‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 408 sur 914 · VOTES TE TTTT TT TT · texte numérisé non relu

VOTES TE TTTT TT TT

Reine qu'on voit régner au cxur de tous les bommes, Princesse incomparable, écoute, dans mes vers, Comment tes devanciers domptèrent l'univers :

Je dis le monde entier , je dis la terre et l'onde; Car vaincre les Romains, c'est vaincre tout le monde.

Rome, dégénérant de sa grandeur antique, N'avoit plus la splendeur qu'avoit la république, Ni le solide appui des armes et des lois,

Qui la fit redouter lorsqu'elle avoit des rois.

Des premiers des Césars La valeur indomptable Etait mal imitée, ainsi qu'inimitable.

Jule, Auguste et Trajan, en leurs nobles travaux, Parmi leurs successeurs n’avoient plus de rivaux. Tous ces grands empereurs, que l'histoire révère, J'ite, Vespasien, Alexandre-Sévère,

Le savant Marc-Aurèle et le sage Antouin, Parmileurs grands tombeau, gardaient leur grand destin . Aucun nouveau Phénix ne sortoit de leur cendre ; Rome, au lieu de monter, achevoit de descendre *.

4 Assurément il ya de la noblesse dans ces vers dont le deruicr ressemble à un vers de Corneille.

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Et les maîtres du monde, accablés sous le faix, Achetoient lâächement une honteuse paix, Devenoient à leur tour esclaves volontaires,

En payant des tributs même à leurs tributaires. Les vices des vaincus triomphoient des vainqueurs. L'aigle, qui fut longtemps plus craint que letonnerre, N'osoit plus s'élever, et voloit terre à terre,

Et ce superbe oiseau , loin des essors premiers,

Se cachait, tout craintif, dessous ses vieux lauriers". Le foible Honorius , confiné dans Ravenne,

. N'étoit d'un empereur qu'une ombre foible et vaine.

Et s'il vouloit agir pour le peuple romain,

Le sceptre trop pesant lui tomboit de la main. Le sénat n'avoit plus de sages ni de braves; JL étoit composé d'affranchis et d'esclaves, Que la fortune aveugle élevoit en ce rang, Plutôt que la vertu, ni que le noble sang.

Dans ce siècle de fer , les Muses désolées , Comme Ovide autrefois, se voyoient exilées Après avoir souffert un indigne mépris,

Et la basse ignorance offusquoit les esprits. Chacun s'abandonnoit aux passions brutales; La terre eùût dû s'ouvrir pour toutes les vestales ” ; La vertu recevoit cent outrages mortels,

Et le crime insolent alloit jusqu'aux autels”*.

Du haut de l'empirée, où Dieu règne en sa gloire, Où des faits des mortels il garde la mémoire,

Où de leurs actions il juge en équité,

J1 voit ce grand désordre, et le voit irrité.

« Quoi! dit-il, cette ville, en vertus si féconde, L'arbitre de la terre et la reine du monde,

Elle que je comblai de richesse et d'honneur, Trouve son infortune en son propre bonheur, Abuse insolemment de l'excès de mes grâces,

De ses grands fondateurs suit mal les belles traces, S'abandonne à tout vice, et tombe, en un moment, Du faite de la gloire en cet abaissement !

Son aigle perd les yeux dans sa propre lumière, 11 ne lui souvient plus de sa grandeur première '; Il ne lui souvient plus que pour elle je fis

‘ Les quatre vers sur l'aigle, où j'aime l'expression familière de volait terre à terre, sont des vers de poëûte,

3 Juvéaal aurait parlé ainsi.

3 Vers cornélien. 11 en ext de même de ce vers qui finit la tirade :

On voyait des Romains qui n'étaient plus romains.

4 Ce vers ambitieux et recherché ne convient pas du tout an Dieu qui parle avec une si haute simplicité dans la Bible.

“ Les vers suivants sont très-beaux : l'idule de son crime est une expression admirable. *

Du tréne des Césars le trône de mon fils;

Que , glorieuse en paix, que, glorieuse en guerre, Je la rendis deux fois la reine de la terre,

Et que pour l'élever, j'ai fait voir par deux fois

A ses superbes pieds les couronnes des rois.

L'ingrate me refuse un tribut légitime,

Elle préfère à moi l'idole de son crime;

Et Rome l'insensée , en ses affections,

Se fait autant de dieux qu'elle a de passions '.

Oui, superbe cité, que l'on voit si changée,

Tu vas ètre punie, et ma gloire vengée :

J'ai déjà pris la foudre, et tu vas la sentir ;

Je le jure, dit-il, et sans m'en repentir *. »

À peine a-t-il formé ces terribles paroles,

Que la terre s'émeut et tremble sur ses pôles,

Que l'orgueil de la mer s’abaisse en un instant,

Et que tout l'univers frémit en l'écoutant.

Là, repassant des yeux les célestes phalanges , L’Eternel va choisir, dans les neuf chœurs des anges, L'ange à qui sont commis tous les peuples du Nord, Et lui parle en ces mots d'un ton encor plus fort: : « Vole, vole, mais {ôt, sans que rien te retarde, Vers ces climats glacés , que j'ai mis sous ta garde ; Va trouver Alaric, et dis-lui de ma part

Que la gloire l'appelle, et qu'il songe au départ; Que c'est aux bords du Tibre où l'attend cette gloire, Et que Rome est enfin l'objet de sa victoire;

Qu'il venge les affronts par le monde soufferts ; Qu'il la fasse gémir et sous ses propres fers;

Que de tous ses faux dieux il renverse les temples , Et de l'ire du Ciel laissant de grands exemples, Qu'il renverse à la fois, malgré tous ses efforts,

Le palais des vivants et les tombeaux des morts; Qu'il l'accable, eu un mot, sous ses propres murailles, Certain de triompher par le dieu des batailles : C'est moi qui vois la fin des projets importants ; C'est moi qui fais le sort de tous les combattants; Qu'il suive aveuglément sa mission céleste ;

Qu'il marche seulement , et je ferai le reste’. »

‘ Ce vers rappelle le trait si connu de Bossuet sur les superstitions de l'Égypte : Toul élait Dicu, excrpté Dieu luiméme.

3 Cette menace à Rome est conforme à la pensée de sa'nt Augustin , qui, daus sa Cité de Die , n'hésite point à regarder Alaric comine nn fléan dont l'Éternel se servit pour chd ier une ville mère de tous les crimes et de toutes les erreurs.

# AMisérable hémistiche.

4 Il y a loin de ce méchant vers à celul de Virgile, dans le quatrième livre de l'Encide, C'est Jupiter qui parle à Mercure :

Yade, age, nate, voca Zepbhyros, et labere pennts. Delille est resté bien loin de l’original en l2 traduisant ainsi:

Yas, cours, vole, mon fs , sur les niles des vents.

s Ou ne saurait nier que ce discours. quoique gâté par qnelques taches, qu'il eñt été très-facile d'effacer , n'ait un carac-

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