‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 264 sur 914 · PORTE ROEC EN MEET RTE OINS REV I TS RSS EST · texte numérisé non relu

PORTE ROEC EN MEET RTE OINS REV I TS RSS EST

Car Martin souffert ne l'eût pas :

Martin , qui toujours par derrière Avoit la main sur sa croupière.

Au surplus, un asne bien fait,

Bien membru , bien gras, bien refait, Un asne doux et débonnaire,

Et qui n’avoit rien d'ordinaire,

Mais qui sentoit , avec raison,

Son asne de bonne maison :

Un asne sans tache et sans vice,

Né pour faire aux dames service,

Et non point pour être sommier Comme ces porteurs de fumier ,

Ces pauvres baudets de village, Lourdauts sans cœur et sans courage, Qui jamais ne prennent leur ton Qu'’à la mesure d’un bâton.

Votre asne fat d'autre nature, Et couroit plus belle aventure ; Car, à ce que j'en ai appris,

Il étoit bourgeois de Paris :

Et de fait, par un long usage, Il retenoit du badaudage ;

Il faisoit un peu le mutin Quand on le sangloit trop matin.

Toutefois, je n’ai connoissance S'il y avoit eu sa naissance :

Quoi qu’il en soit, certainement Il y demeura longuement,

Et soutint la guerre civile, Pendant le siége de la ville, Sans jamais en être sorti,

Car il étoit du bon parti.

Vraiment il le fit bien paroitre, Quand le pauvyret aima mieux êtte Pour les ligueurs en pièces mis, Que vif se rendre aux ennemis.

Tel, qui de la Ligue se vante,

Ne voudroit ainsi mettre en vente Son corps par pièces étalé,

Gilles Duraat, sieur de ia Bergerie, était né à Clermout en Auvergne, en 1554, el fut avocat au parlemeut de Paris. Ses succès au barreau lui valurent l'honneur d'être choisi comme membre de la commission qui réforma la coutume de Paris. Il paraît cependant qu'il éprouvait pour sa profession une extrême répugaance, et qu'il se hàtait de se débarrasser du fardeau des aïfaires pour se livrer à son goût pour la poésie. C’est dans cette intention qu'il acheta , près de Paris, uue petite maison où, loia du bruit de la grande ville, il allait passer ses moments de

À RME MEN S SERRE nee,

Et veut qu'on l'estime zélé.

Or bien , il est mort sans envie :

La Ligue lui coûta Ja vie :

Pour le moins eut-il ce bonheur, Que de mourir au lit d'honneur, Et de verser son sang à terre, Parmi les efforts de la guerre; Non point de vieillesse accablé, Rogneux, galeux , au coin d’un b'é.

Plus belle fin lui étoit due.

Sa mort fut assez cher vendue :

Car au boucher qui l’acheta

” Trente écus d’or sol il coùta.

La chair, par membres dépecée, Tout soudain en fut dispersée Au légat, et la vendit-on Pour veau peut-être, ou pour mouton.

De cette façon magnifique,

En la nécessité publique,

(O rigueur étrange du sort !)

Votre asne, ma commère, est mort :

Votre asne, qui par adventure

Fut un chef-d'œuvre de nature.

Depuis ce malheur advenu, Martin malade est devenu,

Tant il portoit une amour forte

A cette pauvre bête morte!

Hélas! qui peut voir sans pitié

Un si grand effet d'amitié ?

Pour moi, je le dis sans reproche, Quoique je ne fusse si proche

Du défant comme étoit Martin, J’ai tel ennui de son destin,

Que depuis quatre nuits entières Je n'ai sçu clore les paupières ;

Le regret me suit , et l’esmoi

Ne déloge point de chez moi.

Depuis cette cruelle perte,

Mon âme aux douleurs est ouverte :

Si que , pour n'avoir plus d’ennui, Il faut que je meure avec lui.

loisir. Pendant les troubles de la Ligue, il se montra (onjours fidèle au parti du roi; on croit même qu'il fut un des col'aborateurs de la Satire Ménippée, qui servit si u ilement la cause de Henri IV. Il mourut en 1615, à l'âge d'environ soixante-cinq ans.

Voici comment il se peint lui-même dans son ode à

Claude Binet :

Sans chagrin et sans rancune, Rinet, je suy la fortune où mon sort m'a convié :

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