‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 304 sur 914 · HARAS SI ST SET · texte numérisé non relu

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De murmurer contre elle, et perdre patience, JL est mal à propos :

Malherbe était né à Caen, d'une famille noble et ancienne ; un de ses sïeux, Malherbe de Saint-Aignan, avait combattu en Angleterre, sous les ordres de Robert III, duc de Normandie. Après la mort de son père, Malherb», qui en avait éprouvé le plus vif chagrin, quitta sa ville natale et alla demeurer en Provence, à la suite de Henri d'Angoulême , grand- prieur, qui en avait le gouvernement. Il entra dans la maison de ce prince, qui fut assassioé par Artiriti, baron de Castellane. Pendant son séjour à Aix, il épousa Madeleine de Coriolis, veuve d'un conseiller au parkement et fille d'an président. De cette union naquirent plusieurs enfants; l’un mournt de la peste, à l'âge de cinq ousix ans; l'autre, jeune bomme de vingt ans, plein de feu et d'imagination, et dont les essais poétiques remplissaient de joie et d'espérance le cœur de son père, succomba dans un duel. Voici ce que dit Balzac au sujet de la mort douloureuse de

Ce Ols qui fut si brave et qu'il aimait si fort.

« La dernière année de sa vie, Malherbe perdit son fils, » qui fut tué en duel par un gentilhomme de Provence. » Cette perte le toucha sensiblement. Je le voyais tous les » jours, dans le fort de son affliction , et je le vis agité de » plusieurs pensées différentes. Il songea une fois à sebatire » contre celui qui avait tué son fils, et comme nous lui re- » présentâmes qu'il y avait trop de disproportion de son » âge de soixante-douze ans à celui d'un homme qui n'en » avait que vingt-cinq : « C'est à cause de cela que je venx » me bâttre, répondit-il. Ne voyez-vous pas que je ne ha- » sarde qu'un denier contre une pistole. »

Balzac raconte ensuite qu'on lui parla d'accommodement , et que le meurtrier fit proposer au père de sa victime une somme de dix mille écus. Après de longues difficulilés, Malherbe accepta cette somme, qu'il destinait à élever un mausolée en l'honneur de son fils. Toutefois la mort le surprit avant qu'il eùt mis ce projet à exécution. ]1 compos , sur la mort de son enfant, quelques poésies qui ue nous sont point parvenues. Vauquelin de la Fresnayc lui a consacré une épitaphe.

Cet événemeut, qui regarde la dernière année de Malberbe, a interrompu le récit de sa vie; nous le reprenons en revenant à l'ordre des choses.

Après la mort du grand-prieur , Malherbe porta quelque temps les armes, et montra beaucoup de courage ausiége de Martigues en Provence. C'est là qu'un capitaine d'infanterie lai ayant enlevé son épée, il le força de la rendre et ensuite de se mesurer avec lui en champ clos. Le capitaine reçat une blessure grave, qui le mil hors de combat. Malberbe cultivait la poésie mème au milieu des camps. Son premier ouvrage fut les Larmes de saint Pierre , imité du Traesillo, poëte italien. L'ode à Marie de Médicis, sur son arrivée en France, commença la répatation de Malherbe. En 1601, Henri IV ayant demandé au cardinal du Perron s'il ne faisait plus de vers : « Sire, « répondit le prélat, depuis que Voire Majcsté m'a fait

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Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos".

* l'honneur de m'employer en ses affaires, j'ai tont-à-fait » quitté cet exercice, et il faut que personne ne s’en mêle, » après un gentilhomme de Normandie, habitué eu Pro- » vence, nommé Malherbe, qui a porté la poésie fran- » Çoise à un si haut point, que personne n’en peut jamais » approcher.» Lorsque Duperron répondit ainsi à la bienveillante question de Henri IV, Malherbe avait près de cinquante ans.

Eu 1603, Malherbe étant venu à Paris pour ses affaires particulières , Henri IV en fut averti, et se le fit présenter. Au moment de partir pour le Limousin , le roi pria le poëte de faire des vers sur son voyage et de les lui apporter à son retour. Malherbe écrivit alors La pièce qui commence par ce vers :

0 Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées.

Le roi fat si content de cette pièce, qu'il garda Malherbe à son service , et l’inscrivit parmi ses pensionnaires.

A la mort de Henri IV, la reine Marie de Médicis gratifa Malherbe de cinq cents écus de pension. On a dit, à

‘ Quoique la dernière strophe semble fermer convenablement ie discours, peut-être l'art conseillait-il de la supprimer et de laisser reposer la pensée sur la grande lecon d'égalité que la mort donne aux hommes.

