‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 371 sur 914 · LL M SE ETES CASSEL ESS SITE · texte numérisé non relu

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La Harpe, après de nombreux éloges, admire la pureté soutenue da langage de Quinault , et le déclare classique , sous ce rapport.

« Il semble que ce poête, dit à son tour le sévère Pa- » lissot, était né pour donner à un grand roi des fêtes »* nobles et majestueuses. Personne, en effet, n’a su lier « avec plus d’art des divertissements agréables et variés » à des sujets intéressants; personne n’a porté plus loin « cette molle délicatesse, cette douce mélodie de style, » qui semble appeler le chant. »

Suivant quelques personnes d'un goût délicat, la musique des opéras de Quinault était toute faite avant de passer entre les mains de Lully. Le critique allemand A.-VV. Schlegel, d'accord avec nos aristarques, s'exprime ainsi sur Quinault : « Ses opéras sont remarqua- « bles par leur marche légère et animée , et par l'imagi- . nation fantastique qui y brille. »

Ou sait quel enthousiasme excitaient chez Gluck les vers d'Armide, pendant qu'il composait cet opéra. De nos jours, Paésiello, occupé à mettre en musique les vers de la Proserpine de Quinault, ne cessait d'admirer la suavité du style de l’auteur. Louis XIV, judicieux appréciateur des talents dans tous les genres, et particulièrement sensible aux beautés des premiers opéras de Quinault, s'était plu à lui indiquer des sujets, tels que celui d'4madis des Gaules ; il décora l’auteur du cordon de Saint- Michel , en y joignant le brevet d’une pension de deux mille francs. En 1676, l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres s’'empressa d'admettre le poëte au nombre de ses membres.

Après le brillant succès obfenu , en 1686, par l'opéra d’Armide, son dernier ouvrage et son chef-d'œuvre, Qui-

nault cessa entièrement de travailler pour le théâtre. Quelques auteurs ont pensé qu'il prit cette résolution dans la crainte de rester inférieur à lui-même. Un tel excès de prudence n’est guère le propre du génie ; il faut des causes plus puissantes pour en arrêter tout à coupl'essor. Il paraît plus vraisemblable que, pressé par les sollicitations de sa femme , qui lui avait communiqué ses sentiments religieux, Quinault ne voulut plus composer de vers que pour chanter les Jouanges de Dieu.

Le talent poétique n'était pas le seul que Quinauit possédât : il avait le don de la parole , et plasieurs fois il eut l'honneur de haranguer Louis XIV, au nom de l’Académie française. Dans un de ces jours solennels, au moment où il allait parler, il apprit la mort de Turenne. Frappé de la grandeur de cette perte, il improvisa sur-le-champ un morceau qui lui attira les louanges de toute la cour. On est fâché de ne trouver , soit dans Racine, soit dans Boileau, aucun souvenir de ce grand homme, si modeste dans la gloire, doué de tant de vertus antiques, et qui, en outre, aimait et honorait les lettres.

Quinault mourat le 26 novembre 1688, à l’âge de cinquante-trois ans. Il fut , dit-on, l’un des hommes les plus aimables et les plus agréables de son siècle, comme il en fut l’un des plus distingués par son esprit.

Les OEurres de Quinault ont été imprimées avec 64 Vie, Paris, 1739 et 1778, 5 vol. in-12. M. Crapelet a publié, pour la première fois, dans le format in-8°, les OEutres choisies de Quinault, précédées d'une Notice qu'il a composée sur la vie et les ouvrages de ce poëte, et dans laquelle nous avons puisé quelques-uns des renseignements qui précèdent.

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