‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 370 sur 914 · D 00088 060000 6000 00 0 00 0 0 00 0 D EC · texte numérisé non relu

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Quinault (Philippe) naquit à Paris , le 3 juin 1635, année de la fondation de l’Académie française. On croit être certain aujourd'hui qu'il était fils de Thomas Quinault, maitre boulanger , quoique l'abbé d'Olivet ait regardé cette allégation de Furetière comme dictée par la médisance et la colère. « Quand cela serait vrai , ajoute l'abbé, » Quinault n’en mériterait que plus d'estime , pour avoir » si bien réparé le tort de sa naissance. »

Après avoir fait quelques études , le jeune Quinault eut le bonheur de s'attacher à Tristan -l'Ermite, auteur de Mariamne, qui le prit en affection, et l'admit aux leçons qu'il donnait lui-mème à son fils unique. Agé de dix-huit ans, Quinault présenta an Théâtre-Français, sousla protection de Tristan, sa première comédie des Rirales, en 1655. On rapporte que c'est à l'occasion de cette pièce, que fut établi le droit de part des auteurs sur une portion de la recette des comédiens , tandis que précédemment le prix était débattu avec l'auteur et une fois payé.

La pièce des Rivales et celles qui la suivirent eurent un grand nombre de représentations. « Lorsqu'il fit ses » premières pièces, dit Ménage, elles étaient tellement » goûtées et si fort applaudies, que l'on entendait le » brouhaha à deux rucs de l'hôtel de Bourgogne. » Cependant Quinault eut la sagesse , très-rare à son âge, de nc point se laisser éblouir par de si brillants succès ; et le parti qu'il prit, d'après de sages conseils, d'entrer chez un avocat pour étudier quelque chose de plus solide que le théâtre, prouve qu'il avait en partage un jugement précoce et d'excellents amis. Il fallait que le jeune Quinault füt animé d'une grande ardeur pour le travail, puisqu'en consacrant une partie de son temps aux études de sa nouvelle profession , il en trouvait encore pour composer des comédies, qui se succédaient au théâtre chaque année, sans interruption. L’4#mant indiscret, qu'il fit représenter en 1654, fut couvert d'applaudissements.

Aprèsla mort de son bienfaiteur et de son second père, auquel il avait donné les soins les plus tendres et les plus délicats, Quinault continua à travailler pour le théätre, et donna , en 1655 , la Comédie sans comédie , dans laquelle il réunit les différents genres de composition théâtrale : pastorale, comédie , tragédie et tragi-comédie à machines ou opéra. L'année suivante , parut sa première tragédie, la Mort de Cyrus, en cinq actes , qui avait été précédée , dans la même année, des Coups de L'amour et de la fortune, tragi-comédie , aussi en cinq actes.

Depuis la tragédie de La Mort de Cyrus, Quinault donna successivement six autres pièces, jusqu'en 1661, que parut la tragédie d’Agrippa ou le Faux Tibérinus, qui fut jouée deux mois de suite et reprise plusieurs fois. Enfin, en 1664, le succès d’Astrate vint mettre le comble à sa réputation. Pendant trois mois , cette tragédie attira une telle affluence de spectateurs, que les comédiens doublèrent le prix des places. Voltaire dit qu'il y a de fort belles choses dans cette pièce, si malheureusement im-

hroisie qui s'eshale de la chevelure et des vêtements de la déesse, de même, quand nous venons de lire Quinault, il nous semble que l'Amour et les Grâces viennent de passer près de nous.

» N'est-ce pas là ce qu'on éprouve lorsqu'on entend ces vers

d'iliérax, dans Jsis :

Depuis qu’uve nymple inconstante, etc.

mortalisée par Boileau , qui, dans cette circonstance, jugeait comme la raison elle-même.

Pour Quinault, les succès amenaient les succès ; car il est à remarquer qu'aucune de ses pièces ne reçut un mauvais accueil , si ce n’est Bellérophon , son avant-dernière tragédie, qui tomba dès la première représentation; mais sa comédie de la Mère coquette ou les Amants brouillés, représentée en 1665, aurait suffi pour faire vivre la mémoire de son auteur, et raffermir sa réputation dramatique, qui avait souffert quelque atteinte. « Cette pièce , dit La Harpe , est bien conduite ; les caractères et la versification sont d’une touche naturelle, mais un peu faible : il y a des détails agréables et ingénieux , de bonnes plaisanteries. »

Pausanias, que Quinault fit jouer en 1666, fut sa dernière tragédie. Il n’était alors âgé que de trente et un ans, et avait donné seize pièces au Théätre-Français , tant comédies que tragédies et tragi-comédies. En 1670, il reçut la plus noble et la plus digne récompense de ses travaux : les portes de l'Académie lui furent ouvertes.

Boileau , comme tout le monde le sait, a souvent attaqué Quinault, et on a crié à l'injustice ; mais, outre que ses critiquesétaient dirigées contre Quinault jeune encore et auteur de fort mauvais ouvrages qui usurpaient des

succès, en égarant le goût du public, on doit convenir

que lorsqu'on veut examiner les ouvrages de cet auteur, il résulte de leur lecture un effet tel, que la masse des mauvaises choses étouffe les bonnes, et cause un insupportable enaui; Les volumes tombent des mains, et, pour ne pas répéter la censure de Boileau , on est obligé d'aller rechercher avec soin les beautés, et de les remettre en lumière, en les débarrassant de l'entourage qui les déparc et les cache. Ce travail consciencieux est indispensable quelquefois même pour les meilleurs opéras qui feront vivre la mémoire de Quinault. Hétons-nous d'ajouter que ces mêmes opéras contiennent

des morceaux d'une grâce enchanteresse, d'autres qui

s'élèvent jusqu'au sublime, et que, loin d'avoir toujours désossé la langue , comme on l'a dit fort plaisamment , le poëte déploie quelquefois une énergie extraordinaire.

Les nombreux opéras dont Quinault a enrichi la scène lyrique sont les seuls titres de l’auteur à la gloire , et ces titres ne sauraient étre méconnus ou dépréciés par la critique judicieuse. Boileau aurait dû l'avouer franchement, et surtout ne pas omettre, dans son Art Poétique, un genre qui a produit des ouvrages dignes de la plus baute estime. « Quoi de plus sublime, s'écrie Voltaire , que ce » chœur des suivants de Pluton, dans Afceste :

Tout mortel doit ici paraitre.

» La charmante tragédic d’Atys, les beautés ou nobles, » ou délicates, où naîves , répandues dans les pièces sui- » vantes, auraient dû mettre le comble à la gloire de » Quinault.. Y a-t-il beaucoup d'odes de Pindare plus » lières et plus harmonieuses que ce couplet de l'opéra » de Proserpine :

Ces superbes géants armés contre les dieux.

»* Le quatrième acte de Roland et toute la tragédie s d'Armide sont des chefs-d'œuvre. »

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