À INCENDIE DE DAMIETTE
Ye - A lune s’avançoit, et ses belles suivantes,
er lantes , CS Faisoient de leurs flambeaux, dans le ciel — étoilé, Après le jour éteint, le jour renouvelé.
Quand des cris de frayeur et des voix de menace , Telles qu'on les entend au sac de quelque place, De leurs tristes accents rompent notre repos, Et réveillent au loin les vents et les échos. Les échos et les vents en trouble leur répondent ; Du rivage prochain les vagues les secondent, Et les vagues, les vents, les échos et la nuit, Font un concert d'horreur, de tumulte et de bruit.
Un feu , qui se fait jour à travers la fumée, Paroit en même temps sur la ville allumée;
Les tours et les palais ont beau, pour s’en sauver, Leur fuile sourcilleux dans la nue élever;
L'élément destructeur , qui s'échauffe à la proie, Montant par tourbillons, sur leurs masses ondoie. Dans l’air et sur la plaine une clarté reluit,
Plus effroy able à voir que la plus sombre nuit.
T'ous les chefs commandés tiennent dansles barrières
Leurs corps, toute la nuit, rangés sous les bannières : Et sitôt que le jour sur l'horizon parut,
Un chrétien du pays vers nos gardes courut,
Qui de ce pitoyable et funeste incendie,
En pleurant , leur apprit l'étrange tragédie.
11 conte comme après les chrétiens outragés,
Et de complot formé par troupes égorgés, L'ennemi, furieux de sa double défaite,
Pour faire une éclatante et plus sûre retraite, Et, pour ne nous laisser qu'un sépulcre fumant, Avoit porté sa rage à cet embrasement,
Cent coureurs dépêchés trouvent la porte ouverte, Les dehors dégarnis, la muraille déserte.
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Le roi, qui, dans le cours d'un bonheur si soudain, Reconnoit la vertu d'une divine main,
Le cœur brûlant de zèle , et l'œil trempé de larmes, En rend grâces au Dieu qui couronne ses armes.
Aussitôt le soldat, à son commandement,
Par bandes détaché, court à l'embrasement.
Le spectacle est terrible , effroyable est l'image Des mourants et des morts, des feux et du carnage.
Garaman, ambassadeur du sultan de l'Égypte, est admis devant saint Louis victorieux à Damiette.
À cssrrôr par son ordre introduits au conseil, Ils admirent du lieu le superbe appareil,
Le cercle des seigneurs qui le prince environne ; Et plus que les seigneurs le prince les étonne : Aussi, plus grand de soi que de sa royauté,
Il les passe en mérite antant qu'en dignité ;
Et pour une vertu si sublime et si pure,
Le trône méme est bas, et la pourpre est obscure. Comme dans ce palais , où les célestes feux Composent un sénat roulant et lumineux,
Le soleil à chacun partage la lumière,
Selon qu'il a plus longue ou plus courte carrière ; 11 donne aux uns l'éclat , aux autres l’action ;
Jl règle leurs emplois par son impression,
Etde tan! de beaux corps qu'il nourritde ses flammes Sa chaleur est l'esprit, ses rayons sont les âmes” : Ainsi de son conseil le monarque françois
Est la gloire et la force , et le cœur et la voix.
Il s'étend de sa bouche, il sort de son visage
Un air d'intelligence , un esprit de courage,
Et du feu que répand hors de lui sa valeur
Ses chefs ont en commun l'éclair et la chaleur.
* Recherche de mauvais goût.
3? Cette comparaison est tout à fait d'un poëte, et s21 justesse dans tous les termes l'empêche de paraitre ambilieuse, comme tant d'autres comparaisons d'un homme avec le soleil; cependant elle mériterait encore plus d'estime si elle était appliquée à l'un de ces êtres extraordinaires, comme Alexandre, César ou Napoléon, qui exercent un ascendant souverain sur les âmes, et entraînent tout dans un mouvement irrésistible qu'impriment leur génle et leur volonté.
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