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DIX-SFPTIÈME SIÈCLE. 355
Et plus leur pesanteur est à charge aur esprits.
Ne pense pas aussi que la gloire où j'aspire
Soit d'agrandir la mienne, étendant mon empire : Elle n'est que trop grande, et de plus sages rois Seroient bien occupés à soutenir son poids.
Tous mes desseins ne vont qu'à la couronne sainte, Qui du sang précieux de mon Sanveur fut teinte ‘.
Le chevalier chrétien, pour aller à la gloire,
À plus d'une carrière et plus d'une victoire :
En tombant il s'élève ; il triomphe en mourant ; Par sa propre défaite il se fait conquérant,
Et prisonnier vainqueur, couronné de sa chaine, Il garde à la vertu la disnité de reine *.
L'enchanteur Mirême, dans une cérémonie magique, appelle au secours de l'Egypte les ombres de tous ces grands souverains qui l'ont défendue et couverte de glaire.
Mises impérieux , âmes jadis régnantes,
Jadis de ces grands corps superbes habitantes,
Si le soin de l'honneur avecque vous n'est mort,
Si pour lui vous pouvez faire encor un effort,
Si l’éternelle nuit qui l'enfer environne
Sur vos fronts a laissé quelque ombre de couronne, Si pour votre patrie il peut être resté
À votre souvenir quelque fidélité,
Sortez , esprits, sortez des royaumes funestes,
De vos états brûlants venez sauver les restes.
Vos trûnes , vos palais, vos tombeaux vont périr, Si vous ne les venez au besoin secourir.
Cette Égypte, qui brûle et qui déjà succombe,
4 Voilà bien le cœur et mème le langage du saint ral, moins la précieuse naïveté du terups.
* Saint Louis pensait ainsi, et cependant ces beaux vers ne lui vont pas. à cause de la fréquence des autithèses, qui rap: pellent trop le poëête. Ce n'est pas tout que les sentiments soient vrais et couformes au caractère. aux mœurs, aux convictions du personnage , il faut eucore que l'expression soit naturelle ct simple comme les paroles qui sortent d'un cuur à la fois graud, simple et touché de ce qu'il dit.
Je œusigne ici, pour les lecteurs qui voudront consulter le texte, une remarque, assez curieuse peut-être: dans le discours de Garaman , on lit sur le débordement qu Nil et snr les effets de sa colère , qui suffit seule pour détruire les plus fortes armées, des traits d'une folle exagération. Saint Louis. répondaat à ces vaines menaces, fait la censure ia plus judicieuse de l'emphase de l'ambassadeur, cu plutôt de l'écrivain. Si le père Le Moiue eût revu son ouvrage avec des yeux sévères, il aurait facilement effacé cette doub'e faute , en restant dans le vrai, sans rien perdre des libertés justement accoruées au poûte.
Votre siége autrelois, aujourd'hui votre tombe, Bientôt jusques à vous sa ruine étendra;
À vos os, à vos noms, sa flamme se prendra.
Venez donc, accourez, vous au moins qui sur terre,
. À la secte de Christ jadis fites la guerre :
De ce maudit serpent les œufs mal étouffes, Bouflis de leur venin, de leur rage échauffés , S'ils ne sont écrasés , détruiront votre race,
Et jusqu'à vos cercueils porteront leur audace ". »
L'enchanteur à ces mots, hautement prononcés, En joint de plus puissants, à voix basse poussés, Et tout d'un temps vomit, de sa bouche qui fume, Le blasphème et le fiel, les charmes et l'écume. Cependant il s'élève une obscure vapeur
De la terre , qui tremble et qui s'ouvre de peur; Des mänes grands et noirs y montent avec elle, Dont la troupe est nombreuse et la fierté cruelle. Cette vapeur leur fait comme un crêpe de deuil, Et chacun d'eux se range auprès de son cercueil”.
Les ombres out apparu ; mais comme elle: s'obstinent au silence, l'enchanteur irrité leur adresse cette violente apostrophe :
Ne parlerez-vous point, opiniitres âmes ?
Attendez-vous le fer, attendez-vous les flammes ? Et toi, grand Saladin , le plus intéressé |
A sauver cet état que tes mains ont dressé.
Laisseras-tu tomber en pièces ton ouvrage ?
N'as-tu pour l'appuyer ni force ni courage ?
De cet esprit si grand, de ce cœur si hautain,
Il n'est donc demeuré qu'un spectre pâle et vain, Qu'un fantôme qui n'a nul sentiment de gloire, Qui laisse ruiner sa tombe et sa mémoire.
* La plupart de ces vers pourraient occuper une place dans les cérémonies magiques tracées par les grauds poëtes, tels que Virgile, Sénèque , Lucain et Cornzille. On respire ici quelque chose de la manière grande et simple de ces inâles génies. Le dernier vers, qui d'ailleurs offre la répétition d'un très-beau verssur la mème pensée, choque un peu la justesse; car ce ne sont pas les œufs, mais les serpents éclos de ces œufs, qui pourront aller attaquer les morts jusque dans leurs tombeaux. Toutefois plus d'une personne peut-être approuverait cette hardiesee.
