute poésie des vers sur le phénix , dans la pièce adressée à Henri III. L'ingénieuse allégorie de la promesse , qui devrait avoir pour titre la F'ortune, ne contient-elle pas un assez grand nombre de traits de mœurs, marqués au coin de la bonne satire philosophique ? Boileau, dans l’une de ses belles épitres, ou La Fontaiue, dans ses meilleures fables , auraieut-ils refusé place au portrait du généreux coursier qui sc voit nourri dans sa vieillesse, et tressaille de joie en s'entendant louer par un maitre reconnaissant ? Malheureusement, au milicu des plus heureuses inspiralions de ces grands morceaux épiques ou lyriques, une métaphore triviele ou burlesque, des mots empruntés au grec ou au lalin, travestis en français barbare, dépouillés de l'harmonie qui les rendait agréables et sonores, viennent trop souvent offenser le goût et les oreilles. On pourra juger de ce genre de fautes par cette Prière à Bacchus, où elies se trouvent accumu'és:s comme à plaisir .
0 cufsse-né , Archè'e, hymérlien, Bossare, rot, rustique, enboléen, Nyctérten ,trlzone, soiltaire,
Vengeur, Maulc, germe des dieux el père, Nomlen, double bosplaller, Beaucoup, forme, premier , dernier, Lencau, Porte-sceptre, Groudime, Lysleu, Boteur, Rouime, Nou.rl-11giæ, alime-pampre, enfant, Le Gags te vit trlomphantt!
N'est-ce pas là du grec pur avec des désinences françaises? Comme on le voit, Ronsard fut souveut malheureux dans ses hardiesses. Et comment ne lui a-t-il pas suffi de prononcer ses vers après les vers grecs pour sealir que ccs derniers avaient perdu , dans son imitation, la magie des sons , la variété, la grâce ou la majesté qu'ils ont dans la langue originale ? Comment, aveuglé par une ambitieuse tentatire, n'a-t-il pas vu que son érudition déplacée rendait son langage souvent inintelligible, méme pour les érudits, et que la poésie, pour être populaire, demande, avant tout , le mérite d'une clarté parfaite ?
Ce sont les imprudentes tentatives de Ronsard, ce sont les violences faites au génie de notre langue, c'est l'absence de goût, qui ont offensé la raison et allumé la bile de Boileau ; mais nous n'en avons pas moins d'assez grandes obligations au noyatcur téméraire. Il créa la période périodique, il remit en honneur le vers alexandrin, en le rendant plus riche de sens et d'expression ; il enseigna l'art d'alterner régulièrement les rimes masculines et féminiues, il proscrivit les enjambements dé’ectueux ; enfo il fit preudre à notre poesie une clévation qu'elle n'avail pas connue avant lui. Sous ce rapport , Ronsard a été le précurseur de Corneille et même de Racine; il a aussi préparé les voies à son ennemi Malherbe , dans l'ode épicurieune et anicréontique. Là, souvent Ronsard excrile ; là, point de prétention ambitieuse, point d'enflure, point d'expressions bizarres, point de dissonnances : souvent un goût exquis, de fraiches couleurs et quelquefois une mélodie pleine de suavité, comme dans la pièce qui commence ainsi : Mignonne, allons voir si La rose, etc. Assurément Boileau n'avait pas lu toutes les pièces du procès quand il a prononcé contre Ronsard une sentence qui est
PALASLEELES
OST ES PPÉSÉÉÉPÉÉSSS SSP TE
restée sans appel pendant deux siècles. Rendons justice à Boileau : il a voalu punir dans Ronsard un écrivain qui pouvait p:rdre notre poésie en prétendant la reformer. On dirait mème que, doué de la prevoyance de l'avenir, il avait deviné qu'un jour on chercherait à ressusciter de
si malheureuses tentatives ; mais, en conservant de la reconuaïissance à Boileau pour le soin qu’il a pris de défendre notre langue contre ses corrupteurs présents ct à veuir, ne méconnaissons pas les titres de Ronsard à l'estime des amis du premier des arts.
ee —