SES ST TES ÉTÉ T IT IOSSICETS DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
D'abord les flots troublés perdent leur couleur vaite; De poissons bondissants cette mer est couverte,
Et le ciel ténébreux, en ramenant la nuit,
Mèle au bruit de ces flots un effroyable bruit.
Le tonnerre et la vague à l'instant se répondent ; L'air retentit au loin de leurs chocs qu'ils confondent.
Tous les vents déchaïînés, changeants et furieux ,
-Semblent vouloir mêler la mer avec les cieux :
L'un heurte les vaisseaux , et les jette en arrière; Un autre les remet à leur place première,
Et, dominant l'effort des plus fiers matelots,
Ils font trembler la terre , et soulèvent les flots;
Ils renversent la mer jnsque dans ses abimes,
Et cachent des rochers les plus superbes cimes.
Le fougueux aquilon, terrible en ses efforts, Pousse vague sur vague , et franchit tous les bords. Les clameurs des soldats et le bruit du cordage, Le fracas de ces vents qui soulèvent l'orage,
Le tonnerre qui roule et gronde horriblement, L'obscure et triste nuit qui tombe en un moment, Le feu de mille éclairs, qui brille en ces ténèbres, Montrant et puis cachant tous ces objets funèbres, Découvrant et cachant les périlleux rochers,
Font trembler de frayeur les plus lardis nochers. Hs sont transis d'effroi par la vague aboyante,
Où tombe, en bouillonnant, la foudre flamboyante; Et leurs tristes vaisseaux, heurtés et fracassés , Gémissent sous les coups dont on les voit froissés. L'on s’abandonne au vent, l'on amène les voiles, Et le pilote au ciel cherche en vain des étoiles ;
Car lorsque les éclairs épouvantent ses sens,
Il voit le ciel tout noir et les flots blancliissants. Tantôt la vaste mer le cache en ses abimes,
Tantôt des plus hauts monts il surpasse les cimes, Et l'onde, en se fendant, montre en ces tristes lieux Le plus affreux objet qui tombe sous les yeur. Dans ce gouffre entr'ouvert par le feu du tonnerre, Au milieu de la mer il aperçoit la terre;
Mais cette horrible vue augmente sa terreur,
Car il la voit si bas qu’elle lui fait horreur.
Une nuit de trois jours, comme celle d'Alcmène, Lui rend l'heure douteuse et la route incertaine.
Il ne sait s’il est jour , il ne sait s'il est nuit;
Il s'avance en tremblant où le sort le conduit.
En cent lieux différents la flotte dispersée
Erre au gré de ces vents, dont elle est traversée, Sans pouvoir découvrir ni suivre l'amiral;
Car le vaisseau du roi n'avoit plus de fanal.
le fils de Pompée, et irritée de la résistance que l'enfer et la mort
opposent aux ordres souverains de son art, plusieurs traits pareils à ceux du magicien , mals encore plus profondément marqués au Coin de l'ironie et de la colère.
? On trouvera, dans une cérémonie magiqne, au sixièmelivre de Lucain, dans les paroles d'une Thessalienne consultée par
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À longs serpents de feu le tonnerre qui tombe Découvre à tous des flots l'affreuse et noire tombe ; Et, succombant enfin dans un si long travail,
Le pilote effrayé quitte le gouvernail.
Alaric , qui le voit, y court et prend sa place,
Et, d'un cœur aussi grand comme l'est sa disgrâce, Et malgré tous les vents, et malgré le démon,
Sa main, comme le sceptre, affermit le timon”.
O prodige! à miracle! à merveille étonnante !
Sa force et son courage arrêtent la tourmente. Dieu, qui le voit du ciel , le veut récompenser, Et l'orgueil de la mer commence à s'abaisser;
Ce Dieu, qui de l'enfer enchaine la puissance,
Lui qui de l'Océan arrète l'insolence,
Qui lui prescrit son cours, qui lui donne des lois, Et voit tout ici-bas obéir à sa voix.
Le ciel devient serein , la mer paroit tranquille,
Et l'on voit Albion , la fameuse et grande ile, L'abondante Albion , de qui les blancs rocuers Redonnent de la force à ces foibles nochers.