3 Ces quatre derniers vers me paraissent admirables , et caractérisent le vrai poûte. Ils m'ont rappclé un beau passage de Valérius Flaccus : Poilux défie le féroce Amycus, roi des Bébryces ; les deux rivaux vont en venir aux tuains. À celte nouvelle , les victimes égorgées par le tyran adressent leurs prikres au Tartare : le Tartare exauce leurs vœux, et les renvoie, cachées dans une nue profonde , pour assister au spectacle du combat expiatoire qui sera le supplice de leur bourreau; les sommets des monts dont se couronue l'enceinte de l'arène sont ubscurcis tout à coup par les noirs bataillons de tous ces fantômes. ( Argonautique, liv. IV, vers 258 et suivauts ).
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Le sultan Mélédin , semblable à l'Agamemnon d'Evuripide et de Racine , mais bien moins sensible à la pitié , a résolu d'immoler sa fille aux mmänes de Saladin , qui demandent cette géhéreuse victime pour expier la mort de neuf de ses fils. Tous les témoins de ce cruel sacrifice sont profundément émus; le père seul reste inexorable.
Il saisit d'une main les cheveux de Zaïde,
De l'autre il lève en l'air le poignard homicide, Et d'un regard affreux accompagnant sa voix : «a En quelque part, dit-il, Saladin , que tu sois, Ombre noble et régnante, apaise ta colère, Reçois cette victime illustre et volontaire,
Et souffre que mon sang, par moi-même versé, Détourne le malheur dont je suis menacé.
Je t'offre mort pour mort, et fais par cette offrande Des crimes de mon père une célèbre anrende.
Viens rendre à cet état, de tempêtes battu,
La force qu'il tiroit jadis de ta vertu.
Il fut, avant tes fils, ta famille et ta race;
Ta mémoire et ton nom y règnent en ta place.
Pour te perpétuer cette postérité,
Remets dans la douceur ton esprit irrité,
Et fais que de mon sang l'offrande salutaire
Du tien, qui fume encor , éteigne la colère." »
Tout à coup on entend retentir une voix dont les cris arrétent le fer, ou plutôt la mort suspendue sur la téte de la victime. Cette voix est celle de Muratan.
Le frère de Zaïde et le fils du sultan,
Qui, revenu d'Alep, et vainqueur plein de gloire, De sa sœur avoit su la pitoyable histoire.
Plus que ses propres yeux, plus que son propre cœur, La sœur aimoit son frère, et le frère sa sœur ;
En deux rayons égaux une âme partagée
Sembloit en leurs deux corps avoir été logée :
Et cette égalité maintenoit leurs humeurs
Dans un juste concert d'actions et de mœurs ; Leurs visages , formés sur un même modèle, Faisoient un autre accord de grâce mutuelle ;
Et des astres gémeaux l'indivisible amour
À la flamme moins pure ef faitun moins beau jour”.
‘ A quelques taches près, que le travail d'un moment ferait disparaître, ce discours , inspiré par le théâtre grec, est digne de Sophocle et d'Euripide , et Racine lui-mème n'aurait pas pu trouver, pour la situation , deux plus beaux vers que les derniers que prononce l'ambitieux suitan, qui veut acheter sa couronne au prix du sang de sa fille.
+ Il s'en faut de beaucoup que ce second passage vaille celui qui précède. Je l'ai cité pourtant, non pas comme un modele. mais comme propre à suggérer d'utiles réflexions. Les pensées sont justes et bien choisies ; lex images sont pleines de grâce : la dernière achève de la manière La plus heureuse le portrait du frère et de la sœur. Que manque:il donc à ces vers pour
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Saint-Louis veut aller combattre un dragon monstrneux que l'enfer à suscité contre les croisés. Un des principaux chefs de l’armée le détourne de ce dessein.
« Mais que diroit l'Europe, et que diroient ses rois, Spectateurs et rivaux des gestes des François, Quand les porteurs des bruits que fait la renominte Jroient leur raconter que les chefs de l'armée,
Par une foible crainte et par un lâche effroi,
Rachetant leur péril du péril de leur roi, Auroient aux dents d'un monstre avecque sa personne Abandonné l'état , et livré sa couronne ?
Le reproche en seroit à la France éternel;
Et le nom des François, traité de criminel, Devant le tribunal où sied la Renommée,
En porteroit la tache à jamais imprimée.
— Je sais, répond Louis, de la lice des rois
Les rixoureux devoirs et les sévères lois.
Il est vrai, le bon sens est d'un chef le partage ; Mais ce bon sens doit être animé de courage :
La prudence sans lui n’est qu'un jour sans chaleur, Qui ne sauroit nourrir ni feuillage ni fleur.
Dans le monde abrégé que fait le corps humain, La tète a ses périls, aussi bien que la main :
Et le ciel, cette tète éternelle et suprême,
À qui tant d'astres font un roulant diadème, Plus prompt et plus actif que tous les éléments, De ses feux les anime et de ses mouvements.