POUR LA FIN D’UNE COMÉDIE
La la comédie apparoist un exemple
Où chacun de son fait les actions contemple :
Le monde est le théâtre, et les hommes acteurs ; La Fcrtune, qui est maistresse de la scène, Appreste les habits, et de la vie humaine
Les cieux et les destins en sont les spectateurs.
En gestes différens, en différens langages,
Rois, princes et bergers jouent leurs personnages Devant les yeux de tous, sur l’échafaund commun, Et quoique l'homme essaye à vouloir contrefaire
Sa nature et sa vie, il ne sauroit tant faire
Qu'il ne soit, tel qu’il est, reconnu d'un chacun.
L'un vit comme un pasteur, l'unest roi des provinces; L'autre fait le marchand, l'autre s’égale aux princes ; L'autre se feint content, l'autre poursuit du bien : Cependant le souci de sa lime nous ronge,
Et fait que notre vie est seulement un songe,
Et que tous nos projets se finissent en rien.
La beauté règne au ciel, la vertu, la justice ;
En terre on ne voit rien que fraude , que malice ; Et bref tout ce monde est un publique marché ; L'un y vend, l’un dérobe, et l’autre achète etchange; Un même fait produit le blasme et la louange,
Et ce qui est vertu semble à l’autre péché.
Il ne faut espérer estre parfait au monde,
Ce n'est que vent, fumée, une onde qui suit l'onde : Ce qui étoit hier, ne se voit aujourd'hui.
Heureux, trois fois heureux qui au temps nes'obl'ge, Qui suit son naturel, et qui, sage, corrige
Ses fautes, en vivant, par les fautes d'autrui ‘ !
‘ Cette pièce renferme plusieurs traits que l'on retrouve dans le sceptique Montaigne. Le style est celui de l'épitre philosophique , avec la fermeté , la précision et le naturel qui lui conviennent ; mais on voudrait plus de couleur et de variété.
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