Les matelots lassés y voguent avec joie :
Tels vit-on autrefois les fugitifs de Troie, Lorsqu'après la tempête, au rivage africain,
Ils se virent sauvés d’un naufrage certain.
En un lieu retiré, solitaire et paisible,
La mer laisse dormir sa colère terrible :
Et sous deux grandsrochersquila couvrent des vents, Elle abaisse l'orgueil des flots toujours mouvants. Là peuvent les vaisseaux êtreexempts de l'orage, Sans que l'ancre courbé ne s'accroche au rivage, Et le calme éternel qui règne en ces beaux lieux Fait que l'on n'y craint rien de la mer ni des cieux. Ces deux vastes écueils ont leurs cimes couvertes
De superbes sapins à feuilles toujours vertes,
Qui, dominant la mer, font voir parmi ses eaux
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Et l'ombre et la couleur de leurs épais rameaux ?.
A l'exemple de Virgile, du Dante, du Tasse et de Milton, Scudéry a placé un enfer dans son poëme, et ne manque pas de talent pour peindre ce lieu de douleur et d'effroi :
Grand Dieu, qui fis l'enfer pour y punir les crimes, :
3 Tout ce long morceau est imité de la tempête suscitée par Évle , à la prière de Junon irritée contre Énée et les Troyens. En recherchant cette tempète dans le premier livre du poëne de Virgile, pos jeunes lecteurs auront lieu de remarquer plusieurs traits, plusieurs grandes images de l'original, rendus svec énergie et honheur par Scudéry ; mais en mème temps la réflex'on les avertira bientôt de la faute que cet écrivain a commie en allongeant le texte sans mesure, au lieu de respecter la précision de Virgile. qui a fait un tableau accompli avec un s-g8e emploi des plus riches coulenrs. La comparaison avec Virgile leur fera reconnalire aussi sans peine tous les défints dans le-quels le manque de goût a fait tomber Scuidéey. 11 les aurait évités en grande parti: s'il eût mieux étudié son admirab!e modèle.
Imité du cinquième livre de l'£néide , vers la fin. |
Dépeins à mon esprit ces ténébreux abimes D'une éternelle nuit toujours enveloppés , Noir séjour des méchants que ta foudre a frappés.
Scudéry peint à la manière de l'auteur de la Divine Comédie , et quelquefois en des vers qui n'auraient demandé qu'un peu plus de goût pour être beaux; mais il na point assez senti qu'on ne peut imiter qu'avec beaucoup d habileté certains détails énergiques et familiers de la langue originale du Daute. Voici un genre de supplice heureusement imaginé :
Ces lâches envieux de la gloire d’antrui,
En changeant de séjour, n'ont point changé d'ennui; Car les démons subtils, augmentant leurs supplices, Eux qui, tombés du ciel, en savent les délices, Leur en font un tableau bien peint, bien entendu, Qui leur fait concevoir le bien qu'ils ont perdu". Ces avares brutaux, qui par mille bassesses
Se virent élever à d'injustes richesses,
Qui tenoient en tout tempsleur cœur dansleur trésor, Esprits intéressés, idolâtres de l'or,
Dépouillés de grandeurs, de biens et de fortune, Et pressés d’un remords qui sans cesse importune, Maudissent, en jurant , ce dangereux métal,
Qui ne put assouvir leur appétit brutal ;
Ces gourmands affamés , dont le dieu fut le ventre; Ces monstres de crapule, où tout passe, où toutentre, Sont justement punis par la rigueur du Ciel,
Qui ne leur fait goûter que l'absinthe et le fiel.
Il y a quelque chose du Dante et de Régnier dans ces deux tableaux, auxquels certains traits de la langue populaire , heureusement employés, donnent une grande énergie; mais, pour nous, ils conviendraient mieux à un poëme comme la Divine Comédie , dont l'enfer est souvent une satire sanglante, familière et sublime, qui fait pilir celles même de Juvénal.
Ces langues de serpents, ces méchants pleins d'envie, Ces lâches médisants de la plus belle vie, Parole pour parole, en rendent compte à Dieu.
Saint Jérôme, Bossuet ou le sévère Bourdaloue n'auraient pas dit mieux.
