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Qu'en cest endroit tu lui serves d'offrande, Laissant à moy, à moy {on povre père, Las! quel ennuy!
ISAAC
Hélas! ma pauvre mère, Combien de morts ma mort vous donnera !
Mais dites-moy au moins qui m'occira.
ABRAHAM
Qui t’occira, mon fils? mon Dieu, mon Dieu,
Ottroye-moy de mourir en ce lieu!
ISAAC
Mon père.
ABRAHAM
Hélas, ce mot ne m'appartient ; Hélas, Isac , si est-ce qu'il convient Servir à Dieu.
ISAAC
Mon père, me voilà.
SATHAN
Mais, je vous pry, qui eût pensé cela ?
ISAAC
Or donc, mon père, il faut comme je voy, Il faut mourir. Las, mon Dieu , aide-moy !
Mon Dieu, mon Dieu , renforce-moy le cueur !
Rend-moy, mon Dieu, sur moymesme vainqueur
Liez , frappez , brûlez, je suis tout prest
D'endurer tout, mon Dieu, puisqu'il te plaist.
ABRAHAM
Ah, ah, ah, ah, qu'est-ce et qu'est-ce cy!
Miséricorde, Ô Dieu , par ta mercCy-
ISAAC
Seigneur, tu m'as et créé et forgé,
Tu m'as, Seigneur, sur la terre logé,
Tu m'as donné ta saincte cognoissance , Mais je ne t’ay porté obéissance
Telle, Seigneur, que porter je devois,
Ce que te prie, hélas , à haute voix
Me pardonner. Et à vous, mon Seigneur,
* Si je n’ay faict toujours autant d'honneur
Que méritoit vostre douceur tant grande, Très-humblement pardon vous en demande.
Quant à ma mère, hélas, elle absente, Veuille, mon Dieu, par ta faveur présente, La préserver et garder tellement ,
Qu'elle ne soit troublée aucunement.
Icy cst bandé Isaac.
LL TTTETTTÉTTTTODE TETE US LEULCUULESSSS
212 SEIZIÈM
Las, je m’en vay en une nuict profonde ; Adieu vous dy la clarté de ce monde, Mais je suis seur que de Dieu la promesse Me donnera trop mieux que je ne laisse.
Je suis tout prest, mon père, me voilà.
SATIHAN.
Jamais, jamais , enfant mieux ne parla.
Je suis confus, et faut que je m’enfuye.
ABRAHAM
Las! mon ami, avant la départie,
Et que ma main ce coup inhumain face, Permis me soit de te baiser en face.
Isac, mon filz, le bras qui l'occira, Encore un coup au moins t'accollera.
ISAAC
Las! grand mercy.
ABRAHAM
O ciel, qui es l’ouvrage De ce grand Dieu , et qui m'’es tesmoignage Très-suffisant de la grande lignée Que le vray Dieu par Isac m’a donnée.
Et toy la terre à moy cinq fois promise, Soyez tesmoings que ma main n’est point mise Sur cet enfant par haïne ou par vengeance, Mais pour porter entière obéissance A ce grand Dieu, facteur de l'univers, Sauveur des bons, et juge des pervers.
Soyez tesmoings qu'Abraham le fidèle, Par Ja bonté de Dieu, a la foy telle, Que nonobstant toute raison humaine, Jamais de Dieu la parole n'est vaine.
Or est-il temps, ma main, que t'esvertues Et qu’en frappant mon seul filz tu me tues.
Icy le couteau luy tounbe des mains.
ISAAC
Qu'est-ce que j'oy, mon père? hélas! mon père.
ABRAHAN.
Ah, ah, ah, ah.
ISAAC
Las! je vous obtempère.
Suis-je pas bien ?
ABRAHAM
Fut-il jamais pitié ?
Fut-il jamais une telle amitié ?
Fut-il jamais pitié? ah, ah, je meurs, Je meurs, mon filz.
E SIÈCLE
ISAAC
Ostez toutes ces pleurs, Je vous supply ; m’empescherez-vous doncques D'aller à Dieu.
ABRAHAM
Hélas, las! qui vit oncques En petit corps un esprit autant fort?
Hélas, mon filz, pardonne-moy ta mort.
Icy le cuide frapper.
L'ANGE
Abraham, Abraham!
ABRAHAM
Mon Dieu.
L'ANGE
Remets ton coustean en son lieu :
Garde bien de ta main -estendre Dessus l’enfant , ny d'entreprendre De l'outrager aucunement.
Or peux-je veoir tout clairement Quel amour tu as au Seigneur, Puisque tu lui portes cest honneur De vouloir pour le contenter,
‘Ton filz à la mort présenter.
ABRAHAM
O Dieu!
ISAAC
O Dieu!
ABRAHAM
Seigneur, voilà que c’est De t'obéir.
Icy prend le mouton.
Voicy mon cas tout prest, Prendre le veux.
L'ANGE
Abraham !
ABRAHAM
Me voicy.
Seigneur , Seigneur.
L'ANGE
| Le Seigneur dit ainsi :
« Je te promets par ma grand” majesté, Par la vertu de ma divinité, Puisque tu as voulu faire cela,
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Puisque ta m’as obéy jusques là,
De n'espargner de ton seul filz la vie :
Maugré Sathan et toute son envie, Bénir te veux avec toute ta race.
Veois-tu du ciel la reluisante face ?
Veois-tu les grains de l’arène au rivage ?
Croistre feray tellement ton lignage, Qu'il n'y a point tant d'estoiles aux cieux, Tant de sablon par les bords spatieux De l'Océan , qui la terre environne, Qu'il descendra d’enfans de ta personne.
Christ promis.
Ils dompteront quiconque les haira,
Et par celuy qui de toy sortira,
Sur toutes gens et toutes nations
Je desploiray mes bénédictions
Et grands thrésors de divine puissance, Puisque tu m’as porté obéissance '.
- ‘ Toute cette longue scène dn sacrifice n'est-elle pas pathétique d'un bout à l'autre, et ne verse-t-on pas à la fois des larines sur le fils et sur le père ? La prière d'Isaac a-t-elle moins de touchante éloquence que la prière d'Iphigénle, dans Euripide ou dans Racine ? Ne,se sent-on pas frissonner et pälir en entendant les cris de miséricorde poussés par Abraham ? Quelle vérité dans la peinture de cette fidélité religieuse du patriarche, qui ne peut pas résister à Dieu ! Et Cependant , au moment de frapper , les entraliles du père se soulèvent de nouveau , et le couteau lai tombe des mains. Me trompé - je en disant que les paroles si simples d'isaac , qui demande la mort pour aller à Dieu , approchent du sublime? s+|
Le lecteur le moins exercé remarquera sans peine les imperfections d'une langue qui n'est pas faite , les vices de versilication , le mélange désagréable des rimes inasculines qui ne se répondent pas régulièrement, la fréquence des hiatus et beaucoup d'autres défauts. Cependant le style , naturel et vrai, ne manque pas de cette élégance trouvée, de ces traits heureux
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