APPARITION DE L'ANGE À JEANNE D ARC
Du les confins douteux de France et de Lorraine, Une épaisse forêt s'avance dans la plaine,
Où des arbres vieillis les troncs démesurés
Sont, malgré mille hivers, par le temps révérés, Sous leur ramure épaisse et leur feuille touffue, L'or des rayons du jour ne frappe point la vue;
Et le brillant soleil, quand plus fort il reluit,
N'en sauroit écarter les ombres de la nuit.
Là domine la paix, là le repos habite ;
Là, ni meute ni trompe aucun bruit ne suscite;
cine , henreux de l'avoir trouvé, se serait hâté de faire part de cette bonne fortune à son ami Boileau.
C'est un grand honneur pour Chapelain que l'on puisse rappeler ici, sans qu'il y ait trop de péril pour lui dans là comparaison. ies beaux vers que Voltaire a faits sur le même sujet, dansle septième chant de la Henriade, el parmi lesquels on louve ce vers sublime :
Far de là tous ces cieux le dicu des cieux réside.
* J'ai souligné les vers difr-ctneux de ce morceau qui, dn reste, finit avec un rare bonheur.
Sous l'herbe les ruisseaux coulent sans murmurer, Et {à le plus doux vent n'oseroit soupirer ‘.
À l'abord de ce bois, d'une soudaine crainte
Les voyageurs errants sentent leur âme atteinte.
En ce triste séjour, une modeste fille,
L'honneur de son pays et l'heur de sa famille, Sous le tranquille abri des oinbrages couverts, Adore incessainment l'auteur de l'univers.
Un troupeau de brebis, ainsi qu'elle innocentes, Occupe de ses ans les forces impuissantes * ;
Dans ce simple exercice elle règne en ces lieur ; Mais son cœur a pour but de régner dans les cienx *.
* On trouve dans le onzième livre des Metamorphoses d'Ovide, fable de Cryx et Alcyon, un passage que Chapelain iruite ici , et que Saint-Ange a traduit assez heureusement :
Près des Cimmériens un mont se creuse en voûte, Où le sommell repose au fond d'un anire frais, De ce dieu nonchalant solitaire palais.
Jamais de cette grotte, au jour luaccessible,
Le soleil n'a percé l'obs: urité paisible.
A puine un demi-jour, crépuscule douteux,
Y rend visible un air humide et ncbu'eux.
Jomals le chant du coq n'y réveille l'aurore : Nlle chien vigilant, nl, plus fidèle encore, L'oiseau du Capitole , odieux aux Gau'ois,
N'y répandent jamais l'aiarme de leurs voix.
Jamais l'agneau bélant , jamais le loup sauvage, Ni l'homme et ses clameurs, ni te moindre ramuage, NI l'aquilon qui siffle à travers les rameaur,
De ce désert muet n'ont troublé le repos *.
Le silence l'habite. Un ruisseau qui murnuure, Source d'oubli qu sort de l1 caverne obscure, Gli:sant sur les cailloux de son iit sablonneuzs, Endort au bruit naissant de son cours paresseur. De pavots odoran une moisson féconde
S'élève autour de l'antre et se penche sur l'onde : La nuit vient les cueltlir, et répand dans les airs Leur baume sssoupissant, charme de l'univers.
3 Mauvaise épithète.
5 Jeanne estune simple bergère, son sceptre est une houlette. L'antithèse des deux royautés n'est pas icid'un choix heureux ;
* Ces deux vers, dont les rimes sont falbles . n'ont point la douceur d'harmonie que demesnde le sujet, et qu'on trouve dans les vers d'Ovide comme daus ceux-ci, que j'emprunte à fa première égloyue de Virglle :
Hinc, tibi quæ semper vicino ab limite sepes, Htblæ@is apibus floren: depasta salicti, Sa’ pe levi somouum suadebit inire susurro.
Bolleau à dit, dans une épitre à Louis XIV, au sujet du Rhin :
Au pled du mont Adule. entre mille roseaux,
Le KHhin . tranquille et fler du progres de ses eaux, Appuye d'une maln sur son urue penchante Lormalt au bruit flatteur de sun oude nalssante.
On lit dans {a Henriade :
Le sommeil j'entend't de ses antres secrets:
H marche mollement vers ces ombrayes frais.
Les vents à son aspect s'arrétent en silence: Les songes fortunes, enfants de l'espérance, Voltiseut vers le prince, et couvrent ce heros D'olive et de lauriers mc'és à leurs pavots.
La grandeur du Très-Haut est son objet unique; Elle en nourrit le feu de son amour pudique,
Et, par les vifs élans de sa dévote ardeur,
Monte jusqu'à sa gloire, et soutient sa splendeur .
Sur le Lion brûlant l'astre de la lumière
Marchoit avec lenteur dans sa longue carrière,
Et, raccourcissant l'ombre en rallongeant le Jour, Eclairoit les mortels du plus haut de son tour. L'Ange ,en cemèmetemps, vient, d'uneailelésère, Porter le grand message à la sainte bergère,
De pompe revètu, de splendeur couronné,
Et d'un globe de feu partout environté.
Plus promptque n'est l'éclair qui prévientle tonnerre, De sphère en sphere il passe, et descend vers la terre. Le monde voit sa chute avec étonnement,
Et croit que le soleil tombe du firmament *.
Ainsi, lorsque la nuit couvre tout de son voile, On aperçoit souvent une brillante étoile,
Qui du ciel se détache , et, se précipitaut, ‘Trace au milieu des airs un sillon éclatant *.
J1 descend sur le bois, où la vierge médite.
Ce nouvel accident interrompt sa prière ;
De frayeur elle tremble, et ferme la paupiére ; Ses yeux sont éblouis à force de clarté,
Et d'un trouble inconnu son cœur est agite ?.
Du globe lumineux qui brille autour de l'ange, Sort une voix alors, mais une voix étrange, Dont le son plus qu'humain et les graves accents Lui pénètrent l'esprit, et ravissent les sens.
Jeanne ne règne pas sur la terre, et n'aspire point à régner dans le ciel : à pelne ose-t-elle espérer la plus humble place p ‘rmi les vierges de son âge qui habitent la maison céleste. Il faut toujours observer les mœurs du persounage que l'on fait agir et parier.
+ Les pronoms possessifs, dans ce dernier vers. ont l'air de se rapporter à l'héroïne , tandis qu'ils se rapportent à Dieu.
3 Sauf de l'exagération dans les derniers traits , Ces vers ne seraient pas déplacés dans le Paradis Perdu de Milton , traduit par Delille.
s On lit dans le deuxième livre de l'Énéide (traduction de Delille } :
Vers la gauche, à ces mots, éclate le tonncrre, Et des voûtes du ciel s'élançant vers la terre,
Un astre dans la nuit trainanut de longs éclairs, Semb'e sur le palais tomher du haut des airs : De là ce fe : divin, pour nous guider sans doute, Vers la forêt d'Ida suit sa bril aute route, Pro'onge dans les siis an sillou radieux, etc...
Mis Virgile n'a pas donné à Chapelain l'exemple d'affsibiir uue comparaison par les images qui la précèdent.
4 Vers faibles.
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SRE RINENT EN RTE SERRE ERNEST