PROMESSE D'UN COURTISAN
SATIRE
A cE propos (sans des grands dire mal) On dit qu'un grand ou bien un cardinal, Lequel avoit de son prince la grace,
De même père et mère engendrés ils étoient ; . Tous deux vivant ensemble ,ensembleilss’ébatoient; + En leur âge petit couchant en même couche,
Ils n’avoient qu’un désir, ils n’avoient qu’une bouche, Et ce que l’un vouloit, l’autre le désiroit,
Et chacun à légal son frère révéroit, S’entrebaisant sans cesse, et s’entre aimant de sorte Qu’immortelle on eût dit une amitié si forte :
Qui les eût vus se fût des philosophes ris,
Qui l’amitié vulgaire ont en si grand mépris. Aussitôt qu'entre eux deux va tomber en partage Du royaume thébain le superbe héritage
(Comme un morceau de chairentre deux petitschiens\, Ils ont mille débats pleins de cruels soutiens :
Le sang ne les retient, quand d’ires enflammées Devant Thèbes ils ont deux puissantes armées,
Se défiant l’un l’autre : « Où te trouveras-tu
Disoit l’un, pour sentir l’eflort de ma vertu?
Je t'appelle au combat ! maintenant je désire,
En m'oppusant à toi, cruellement t'occire. »
Etéocle répond : « J’ai ce désir aussi
Seul à seul te combattre et t’égorger ici. »
Tous deux par ces défis à la mort se vouèrent,
Et, frères inhumains , tous deux s’entretuèrent.
Je ne sais pas ni son nom, ni sa race, Mais il vivoit au service des rois, Ou du premier ou du second François :
Sn où nn nn nn ne nn rs ie nd y ee qua oo ee 0 Su, ON D
St mt és. à ee ge æ we te + Ed Se Se O0
Auquel un sien gentilhomme fidelle, D'un prieur mort apporta la nouvelle, Le suppliant demander pour guerdon De son service , au roi le petit don
Du prieuré, qui toutes charges faites, Ne valoit pas mille livres complettes.
Ce grand y va; mais étant retourné, Dit que le roi l'avoit déjà donné,
Dont il portoit un regret plus extrême Que si ce bien eût été pour lui-même:
Qu'une autre fois il fût plus diligent, Que pour venir il n’épargnât l'argent, Et qu’il auroit la première vacante, Quand mille écus elle vaudroit de rente.
Le gentilhomme, estimant qu’il disoit La vérité, plus fort se marrissoit
Voir ce seigneur avoir pris tant de peine Pour demander cette chose incertaine , Que de voir lors son placet refusé ;
Mais le pauvre homme étoit bien abusé, Car ce seigneur avoit lors obtenue
Du prieuré pour lui la retenue,
Et l’avoit mise en garde sur le dos
Du plus rusé de ses custodi-nos.
Le conte dit qu'après un long espace, Que l’abusé découvrit la falace.
Pour s'en venger, il feignit cautement Etre venu la poste vitement,
Pour avertir ce prélat que vacante L'abbaye étoit de mille écus de rente, Et qu’il lui plût en demander soudain Le don au roi, de peur du lendemain.
Or cette abbaye alors n'étoit mangée, Et point n'étoit encore vendangée :
{ Car tout au tour les touffes des grands bois, En ombrageoient les parcs et les recois ;
Et même aussi ses forêts arpentées N’avoient encor point été charpentées ;
Ce que savoit le cardinal voisin,
Qui la veut mettre au nom d'un sien cousin.) Mais toutefois avec un gai visage,
Dès lors promit en faire le message,
Tout prompt au roi, regrettant le malheur, Qu’elle n’étoit de plus grande valeur,
Et qu'aussitôt en feroit la demande ;
Lors de dresser le placet il commande,
Le porte au roi comme il avoit devant ; Mais plus fâché cent fois qu'auparavant,
Il s’en revient; il déteste, il dépite
De l'accident la fortune maudite,
Disant qu'encore il étoit prévenu,
Que du défunt un frère étoit venu,
A qui le prince avoit donné l’abbaye :
Le gentilhomme alors voyant non vraie L'excuse feinte, il dit : « Votre grandeur S'assurera que je tiens à grand heur
De vous connoître , et l’utile artifice,
Dont vous payez ceux qui vous font service, C’est que l'abbé de cette abbaye ici
N'a point de frère, et n’est point mort aussi. Mais cette feinte au vrai m'a fait connoitre, Du prieuré ce qui lors en peut être;
Et je me tiens pour bien récompensé,
Par ce bon tour, du service passé. »
Il dit, et part , et n'a jamais dès l’heure, Auprès des grands fait aucune demeure, Toujours craignant en estre encor trompé.
Bien aisément le simple est attrapé.
Sous la faveur d’une grandeur heureuse Suivre les grands est chose dangereuse; Et je le crois; si j’en veux approcher, Toujours craintif, j'ai peur de les fâcher.
Se D