Ceux qui, désespérés, se sont meurtris eux-mêmes , Pour une faute extrême, ont des peines extrêmes ; Et tout l'enfer leur dit, en les venant blâmer,
Que qui ne s'aime point ne sauroit rien aimer.
Ce dernier trait rappelle l'exclamation de sainte Thérise, au sujet de Satan : « O le malheureux, qui ne peut pas aimer!»
Ceux dont la barsarie a fait des parricides,
‘ Sices vers étaient plus élégimment écrits, la pensée, si h-ureusement trouvée par l'auteur, anrait un bien plus grand prix.
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Qui de leur propre sang virent leurs mains humides, Ceux, dis-je , dont la rage, en son cruel transport, Aux auteurs de leur vie osa donner la mort, Regardent, pour punir leur âme criminelle,
Le spectacle sanglant de l'ombre paternelle, Quileur montre en pleurant, qui leur montre en courroux, De leurs cruelles mains les détestables coups.
Ce pitoyable objet redouble leur furie;
Ce sang qui coule encore est une voix qui crie,
Et qui dit à leur cœur, comme à leur souvenir, Qu'il n’est point de tourment qui les puisse punir.
Cette colère contre le plns grand des forfaits et cette énergie d'expression touchent au sublime; le dernier vers acquiert, par la force du sens unie à tant de simplicité, un mérite que la plus rare é'égance ne saurait égaler.
Ne tronvera-t-on pas cacore quelque beauté dans ce portrait de Satau ?
C'est là que Lucifer, dont l'orgueil est si haut, Trouve en un mène lieu le trône et l'échafaud ; C’est en ce triste lieu qu'il endure et commande; C'est là qu'il fit venir son infernale bande;
C'est là que lui parla le monarque d'enfer, Dont le trône est de flamme et le scentre de fer; C'est là que par orgueil, se faisant violence,
Jl suspendit ses maux, ainsi que leur souffrance, Etque, malgré les cris des esprits forcenés,
Il imposa silence aux plaintes des damnés.
1l y a encore des traits remarquables dans le discours de Satan à ses odieux sujets. Toutes ces choses appartiennent au sixième chant. Je reviens sur mes pas pour emprunter à l'ouvrage d'autres citations qui achèveront de donner une ldée du talent de l’auteur.
Uu ermite qui apparaît au grand Alaric, dans le cinquième chant du poëmne, fait à ce prince demi-barbare , demi-civilisé , mais capable de comprendre toutes les grandes choses , uo fort bel éloge des sciences; ensuite il le conduit dans sa grotte, qui renferme une vaste bibliothèque , et lui dit :
Venez les voir, seigneur ; nos livres ont des voix, Et ces grands conseillers ne flattent pas les rois.
Ils entrent dans le sanctuaire des lettres ; et l'ermite, passant en revue toutes les connaissances : la graminaire , qui en est le premier élément’; l'érudition, qui éclaire les ténèbres des siècles passés ; la logique , qui donne des règles sûres an jugement, mais dont les sophistes ont souvent abusé; l'éloquence, qui fait triompher l'innocent, terrasse les pervers , et gonvernc en souveraine le cœur des rois, des peuples et des sojdats ; la poésie, qui est la musique de l'âme, et entretient sans cesse le commerce de la terre avec le ciel, qu’elle nous montre comme une première patrie où nous devons tous retourner, il dit :
De cet autre côté de mes roches sauvages, Des poëtes divins sont les divins ouvrages; Leur fureur poétique est, rar son excellence,
De l'effort de l'esprit la dernière puissance ,
Et leur rare savoir, tant il est admiré,
Paroit aux yeux du monde un savoir inspiré.
Des princes et des rois l'immortelle mémoire D'ailleurs que de leur art ne peut tirer sa gloire ; L'oubliles enveloppe, et leur nom meurt comme eux, Sans l'illustre labeur des poëtes fameux.
Oui, rois , malgré le sceptre et malgré la couronne, Et ce trône pompeux que l'éclat environne,
Votre nom n'ira point à la postérité,
S'il ne reçoit par eux ce qu'il a mérité.