L'ode à Du Perrier est justement célèbre: elle renferme des beautés de plus d'une espèce , et dont notre langue n'avait point encore d'idée avant Malherbe; mais le poëte parle-t-il toujours le langage de la véritable douleur? Outre les détails qui rendent parfois la pièce languissante, n'apercoit-on pas, en la lisant, que Malherbe était peu sensible, et qu'il a parfois oublié ce préceple de son maître, si bien traduit par Boileau :

Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuries.

Écoutons comment l'ami de Mécène essaie de consoler Virgile, profondément affligé de la mort de Quintilius Varus,

« Peut-on rougir on cesser jamais de pleurer une tête si Chère ? Inspire-moi des chants lugubres, Ô Melpomène , qui reçus d’Apollon ton père le présent de la igre et d'une voix brillante et pure. Ainsi donc un sommeil éternel enchaîne Quintilius! Pudeur incorruptible , bonne foi, sœur de la justice, et toi, vérité toute nue, quand trouverez-vous son pareil sur la terre? Il meurt digne des regrets de tous les gens de bien: mais personne ne lui doit plus de larmes que toi, mon cher Virgile. Hélas! en vain ta pieuse tendresse redemande aux dieux ce Quintilius qu'ils ne t'avaient pas confié pour toujours. Non, quand tu formerais sur la lyre des accords plus doux que ceux d'Orphée, entendus par les arbres eux-mêmes, le sarg ne rentrtrait pas dans une ombre vaine que Mercure , si difficile à rouvrir les portes de la vie, vient de ranger, avec son redoutable caducée, dans le noir troupeau des morts. L'arrêt est cruel; mais la patience rend plus légers les maux qu'on ne saurait guérir. »

Rendez à cette ode la précision pleine de sens, l'élégance choisie, la variété des sons, la pureté du chant, la mélodie que ma prose lui a fait perdre, malgré moi, et jugez si le poëte latin n'est pas plus vrai, plus touchant, plus fidèle :ux conseils de l'art, que le poëte français, dont l'ode n'en brille pas moins par des beautés qui sont de tous les temps.

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Malherbe avait la plus haute idée de son importance et de sa dignité personnelles. Voici on {rait assez plaisant

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Se ÉRERELLEE SR SELS LESDITS RS se a sh D 264 DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. pe & | “2 cette occasion, que Malherbe n'énargnait point sa peine | qui atteste cette habitude. Des hommes de talent, parmi -< "pour lécher de se prorurer une meilleure fortune, et qu'il | lesquels se trouvait le président d’un parlement de pro- =: sp demandait l’aumône le sonnet à la main. vince , étaient réunis chez lui. Un plaideur entre , deman- un co Ce poëte mourut à Paris, en 1628, sous le règne de | dant : « Monsieur le président ? — Il n'y a ici d'autre prési- °° ‘Louis XIIL. Il était âgé de soixante -treize ans, et avait | dent que moi! » s’écrie le poêle. “a Lo vécu sous six rois. Voici les deux meilleures épitaphes qui Malherbe portait encore au plus haut degré l'orgueil du sp © fui furent faites; la première estde Gombaud, la seconde | poëte. Ni Pindare, ni Théocrite, ni Horace, n'ont affecté «bo “de d'Arbaud. avec plus d'audace et de confiance que lui les droits de .{, “0 l'immortalité; aucun d'eux ne l'a promise en termes plus :{

| A magoifiques que les siens aux princes adoptés par sa muse. °° ‘Apollon de nos jours, Malherbe icl repose, < . } Se . [1 lee long-temps sans beaucoup de support. Mais malheureusement il loue presque tonjours à genoux ” À da — En quel siècle? — Passant, je n'en dis autre chose: et souvent il se prosterne devant des idoles peu dignes de ae ‘5 llesi mort pauvre... et mol je vis coimme Î! est mort. son encens. Pour comble de malheur , il insulte quelque- of" 7% fvis à leur cendre tiède encore. On connait les pièces T J'entends Jes muses éplorées adressées par le poëte au duc de Luynes et tontes pleines “A cs se plaire autour de ce 1ombeut de l'adulation la plus outrée. A peine ce jeune favori de °° Ne D Louis XIII était-il mort, que Malherbe lui faisait l'épi- <: a Maiherbe , à qui les dortes s-rurs taphe suivante : co 'ée Dolivent leurs aimabtes doureurs, ch da N'est plus que poussière et que cendre. Cet absynthe ‘ au nez de borbet de Se Et si que’que excès de bonheur En ce tombeau fait sa demeure. cho Ne rontrafnt ls Parque à le rendre, Chacun en rit, et mol j'en pleure: Li ie Elles ont perdu leur honneur. Je le voudrais voir au gitet. on ie cs?

