‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 379 sur 914 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

L'INFANTE, Seule.

Técovresarus encor, respect de ma naissance, Qui fait un crime de mes feux ?

Voltaire a dit . « On mettait alors des stances dans la plupart des tragédies : on en voit dans Médée. On les a bannies du théâtre ; on a pensé que les personnages qui parlent en vers d'une mesure déterminée ne doivent jamais changer cette mesure , parce que s'ils s'expliquaient en prose , ils devraient toujours continuer à parler en prose. Le personnage ne doit pas s'écarter du langage convenu, Les stances donnent trop l'idée que c'est le poëte qui parle. Cela n'empèche pas que ces stances ne soient fort belles et ne soient encore écoutées avec beaucoup de plaisir. »

Ces strophes sont belles , à la vérité ; elles ont le mouvement

et l'harmonie iyriques; on n'y sent pas mème le mauvais effet

que produit ordinairement la désinence muette à la fin d'une strophe; mais, si je ne me trompe, il règne pourtant dans

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T'écouterai-je, amour , dunt la douce puissance

Contre ce fier tyran fait rebeller mes vœux?

Pauvre princesse , auquel des deux Dois-tu prèter obéissance ?

Rodrigue , ta valeur te rend digne de moi;

Mais, pour être vaillant, tu n'es pas fils de roi.

Impitoyable sort, dont la rigueur sépare Ma gloire d'avec mes désirs, Est-il dit que le choix d'une vertu si rare Coûte à ma passion de si grands déplaisirs ?

O cieux ! à combien de soupirs Faut-il que mon cœur se prépare, S'il ne peut obtenir dessus mon sentiment, Ni d'éteindre l'amour , ni d'accepter l'amant ?

Mais ma honte m'abuse, et ma raison s'étonne Du mépris d'un si digne choix :

Bien qu'aux monarques seuls manaissance me donne, Rodrigue, avec honneur, je vivrai sous tes loix. Après avoir vaincu deux rois, Pourrois-tu manquer de couronne ?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner , Marque-t-il pas déjà sur qui tu dois régner ?

Il est digne de moi, mais il est à Chimène.

Le don que je t'en fais me nuit.

Entre eux un père mort sème si peu de haine, Que le devoir du sang à regret te poursuit :

Ainsi n’espérons aucun fruit De son crime ni de ma peine, Puisque pour me punir le destin a permis Que l'amour dure même entre deux ennemis.

l'ensemble une espèce de symétrie raisonneuse, qui nuit à la chaleur et à la vérité du combat des deux grandes passions qui se choquent, comme deux orages, dans le cœur de Rodrigue. Cette réflexion me frappe d'autant plus que ces mêmes stances sont d'un effet peu dramalique, même dans la bouche d'habiles acteurs.

Au sujet des stancesque l'on trouve dans les Frères ennemis, l'une des premières pièces de Racine, Geoffroy fait la remarque suivante : « Il est curieux d'observer que dans ce mauvais genre Corneille a produit des stances capables d'embellir une ode, tandis que les meilleures strophes de Racine, sur un sujet pareil, u'offrent que des pointes dignes tout au plus d'un vaudeville. »

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