Après avoir nommé tous les grands poëêtes, l'ermite cite avec honneur les ouvrages des historiens, d'Hérodote, de Thucydide , de César, de Tite-Live, de Salluste et de Tacite :
Ces livres immortels apprennent aux grands princes À régir leurs états, à dompter des provinces;
Et par ce grand exemple, offert à ces grands cœurs, Ils forment de grands rois et d'illustres vainqueurs. Voici l’âme des lois, les grands jurisconsultes,
La cause du repos et la fin des tumuites,
Les oracles du droit , l'appui des innocents,
Qui jugent sans faveur et foibles et puissants;
La lumière de Dieu , comme Platon les nomme; Ou plutôt de vrais dieux qui peuvent juger l'homme ,
- Quitiennent en leurs mains son bon ouimauvais sort,
Les peines et les prix, et la vie et la mort.
-Le sage ermite caractérise aussi la philosophie , dont il parle avec une ädmiration sentie et en terines magaifiques :
Cette philosophie est enfin appelée
La loi de notre vie, aux hommes révélée,
Le chemin des vertus, le fléau des pervers,
La lumière des sens, l'œil de tout l'univers,
La maitresse des mœurs, la règle des pensées, Le juge du présent et des choses passées,
Le guide de l'esprit , le frein des passions,
La cause et l'instrument des bonnes actions, Le flambeau qui fait voir les choses naturelles, Et l'aigle qui nous porte aux beautés éternelles.
Otez de ces vers le luxe des attributs et des paroles, trop fréquent dans Scudéry, il en restera un très-beau portrait de la philosophie. Tout ce que l'auteur ajoute sur les vertus de cette haute institutrice,
Qui semble élever l’homme à la gloire d'un dieu,
et sur les diverses sectes, annonce un esprit élevé, mûri de connaissances solides. L'ermite , passant à d'autres maîtres de la parole , s'écrie :
Des écrivains sacrés voici la troupe sainte,
| Qui dans ses vérités n'admet aucune feinte,
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Qui captive les sens sous le joug de la foi.
Ynterprètes divins de la divine loi,
Par eux nous allons voir la lumière à sa source ; Par eux nous connoissons d'un cœur tout enflammé Qne ce Dieu seul, tout bon, doit être seul aimé; Par eux nous pénétrons les plus obscurs mystères, Vrais aveugles, sanseux, aux choses les plus claires. Ils marquent le chemin, ils conduisent nos pas ;
Et quand on les suit bien, l'on ne s'égare pas ;
Par eux nous concevons cette main si puissante, Cette main qui reçut la nature naissante,
Et dont l'art merveilleux, pour notre commun bien, Travailla sans matière, et forma tout de rien.
Cet abime profond, qui la raison étonne,
L'unité de l'essence en la triple personne,
Le fils égal au père, en temps comme en grandeur, Leur esprit procédant de leur commune ardeur , Une mère encor vierge, une vierge féconde ;
Quoi plus ? un Dieu naissant qui vit naître le monde!
Scudéry (George de) naquit, vers 1602, au Iavre , où soù père occupait la place de lieutenant de roi. Scudéry était originaire de Provence, où la jeune Catherine de Rouyère lui inspira ses premiers vers. Il suivit d'abord la carrière des armes; mais il quitta, vers 1630 , le régiment des gardes-françaises, et se mit à composer pour lethéâtre, Dans la préface de Lygdamon, son premier ouvrage, il s'exprime sur son propre compte avec ane forfanterie qui lui donua beaucoup de ridicule. Riche , suivant lui, des faveurs des muses, Scudéry était fort pauvre, si l'on en croit Régnier, qui nous le montre mangeant un morceau de pain , au Luxembourg, sous son manteau. Scudéry fit représenter seize pièces de théâtre , depuis 1631 jusqu'en 1644, et introduisit le premier la règle des vingtquatre heures , dans son Amour libéral , qui n'obtint que peu de succès. Obscurci tout à coup par l'apparition da Cid ,et voulant faire sa cour au cardinal de Richelieu, non moins jaloux de la gloire de Corneille que mécontent de son indépendance , Scudéry publia, sans se nommer d'abord , ses Obsertations sur le Cid, qui donnèrent lieu à la publication des Sentiments de l’Académie sur ce bel ouvrage. Le grand poëte outragé se vengea par ce rondeau :
Qu'il fasse mieux, ce jeune jouvencel, A qui le Cid donne tant de martei, Que d'entasser injure sur injure, timer de : age une lourde imposture, Et se cacher, ainsi qu’un crimind ; Chacun counait son jaloux nature:, Le montre au doigt comme uu fou suleurel Et ne croit pas en sa bonne écriture.