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PE Es , e e Ent do La vie de Malherbe renferme des particularités cu- Racao, l'ami et le compatriote de Malherbe, avaitpro- ci “S rieuses, dont nous n'avons pas parlé dans l’historique ra- testé, daus les vers suivants, contre la profanation de la ., %° pide des événements de sa vie. ]1 était aussi mal logé que | POésie par la lâcheté des favoris des muses à diviniser des :, “mal meublé, et n’ayait que sept ou huit chaises de paille- idoles vulgaires ou coupables : re as Quand le nombre des visiteurs dépassait celui des chaises, . À D à ï ; î ’ n° À C'est injustement qu'on tolère -k& ie il criait au dernier arrivant : Attendez, il n'y a plus de tdi ae ch ie chaises. Les mette au rang des immortels, De 2e Malherbe élait mordant et satirique, même pour ses EL fasse chauter à ses cyynes sq 4 meilleurs amis. Un jour il est invité à diner par Desportes, Des demi-dièux qui sont plus dignes je 3 : . È De la fouure que des autels ‘. CAE ‘qui lui présente sa traduction des Psaumes : « Ce n’est pas da “> la peine, répond le disgracieux cnnvive; votre potage | as “vaut mieux que vos Psaumes. » Celte plaisanterie amère ct | Maiherbe professait peu d estime pour les poëtes ses NE “5 presque indécente lai valat la salire de Régnier, qui com- contemporains. On se rappelle qu'un jour il biffa tous les "e mence par Ce vers : | vers de Ronsard , et qu'il dirigea contre l'idole du temps .: 4 la plus sanglante critique. 11 était plus quesévèreà l'égard ‘°° #o ed ue de Racan, son ami, et tout-à-fait injuste envers Réguier, ‘ Ke ds . qui l'emportait , à tant d'égards, sur son détracteur. + sn - | | - ee Il n'aimait pas les Grecs, ct professait pour Pindare + se lui na ce. . Pa pere ridi- surtout un profond mépris. Parmi les Latins, il lisait avec N ne ss a A ec = Le plaisir et profit Sénèque le tragique, Horace, Juvénal, a temps cela est-il eur é? demande Has j'ai ru Orvide, Martial et surtout Slace. Il disait, des sonnets de e. ve dde Franc de ns cinquante ans de eo ul Pétrarque , qu'ils étaient à la grecque, mot convenu àcelle ‘1° che nec elle sa chengé de plac ne J époque pour exprimer quelque chose de mauvais ou deri- ‘: en P U a Et à do olus Hinle-duliostos nie une dicute. Malherbe avait tort. En effet, rien ne ressemble se ne ns ronree P À moins au naturel, à la simplicité de l'école grecque que -:- ‘# pièce de vers à Malherbe et demandeson avis : « Avez-vous RE : : né entinné À bles rendit on-dlalre ce vers? lui né l'esprit et les vers de Pétrarque ; et si Malherbe lui-même .:. x . pe ne a ee es avait conou celte école, qu'il blämait sans la connaître, il 5: a L'archevèque de Rouen, dinant avec lui, l'invite à ve- | me Mass ee BOEe Nr es es ol CR Ha cie à chesses poétiques. Au reste, il n'épargnait pas sa profes- ‘°° + pir entendre un de ses sermons. Malherbe s'endort au ! s 2e de “dessert, el le prélat le réveille pour aller à l'église :« Je | siou de poûte , et réduisait à fort peu de chose son avenir :;” de ee ue k ° de gloire. Voici comme il parlait avec Racan sur ce sujet: -;- ‘% dormirai bien sans cela ! » s'écrie le poûte. | : : : “ee Revenant de chez M. de Bellegarde avec un flambeau RO1 Os rers virenl Apres AQUS, On ira q0S nONAATON A4 . dune 1: Sobcoutre ‘an-centilhommé-de ses Aie doi » été deux excellents afrangeurs de syllabes. et que nous .:. ce l'arrèt A un instant pour Ra re Te mot dit + | » avons été bien fous de passer la meilleure partie de notre ::, $ CR. è ka $ * AL herbe, vous me faites brüler ici pour cinq sous de flam- ee <> beau, ef ce que vous me dites ne vaut pas six blancs. » ‘ Ce mot d'absynihe est une froide allusion au mot aluine,

ancien nom de cette plante. L +: Ode à Richelieu. :

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