‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 305 sur 914 · HN C · texte numérisé non relu

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» âge dans un exercice si peu utile au public et à nous- » mêmes, au lieu de l'employer à nous donner du bou » temps ou à penser à l'établissement de notre fortune. » Ailleurs il dit : « qu’il y avait de la folie à faire un métier » de la poésie, et qu’un bon poëte n'était guère plus utile » à l’état qu'un bon joueur de quilles. e

Bien moins raisonnable encore, Malherbe avaît pour les arts et pour les sciences un dédain difficile à comprendre, et qui teuait sans doute au défaut d'instruction et de lumières. A la fois sévère et chagrin, il méprisait les hommes en général, à compter du meurtrier d’Abel. « Ne voilà » pas, disait-il, un beau début ? Ils n'étaient que trois ou » quatre au monde, et l'un d'eux va tuer son frère. » L'empire romain, comme on sait, n'eut pas de meilleurs commencements; mais faudrait-il, pour cela, baïr et mépriser le peuple romain tout entier ?

Balzac appelait Malherbe le tyran des mots et des syllabes. « J'ai pitié d'un homme, dit-il, qui traite l'affaire » des gérondifs et des participes comme si c'était celle de » deux peuples’ voisins, jaloux de leurs frontières... La » mort l’attrapa sur l'arrondissement d'une période, et » dogmatisant sur la°vertu des particules, « Effectivement notre poëte poussait la sévérité grammaticale jusqu'à lexagération la plas comique. Cette manie le suivit presque au tombeau. Une heure avant sa mort et au milieu de son agonie , il se leva tout à coup sur son séaut , et reprit vertement sa garde, qui venait de pécher contre la grammaire. Son confesseur ‘ayant ‘reproché au poêle cet emportement, il répondit qu'il voulait défendre jusqu'à la mort la pureté de la langue française.

Boileau, Voltaire, La Harpe, tous les critiques s’accordent à reconnaitre que Malherbe a reudu les plus grands services à notre langue. Sa réaction contre ja barbarie , qui avait envahi notre idiome, et ne tendait à rien moins qu'à la dénaturer , fut un acte de haute raison et méme de courage : il eu fallait beaucoup pour protester contre l'euthousiasme public, et attaquer les idules qu'il avait placées sur un autel , au sommet du Parnasse.

Privée de Malherbe, ou de quelque autre génie semblable au sien, notre poésie perdait toutes ses bonnes qualités sans acquérir celles du grec et du latin , dont les mots barmopieux, défigurés par des expressions ridiculement composées et dénuées de toute harmonie, nous auraient crée une espèce de jargon qui n'aurait pas eu même le mérite de pouvoir étre compris comme tel palois l'était par la province où on le parlait. Ea rcuversant l'échafaudage de Ronsard, le grotesque appareil polyglutte de la Pléiaile, Malherbe nous ramenait à la langue de Villon et de Marot, qu’à l'exemple du premier de cesécrivains, il faisait sortir du fond mème du peuple de Paris ; à cet égard, il exprimait sa pensée d'une manière fort originale, en prétendant que ceux qui parlaient le meilleur français étaient les crocheteurs du port aublé. Ce mot, que Régnier a relevé comme une soltise et une injure, avait beaucoup de sens; et peut-être Malherbe lui-même uen sentait pas toute la portée. S'il l'eüt comprise, il aurait conservé davantage l'énergie, la vive allure, Ja soudaineié, les nombreuses et pittoresques images du langage populaire qu'il s'e‘forçait avec raisou d'épurer, d'anoblir. Eo effet, Malherbe, malgré l'opinion que suppose le mot que je viens de citer, u'élait point asscz peuple; ce mot

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