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Le commencement de la douce et belle saison que je vois revenir; un souvenir d'amour qui reparait et dont je ne veux pas me séparer ; l'alouette qui commence à faire retentir ses chants, et le doux son du ruisseau sur le sable que je vois briller , tout cela me fait ressouvenir de là où tous mes bons désirs sont et seront jusqu'à la mort.
L'amour de ma dame m'est toujours plus frais et plus nouveau, quand je me rappelle à loisir ses yeux, son visage qui pétille de joie, son aller , son venir, son beau parler et son gentil maintien, son doux regard, qui, d'une étincelle, vient me frapper au cœur , sans crainte de le faire périr ; et lorsque je me plains et que je soupire le plus , lorsque je me courrouce davantage, c’est alors que je suis le plus joyeux.
Un amour loyal, vrai et cousciencieux , me possède tellement que je ne m'en puis défaire ni séparer. Ce n'est pas un amour auquel on se peut soustraire, et je ne suis pas homme à chercher à le décevoir en aucune manière ; c'est pourquoi je vous dis qu'il convient que nous restions ensemble, Amour et moi, par nécessité.
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Si les ennuis de la gent mal-partière Ne me féist doloir, Bien péusse ma joie avoir entière D'esgarder, de véoir; Mais ce que n'os por aus ramentevoir Conoissiez, dame, au viz et à la chière, Que je n’os mon voloir Dire por parcevoir ; Mès bone dame doit savoir Conoissance et merci avoir.
Vos merci-je, ma douce amie chière, Quant vos daigniez voloir, :
Et qu’il vous plaist à oïr ma proière, Ensi com je l'espoir ;
Mais, se piliez me pooit eschéoir , Grans fust ma joie et ma poëne ligière, Sanz point de meschéoir :
Mais moult fait bien paroir, Amors, qu’ele me trait avoir De moi faire tout son voloir.
Si la crainte de la gent médisante ne me faisait peur , je pourrais me donner le plaisir complet de voir et de regarder ; mais ce que je n'ose, à cause d'eux, exécuter , dame, vous le voyez à mon visage et à mon air, bien que je ne sois pas assez hardi pour dire clairement mon vouloir ; mais une dame qui est bonne doit savoir reconnaître ce que désire son chevalier et avoir pitié de lui.
Aussi, ma douce amie chère, combien dirai-je merci, quand vous daignerez consentir à entendre ma prière , ainsi que j'en ai l'espoir. Si j'étais assez heureux pour obtenir votre pitié, grande serait ma joie et légère ma peine ; je n'aurais à craindre aucun désenchantement ; mais Amour montre bien qu'il me tient en sa possession, et qu'il fait de moi selon son vouloir.
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