‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 227 sur 914 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

Six ans esloient coulez, et la septième année Estoit presques entière en ses pas retournée , Quand loin d'affection, de désir et d'amour,

En pure liberté je passois tout le jour,

Et franc de tout soucy qui les ames dévore,

Je dormois dès le soir jusqu’au poinct de l'aurore : Car seul maistre de moy j’allois, plein de loisir, Ou le pied me portoit, conduit de mon désir, Ayant tousjours ès mains pour me servir de guide Aristote ou Platon, ou le ducte Euripide,

Mes bons hostes muets qui ne fachent jamais : Ainsi que je les prens, ainsi je les remais;

O douce compagnie et utile et honneste,

Un autre en cajuetant m'estourdiroit la teste".

Puis du livre ennuyé , je regardois les fleurs, Fueilles, tiges, rameaux, espèces , et couleurs, Et l’entrecoupement de leurs formes diverses,

Et flot à l’autre flot en roulant s'attacher,

Et, pendu sur le bord, me plaisoit d’y pescher, Estant plus resjoüy d’une chasse muette

Troubler des escaillez la demeure secrette,

Tirer avec la ligne , en tremblant emporté,

Le crédule poisson prins à l'hain apasté,

Qu'un grand prince n'est aise ayant pris à la chasse Un cerf, qu’en haletant tout un jour il pourchasse.

Puis alors que Vesper vient embrunir nos yeux, Attaché dans le ciel je contemple les cieux,

En qui Dieu nous escrit en notes non obscures

Les sorts et les destins de toutes créatures.

Car luy, en desdaignant (comme font les humains)

æ Peintes de cent façons, jaunes, rouges et perses, D'avoir encre et papier et plume entre les mains”, «4, Ne me pouvant saouler, ainsi qu'en un tableau, Par les astres du ciel, qui sont ses caractères, D'admirer la nature, et ce qu’elle a de beau ; Les choses nous prédit et bonnes et contraires :

, Et de dire , en parlant aux fleurettes escloses : Mais les hommes , chargés de terre et du trespas,

« Celuy est presque Dieu qui cognoist toutes choses, Elvigné du vulgaire , et loin des courtizans,

De fraude et de malice impudens artizans. »

Tantost j’errois seulet par les forêts sauvages,

Sur les bords enjonchez de peinturez rivages !, J'antost par les rochers reculez et déserts,

Tantost par les taillis, verte maison des cerfs ?.

J'aimois le cours suivy d’une longue rivière, Et voir onde sur onde allonger sa carrière,

* Ce vers, plus que familier, fait une dissonnance dans la pièce ; on attendait une autre pensée , ou au moins une expression plus élevé, plus choisie.

3 Ce vers n'est pas heureux.

Mesprisent tel escrit, et ne le lisent pas .

‘ Les escaillez, pour dire les poissons , est une expression qui choque.

? Dieu qui ne vent nl encre, ni papier , ni plumes, est une pensée ridicule et gâte ce beau vers:

Par les astres du clel qui sont ses caractères.

3 Ala place de cette prose assez commune, on voudrait trouver ici toute la magnificence de l'expression poétique :

Aurait-11 imprimé sur le front des étoiles, Ce que la nuii des temps enferme dans ses votles?

Cette pièce est écrite avec élégance et pureté; mais elle ne respire ni cet amour passionné des champs, ni cet abandon réveur, ni cette fantaisie d'artiste, qui font le charme de Tibulle et de La Fontaine.

ee me + me + = mn

20600 ne D 60 0 0 ©

n 0 0 nn D 0 Ô

Page 1