Qu il fasse mieux.
L'approbation du cardinal valut à Scudéry les louanges de Sarrasio, qui, dans son Discours sur la tragédie, placé à la tête de l'Amour tyrannique, s'emporte jusqu'à dire
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L'auteur de tonte vie au sépulcre enfermé,
Un Dieu vivant et mort, et ce mort ranimé!
Et, pour dernier prodige, un mystère terrible, Qui semble diviser un corps indivisible,
Qui dans tous ses fragments met son humanité, Et qui se multiplie en gardant l'unité. __ -: :+
Jeniuel f Ur yn 772 À lines se { :
‘ Commettrai-je une imprudence en avouant que les vers sur 1-s profonds mystères de notre religion me paraissent presque sublimes? J'irai plus loin ,et je cuuviendrai que si avant de
connaître l'auteur de ces vers, je les eusse entendu |
attribuer à Corneille, inspiré par le génie qui lui dicta Polyeucte ; à Racine, pénétré tout entier de la Bible et des prophètes par quatorze années de méditations : à son fils, en qui brille parfois un rayon de la gloire paternille; à Voltaire, qui, malgré son scepticisme , s'est élévé plusieurs fois au-dessus de lui même , eu parlant de Dieu et de la religion : je n'aurais rien trouvé d'étrange à cette supposition. Au risque d'être accusé d'ua excès d'admiration, je prends plaisir à louer avec éclat, malgré la sorte de ridicule attaché à son noi, l'écrivain qui a trouvé de si belles choses ; mais j'éprouve un regret sincère en pensant que cet écrivain , né pour li gloire peutêtre, a perdu , par son éloignement pour le travail, le fruit des plus heureuses dispozitions naturelles.
de cette pièce qu'elle est au - dessus des attaques de l'envie, et par son propre mérite et par une protection qu'on
serait plus que sacrilége de violer, puisque c'est celle
d'Armand , le dicu tutélaire des lettres. Au reste, Scu-
déry n'avait pas besoin du secours de ses amis pour éle-
ver sa réputation jusqu'aux nues : lui-même se décernait
toutes les palmes du Pinde. Despréaux rabissa cet excès
d'orgueil dans plusieurs traits de ses satires :
Blenheureux Scudery, dont la fertile plume
Peut tous les mo:s sans peine eafinter un volume!
Tes écrits, il est vrai, sans vie et languissanis, Sumblent étre formés en depit du bon sens;
Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire, Un marchaud pour les vendre, et des sots pour les Ilre; Et quaod lo riwe enfin arrive au bout du vers, Qu'importe que le reste y soit mis de travers ?
Balzec, non moins sévère que Boileau , a dit : « O bienheureux écrivains, M. de Saumiaise en latin, et M. de Scudéry en francais! vous pouvez écrire plus de calepins que moi d'almanacbs!.… Rienheureux tous ces écriviins qui se contentent si facilement , et ne travaillent que de 1: mémoire et des doigts! »
On a parlé du poëme d’Alaric avec le dernier mépris, et on a eu souvent raison en critiquant l'auteur sans aucun ménagement. Cependant il ne faudrait pas croire que ce poëme n'ait aucune espèce de mérite. On y trouve uue connaiss2nce approfondie de l'antiquité grecque et romaine. Homère, Virgile, Sénèque , Lucain , le Dante, l'Arioste , le Tasse , sont mis à contribution par Scudéry, et parfois il produit des beautés dignes de ses modèles. Ainsi son Enfer contient des traits qu'on trouverait avec plaisir dins l'Odyssée ou dins l'Énéidr. Quelquesuns des discours que le poëte met dans la boucbe de ses héros respirent un: certsine noblesse et ne manquent