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pas d élégance. Le début, dont le premier versest tourné 1
en ridicule par Boileau, exprime pourtant unc vérité de fait, c'est-à-dire a victoire remportée sur les vainqueurs de la terre par Alaric, qu'on pourrait appeler le premier Attila. Du reste, ce début tout entier renferme des choses très-élevées. Le discours d’un magicien en colère contre les puissances de l'enfer, rebelles à ses ordres, rappelle , sans trop de désavant:ge , la Médée de Sénèque et celle de Corneille, ainsi que l'Iémonide de Lucain. Au cinquième chant , le poête, en conduisant son héros dans une bibliothèque , vaste dépôt de toutes les connaissances humaines, trouve l'occasion de montrer un assez grand savoir , et de peindre parfois en très-beaux vers les plus grandes choses connues, Die:, l'univers, l'homme et les divers objets auxquels peut s'appliquer sa haute intelligence. A la vérité, là conduite du poëme est défectueuse : Alaric se trouve souvent rabaissé par le plus ridicule amour qui fut jamais, ct Scudéry, en prenant Armide et Ren1ud pour modèles, a défiguré de la manière la plus déplorable l'un des plus agréables chants de la Jérusalem délirrée.
L'emphase, la recherche, l’impropricté des expressions, *
les fautes de goût, fourmillent dans l'ouvrage : aussi con- Çoit-on sans peine la colère de Boileau contre un homme qui, ayant reçu quelques heureux présents de la nature, se trahit lui-même, et se perd, p:r un excès d'orgucil et en mettant, pour ainsi dire, sa gloire à ne jamais corriger les premiers jets de sa plume. Il était juste de chätier une vanité si pleine de sottise ; il était nécessaire de dessiller les yeux du public, ébloui par de prétendues beautés qui n'étiient que d'insupportables défauts; mais un critique tel que Boilcau devait citer avec éloges les endroits où Scudéry se montre vraiment poîte. Le premier devoir de la critique est l'amour de la justice et de la vérité. Scudéry, en composant Alarie, voulut faire sa cour à Cbristine de Suède , fille de Gustave-Adolphe, si c‘èbre par son règne et plus encore par sa fastueuse abdication.
L'académie française reçut Scudéry dans son sein, à l1 place de Vaugelas, en 1659. A la même époque, suivant toute apparence , il obtint le gouvernement du fort de Notre-Dame-de-La-Garde, dontil est p.rlé dansle Voyage de Chapelle et Bachaumont :
C'est Notre-Dame-de-la-Garde, Gouvernement commode et beau, A qui suflit pour toute garde
Un Suisse avec sa hallebirde, Peint sur la porte du château.
Si Scddéry se vantait lui-même sans retenue et n'était pas un bon poëte, il possédait les qualités de l'honnète homme, comme le prouve le refus qu'il fit d'effacer de son poëme d'{laric le nom du comte de La (Garde, tombé d'ns la disgräce de Christine. À la vérité, comme il n'arrive que trop souvent, le comte de La Garde ne fit même pas un remerciement à Scudéry. On cite encore, à l'honneur de ce dernier, qu'il demeura fidè'e à Théophile, persé cuté par la justice et abandonné de ses prétendus amis.
Scudéry avait épousé une demoiselle de Normandie, nommée Marie-Francoise de Martin-Vast, dont il eut un fils qui embrassa l’état ecclésiastique. 11 mourut le 14 mai 1667. Sa veuve, liée avec le duc de Saint - Aignan, avec Bussi-Rabutin et d’autres personnages célèbres du temps, se fit une réputation par sa conversation et par ses lettres, où l'on trouverait un assez grand nombre d'anecdotes curicuses. |
Les ouvrages de Scudéry sont : seize pièces de théâtre ; où aperçoit quelques lueurs de talent dans la Mort de César et dans l'Amour tyrannique: Le Temple, poëme à la gloire du roi et du cardini de Richelieu; Observations sur le Cid ; une Lettre aux membres de l'Académie fran- Ceise, au sujet de leurs Sentiments sur cette tragédie ; une Réponse à Balzac; l'.{pologie du thédätre, les Ifarangues ou Di-cours académiques de J.-B. Maneius, traduits de l'italien ; Discours poliliques des rois ; Poêmes divers, dont quelques-uns ne sont pas dénués d'agrément ; le poëme d'A{/aric ou Rome raincue , etc.
Scudéry avait de l'esprit, de l'imagination ; mais une malheureuse f:cilité, jointe à un amour-propre excessif, étouffèrent en lui le germe du talent. Jamais il ne voulut , jamais il ne sut corriger ses ouvrages; il avait même pour le travail consciencieux de l'écrivain un éloignement ct presque un mépris qui ont fini par faire un méchant écrivain d’un homme qui aurait pu obtenir un rang distingué dans les lettres. Scudéry avait une sœur qui a vécu dans la société de tous les personnages distingués de son temps, et obicnu une célébrité contre laquelle Boileau à protesté, en atiaquant le roman de Clelie et quelques autres qui faisaient fureur dns le public , et dont l'autcur
Faisail Catou galant, et Brutus damerct.