DIODES DIT
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“éd did bn bd 42 DOUZIÈME SIÈCLE.
Preus et sage, je ne vos os conter
La grant doleur que j’ai s'en chantant non, Et sachiez bien, plus n'en orrez parler :
Car je n’i voi nule droite raison.
J'aim melz ensi souffrir et endurer
Ces très-douz maus sans avoir garison ,
Que d’une autre quanqu'on puet demander :
Ce sachiez bien, debonère au donz non.
De ceste amor qui tant me fait pener Ne voi-je pas com je puisse partir; Car je n'i voi raison de l'eschiver :
Ce n'est pas drois que j'en doie joir; Mès fol désir fet souvent cuer penser En si haut lieu qu'il ni puet avenir ; Et fine amor si ne doit pas grever Ceux qui painent toz jors de lui servir.
S'onques amis ot joie por amer,
Je sai, de voir, que n'i doi pas faïllir :
Car riens, fors moi, ne poroit endurer Les grans travaus qui j'ai por li servir.
À son plesir me fait plaindre et plorer Et sospirer et veillier sanz dormir ; Mès itant fu à moi réconforter
Que, nuit et jor, en plorant la remir.
Je ne me sai tenir ne conforter
De vos biaus cuers servir entièrement ; Et quant je plus merci vous doi crier, Lors vous truis-je cruels si durement Que jà à moi ne fetes biau semblant, Ainz les fetes autrui por moi grever ;
Mès quant vostre œil me vuelent regarder Et je remir le vostre biau cors gent, Tant sui-je hors de paire et de torment.
Le châtelain de Coucy, est, parmi les hommes célèbres du moyen âge, l'un de ceux sur lesquels on a avancé le plus d'erreurs. Une foule d’historiens, de romanciers et de poëtes ont parlé de lui, et pres jue tous ont émis des opinions différentes. Ceux-ci le nomment Raoul et le donpent pour neveu de Raoul I:", sire de Coucy ; ceux-là prétendent qu'il n'était autre chose que Raoul Ier lui-même :; d'autres le confondent avec Raoul If, et ne remarquent pas qu'il n’est jamais désigné par ces noms et qualités dans aucun manuscrit ni dans aucune chronique contemporaine. Il ne porte, au contraire, que le nom de Rcgnau!t daos la chronique citée par Fauchet, et celui de Regnaus, dans le Roumans dou chastelain de Coucy. Tous les au-
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Hommes preux et sages, je n’ose vons conter, si ce n'est en chantant, la grande douleur que j'ai, et sachez bien qu'après vous ne m'en entendrez jamais parler; car je ne verrais à cela aucun motif. J'aime mieux ainsi souffrir et endurer ces maux très-doux, sans avoir guérison , que d'obtenir d’une autre tout ce qu'on peut demander , sachez - le bien, débonpaire au doux nom.
De cet amour qui me fait tant de peine je ne vois pas comment je pourrai me défaire, car je n'ai aucun moyen de l'éviter. Je n'ai aucun droit à en jouir, il est vrai; mais le fol désir pousse souvent un cœur à mettre sa pensée en lieu si haut qu'il n'y peut atteindre. L'amour véritable cependant ne doit pas grever ceux qui mettent toujours leur peine à le servir.
Si jamais ami eut joie à aimer, je sais, de vrai, que cette joie ne me faillira pas ; car personne, excepté moi, ne pourrait endurer les grands maux que je souffre pour servir une dame. A soh plaisir, elle me fait plaindre, et pleurer, ct soupirer, et veiller sans dormir, mais aussi ai - je, pour me réconforter, le plaisir de songer à elle en pleurant, nuit et jour.
Dame, je ne puis m’empècher ni me détourner d’être dévoué entièrement à votre beau cœur, et c'est quand je suis sur le point de vous crier merci plus que jamais , que je vous trouve si durement cruelle que vous ne me faites aucun beau semblant, et que vous en adressez à autrui pour me faire de la peine ; mais lorsque vos yeux consentent à me regarder , et que je contemple votre beau corps, alors je suis hors de peine et de tourment.
tres maauscrifs , ne le désignent que par le titre de chastelain ou castelain de Coucy.
Tout le monde connait les aventures du châtelain de Coucy et de la dame de Fayel, ainsi que la catastrophe horrible qui les couronna. Dubelloy en a fait une tragédie.
Selon le Roumans, le châtelain de Coucy se croisa avec Richard Cœur-de-Lion, et partit avec lui pour la Palestine, en 1190. Il y resta deux ans, et y fut tué, en 1192, dans un combat contre les Sarrasins , qui voulaient enlever le roi anglais.
J nous reste du châtelain de Coucy vingt-quatre chansons , dont quelques-unes, comme on le verra plus loin, lui appartiennent incontestablement, et dont les autres
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sont attribuées en mème temps à des chansonniers contemporains. Quoi qu'il en soit , elles sont presque toutes des modèles de naïveté, de grâce et de passion ; qualités que le langage, bien que vieilli, n’a point perdu encore pour la plupart des lecteurs.
Nous profitons de l'occasion que nous offre cette notice pour redresser une erreur d'imprimerie qui, sur le titre même de notre ouvrage, nous a fait dire le Chätelain de Courcy, tandis qu'il faudrait, comme on le voit en plusieurs endroits de notre livre : le Chételain de Coucy.
CHANSON
Conuexcemenr de douce seson bele Que je voi revenir, Remembrance d'amors qui me rapele Dont jà ne quier partir, Et la mauviz qui commence à tentir,, Et li dous sons de ruissel sor gravele Que je voi resclarcir , Me fait resouvenir De là où tait mi bon désir Sont et seront jusqu’au morir.
Toz jors m'est plus s’amorz fresche et novele, Quant recors à loisir Ses eulx , son vis qui de joie sautele, Son aler, son venir, Son biau parler et son gent maintenir , Son dous regart qui vient d’une estencele Mon cuer en moi férir, Sanz doute de périr ; Et quant je plus plaing et souspir, Plus sui joianz, quant plus m'air.
Loiauls amors et fine et droiturière M'a si en son vouloir Que ne m'en puis partir ne traire arière, Que je n’en ai povoir.
N'est pas amors dont on se puet movoir , Ne cil ne sui qui en nule manière Le bée à décevoir :
Dont faz-je bien savoir Qu'ensemble convient remanoir Moi et Amors par estouvoir.
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