BREST
L'ambition des grands, et la gloute avarice, Font qu'il tente les rois, de rancueur animés, Pour se trouver aux champs, camp contre camp armés :.
O la pitié de voir la flamme qui saccage, Dévorant sans merci les maisons d'un village !
De voir daus le fauxbourg le pauvre citoyen, Qui ne pardonne pas au logis qui est sien!
O la pitié de voir labonrer une ville!
O la pitié de voir la campagne fertile,
Faite un hideux désert! voir hommes et chevaux, Pesle-mesle entassés ! voir de sang les ruisseaux !
Et quel plaisir prends-tu, race frèle et chétive, De te hâter la mort, qui jamais n'est tardive;
Jean-Autoine de Baïf naquit à Venise, en 1552, de Lazare de Baïf, alors ambassadeur de France auprès de cette république, et qui ne négligea rien pour donner à son fils la plus brillante instruction. Le jeune de Baïf eut pour maitre de langue latine Étienne et Bonamy, et apprit le grec sous Nicolas Vergèce, grec d'origine. Il fréquentait également l'école de Dorat, et en recevait des leçons de
poésie. C'est là qu'il reacontra Ronsard, qui devint son
ami. On prétend que les deux condisciples rivalisèrent ensemble d'ardeur et d'intelligence , et qu’ils employaient à l'étude jusqu'au temps de la nuit. Ronsard travaillait jusqu’à deux heures du matin , et Baïf le remplaçait alors jusqu'au jour. Baïf n’avait que quinze aps lorsqu'il eut le inalheur de perdre son père. Ileureusement Charles IX, qui avait entendu parler des talents précoces du jeune poëte, lui donna la charge de secrétaire de sa chambre, et joignit quelques gratifications à cet acte de protection. De Baïf était à peine âgé de vingt-cinq ans quand il fit imprimer un premier volume de poésies, qui fut accueilli avec faveur. Ce succès le détermina à se consacrer exclusivement au culte des muses. En 1590 , il ohtint de Charles 1X des lettres-patentes pour l'établissement d’une académie de poésie et de musique: mais celte société littéraire n'eut que pen d’années de durée : les guerres civiles en dispersèrent les membres. Baïf mourut à Paris, dans un état voisin de l’indigence , à l'âge d'environ soixante ans.
Duverdier a prétendu que Jean-Antoine de Baïf se servit le premier des vers métriques , c'est-à-dire mesurés et cadencés comme ceux des Grecs et des Latins. Nicolas Rapi lui conteste cette invention, que Pasquier , dans ses Recherches de la France, attribue à Jodelle.
Baïf était un des membres de la pléiade française.
Les citations que nous faisons de ce poëte prouvent que s'il a eu beaucoup de réputation dans son temps, la fa-
4 Ce vers est très-dur.
3? Quelle magnilficence d'expression pourrait égaler la force et la beauté de ce vers, sorti d'un cœur d'homme?
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Sinon , quand te donnant mille maux envieux, Tu fais le vivre tel, que le mourir vaut mieux ' ? Ta sotte outrecuidance , et ta folle avarice, Redonablent ton malheur, faisant de vertu vice. O de la bonne terre inutile fardeau,
Qui dois en peu de jours t’engloutir au tombeau !
O rois! pensez à vous ; et puisque Dieu vous donne Le beau don de la paix, chacun de vous s’adonne À l’aimer et garder ; qui premier l’enfreindra, Qu'il tombe à la merci du roi qu'il assaudra.
Que de son ennemi son pays soit la proye :
Qu'en son trône royal jamais ne se revoye :
Jamais ceux de son sang n’y puissent revenir, Puisque la bonne paix il n’a sçu maintenir ?.
veur publique qui l’entourait n'était point uae erreur , et qu’on aurait grand tort de le mépriser aujourd'hui. Ses œuvres respirent souvent la passion ; et dans ses pièces sérieuses , il montre du sens , de la force , de l'élévation et
4 On ne peut s'empêcher de regretter cette simplicité.
3 Depuis cette exclamation : « O la pitié de voir la flamme qni ravage, ctc. , » l'hymne respire un amour de l'humanité, une tendresse pour le pauvre peuple, une compassion de ses maux, qui funt venir des larmes aux yeux. Quant à l'imprécation contre le premier des rois qui violera la paix ou ne saura pas la maintenir , elle devient presque sublime comme un acte de haute vertu , quand on pense que le pays était en proie aux fureurs de la guerre civile, envenimée par les conseils, échauffée par les armes de l'étranger, alors établi au cœur de notre pays. Sans doute il faut louer dans Boileau le courage d'avoir mis sous les yeux de Louis XIV cet admirable portrait d'Alexandre, l'une des plus énergiques satires des conquérants. Mais, bien supérieur en audace au poûte du dix-septième siècle, Jean-Antoine de Baïf semble étre ici un ministre de la religion , prononçant un décret du Cicl contre les princes assez cruels et assez insensés pour rechercher la gloire au prix dn sang des hommes, et ravir aux peuples la paix, qui est la source de leur bonheur.
Horace est moins touché peut-être, et cependant on sent bien en lui l'homme dans le poète, quand il s'écrie , à l'occasion d'une nouvelle guerre civile qui se préparait : « Où courez-vous ,impies ? Pourquoi dans vos mains ces glaives cruels qui étaient cachés dans le fourreau? N'avons-nous pas assca versé de sang romain sur laterre et les mers, non pour parvenir à-incendicer les remparts orgueilleux de la jalouse Carthage et à conduire enchaîné sous nos yeux, dans la voie sacrée, le Breton si longtemps indompté, mais afin que le Parthe vit au gré de ses vœux la ville éternelle périr de ses propres mains °?.… Ni les loups nl les lions ne montrèrent jamais de mœurs pareilles : leur férocité ne s'exerce que sur des animaux d'une espèce différente. Est-ce un aveugle délire, une fatalité inviucible ou un crime passé qui vous entrainent ? Répondez! Ils se taisent; une étrange pâéleur décolore leurs visages . et leurs ames restent stupéfaites de terreur. »
Epodes , ode vu.
* Corneille à dit de Rome dans Les Iloraces.
Qu'elle-mème sur soi renverse ses murallles, Et de ses propres talus dechire ses eutruilles.
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des sentiments d'homme de bien qui lui font honneur. S'il avait un certain nombre d'apologues comme celui du Geai, il aurait un nom distingué comme fabuliste.
De Baïf fut le poëte le plus fécond de l'époque : on compie parmi ses nombreux ouvrages des traductions de Sophocle,
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de Plutarque, de Lucien, du Manuel d'Épictète, de deux comédies de Plante, où l'on trouve assez souvent un vif sentiment des beautés de l'antique , attesté par une attention extrême à reproduire ces traits heureux qui font le charme et la vérité de toute peinture.