‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 404 sur 914 · CRU · texte numérisé non relu

CRU

« Bergère , dit la voix, fille modeste et sainte, Cesse de t'émouvoir, et dissipe ta crainte;

Du Monarque éternel je suis l'ambassadeur ”,

Et te viens annoncer ta future grandeur.

Par ton bras aujourd'hui l'auguste Providence Veut redonner la vie aux peuples de la France, Et pour leur faire voir qu'ils la doivent aux Cieux, Vient t'appeler du fond de ces sauvages lieux. ‘Con bras sera le bras du grand Dieu des armées”; L'Anglois verra par toi ses forces consumées ; Orléans éploré s'affranchira par toi,

Et par toi Reims verra le sacre de son roi.

A ces faits merveilleux prépare ton courage;

La gloire du Très-Haut luira sur ton visage,

Et la vertu guerrière, animant ta vertu,

Fera mordre la terre à l'Anglois abattu. »

Mais l'ange , qui l'observe et qui voit sa pensée : « Ton âme en vain, dit-il, est ici balancée.

Dieu , le Dieu des combats, t'ordonne par ma VOIX De partir, d'attaquer et de vaincre l Anglois; Puis d'un céleste feu l'éclairant tout entière,

Lui souffle du Seigneur la puissance guerrière, Lui fait dans les regards éclater sa terreur’,

Et lui met dans les mains les traits de sa fureur.

Le jour s'éteint alors , et le lieu solitaire Retombe dans l'horreur de sa nuit ordinaire ; Le silence y retourne, et son ombrage épais Redevient le séjour du calme et de la paix.

Elle voit le désert tout semblable à lui-même; Mais elle sent en elle un changement extrême : De cette nouveauté son esprit est confus;

Elle se cherche en elle, et ne s'y trouve plus.

« Bussuet , qui a souvent l'imagination et les images d'un grand poëte, a dit, dans un sermon pour la fète des Anges gardiens : « D'où vient que les cieux sont ouverts, et que veuleat dire ces anges qui montent et descendent, d'un vol si léger, de la terre au ciel, et du ciel en la terre >. La terren'est plus ennemie du clel; le ciel n'est plus contraire à la terre : le passage de l'un à l’autre est tout couvert d'esprits bienheureux, dont la clarté officieuse entretient une parfaite communication entre ce lieu de pèlerinage et notre céleste patrie. Ils sont les ambassadeurs de Dieu vers les hommes, et les amb ,ssadeurs des hommes vers Dieu... » Un peu plus loin, l'orateur sacré ajoute avec un rare bonheur : « Apprenez, chrétiens, de quel prix sont les œuvres de miséricorde. Ii manque, ce semble, quelque chose au ciel, parce qu'on ne peut pas les y pratiquer. Encore qu'on y voie Dieu face à face , encore qu'il y enivre les esprits célestes du torrent de ses voluptés, toutefuis leur félicité n'est pas accomplie , parce qu'il n'y a point de pauvres que l'on assiste, point d'affligés que l'on console, point de faibles que l'on soutienne , point de misérables qu'on soulage. »

3 Très-beau vers. Du reste , il y a monotonie dans les tours et faiblesse dans l'expression. La variété est surtout un mérite du style poétique. |

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