L'AMITIÉ
SATIRE
Ok l'amour des parents connoistre tu pourras,
Et toute autre amitié , si tost que tu verras,
Deux petits chiens nourris d’une même littée,
Ou bien deux petits chats, d’une patte affettée,
Se flatter doucement, se jouer , s’embrasser,
Folâtrer joints ensemble, et s’entrecaresser ;
Il n’est rien si gentil, il n'est rien plus aimable,
Iln’estrien plus conforme, il n’est rien plus semblable
À deux amis, que voir ce spectacle plaisant.
Toi, qui vas sans raison une amitié prisant,
Si tu veux l’éprouver, jette un peu de viande,
Quelque osset moelleux, quelque chose friande,
Entre ces petits chiens, entre ces petits chats,
Et tu l’éprouveras par leurs soudains débats :
Qu'il y ait entre toi, ton enfant ou ton frère,
Quelque fief, quelqu'honneur, quelqu'amour , quelqu’affaire
A débattre et vider, tu verras tont soudain,
Que ton fils te voudroit voir mort le lendemain.
Les frères ne sont pas l’un à l’autre meilleurs;
Chaque jour il se voit aux maisons des seigneurs.
Le vaillant Etéocle et le preux Polinice,
(Comme dit le tragic) n'eurent qu’une nourrice ;