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Où sont tant de promesses saintes , Tant de pleurs versez en partant?
Est-il vray que ces tristes plaintes Sortissent d’un cœur inconstant ?
Dieux, que vous estes mensongère !
Maudit soit qui plus vous croira :
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s'en repentira.
Celui qui a gaigné ma place
Ne vous peut aymer tant que moy!
Et celle que j'aime vous passe
De beauté , d'amour et de foy.
Gardez bien vostre amitié neufve; La mienne plus ne varira,
Et puis nous verrons à l’espreuve Qui premier s’en repentira.
et l’'emmena en Pologne. Desportes resta neuf mois dans ce pays, qui lui parut un désert auprès de cette belle France, toujours si regrettée par ses enfants, lorsqu'ils se trouvent éloignés d'elle. Lorsquele duc d'Anjou monta sur le trône, sous le aom de Henri III, il parut s'appliquer à faire la fortune de sou poëte. Enchérissant sur la munificence de
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SEIZIEME
Charles IX, qui avait donné huit cents écus d'or à Desportes pour la pièce sur /a Mort de Rodomont, Henri lui assura un revenu de dix mille écus, affecté sur plusieurs abbayes, entre autres sur celle de Tiron. Balzac, à ce sujet, disait que celte fortune acquise par la poésie était un écueil contre lequel dix mille poëtes étaient venus se briser. Le prince répandit encore d'autres libéralités sur l'abbé de Tiron pour l'aider à publier ses ouvrages. Desportes fit un noble usage de son opulence. Non conient d'aider généreusement ses rivaux sur le Parnasse , il mit à leur disposition une riche bibliothèque formée par ses soins. Pendant les troubles de la Ligue, Desportes ent le malheur de prendre parti pour elle, erreur qui lui valut le désa-
- grément de voir son nom inscrit d’une mauière peu flatteuse daus la Satire Ménippée. Ses bénéfices furent saisis ; mais il répara sa faute en travaillant de tout son pouvoir à faire rentrer la Normaudie sous l’obéissance de Henri IV, qui lui accorda de l'amitié.
Despories jouissait de toute la faveur publique, et, peutêtre mème à cause de cette faveur, la critique s’efforça de troubler les triomphes du poêle ; mais , grâce à la sagesse de son esprit et à la tournure de son caractère, il ne se laissa pas émouvoir par ses Zoïles. Desportes, renonçant à célébrer les amours, et revenu à des pensées plus graves, passa les dernières années de sa vie à traduire des psaumes. Le 5 octobre 1606, il mourut, âgé de soixante et un ans , dans son abbaye de Bonport, après avoir été aimé, estimé , heureux enfin pendant toute sa vie.
Desportes mérite une place à part dans le chœur des poëtes du seizième siècle. Nourri, comme eux, des ouvrages d'Homère et de Virgile , il mit plus d'intelligence que ses contemporains dans l’imitation de l'antiquité. On ne le vit point céder au fol engoüment du siècle pour des formes étrangères et des innovations barbares. D'un autre côté , il eut le sentiment des progrès de notre poésie , et prit un soin particulier de la polir. Il rechercha la richesse, la rime et l'harmonie des vers. I1 n’admit que ra-
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SIÈCLE. 215 rement l’hiatas, et fit un usage judicieux et réservé des enjambements, si désagréables quand on les prodigue. On rencontre chez lui de fréquentes inversions ; mais elles ne font que donner de la souplesse et de la variété aux vers, sans compter que les pensées de l’auteur sont si nettes, ses expressions si claires, que l’inversion ne produit jamais d'incertitude dans l'esprit du lecteur. Disciple de Ronsard en cette partie, Desportes avait approfondi toutes les combinaisons du rhythme, et savait toujours choisir celui qui s’accommodait le mieux avec l'ordre d'idées auxquelles il devait prêter une forme analogue à leur nature. Desportes manque de force et d’élévation ; mais il avait reçu en partage la pureté, le goût, la gräce et la mélodie. Ce jugement appartient en partie à M. Darthenay, littérateur in- Struit, qui a fait une étude approfondie de nos poëtes du seizième siècle. On attribue à Desportes l'introduction du mot pudeur dans notre langue. Tout le monde sait l’heureux emploi que La Fontaine a fait de ce mot dans la fable des Deux Amis.
Voici comment La Harpe caractérise les services et les talents de cet écrivain : « Desportes écrivait plus purement que Ronsard et ses imjlateurs ; il effaça la rouille imprimée à notre versification , et Ja tira du chaos où on l'avait plongée. Il évita avec soin l'enjambement et l'hiatus ; mais, faible d'idées et de style, il n'a pu, dans l'âge suivaut , garder de rang sur le Parnasse. 1] imita Marot dans ses poésies amoureuses, et resta fort inférieur à lui. I devança Malherbe dans ses stances, qu'on ne peut pas même appeler des odes, quoique la tournure en soit assez douce et facile, et Malherbe le fit oublier. »
Moios sévère et plus juste, l'Aristarque français aurait dà dire que Desportes a des pièces que ni Marot ni Malherbe n'auraient pu faire, et que ses poésies ont moins vieilli que beaucoup de pièces du dernier de ces écrivains, entaché {rop souvent des défauts de l'école italienne.
Desportes était oncle du fameux satirique Régnier.
CHANSON
Ô BIEN-HEUREUX qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d’envie, Parmy les champs, les forests et les bois, Loin du tumalte et du brait populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire
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Aux passions des princes et des rois.
Ïl n’a soucy d’une chose incertaine; Il ne se paist d’ane espérance vaine ; Nulle faveur ne le va décevant;
De cent fureurs il n’a l’âme embrasée, Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la fin que du vent.
Il ne frémit, quand la mer courroucée Enfle ses flots, contrairement poussée,
Des vens émus soufflans horriblement ;
Et quand, la nuict, à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l’éveille.
Pour l'envoyer du lict au monument.
L’ambition son courage n'attise ;
D'un fard trompeur son âme il ne déguise ;
Il ne se plaist à violer sa foy;
Des grands seigneurs l'oreille il n'importune : Mais , en vivant content de sa fortune,
Il est sa cour , sa faveur et son roy.
Je vous rends grâce, Ô déitez sacrées
Des monts, des eaux, des forests et des prées, Qui me privez de pensers soucieux
Et qui rendez ma volonté contente,