‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 420 sur 914 · DO DOC DO DO DO DO · texte numérisé non relu

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noncent un génie élevé; mais son imagination était trop impétueuse et trop féconde. » .

Son poëme de Saint Louis ou La Sainte Couronne reconquise Sur les infidèles, jugé avec trop de sévérité par La Harpe, offre des richesses qui , quoique d'un juxe souvent sans goût et sans choix, ne l:issent pas de faire naître la surprise et l'admiration. « 11 règne dans ce poëme informe, dit M. de Chateaubriand , une sombre imagination , trèspropre à la peinture de cette Egypte pleine de souvenirs et de tombeaux , et qui vit passer tour à tour les Pharaon, les Ptolémée, les solitaires de la Théb:ïde et les soudans des barbares. »

Les autres poésies du père Le Moine sont : le Triomphe de Louis XIIT; la France guérie dans le rétablissement de la santé du roi : les Hymnes de la Sagesse et de l'Amour de Dieu: les Peintures morales: un recueil de vers théologiques , héroïques et moraux ; les Jeux poétiques.

Voici comment La Harpe , qui s'est montré bien sévère , a traité le père Le Moine :

« Parmi tous ces malheureux poëtes épiques ensevelis dans la poussière et dans l'oubli, celui qui eut le plus d'imagination est sans contredit le père Le Moine, auteur du Saint Louis. Ce n'est pas que son ouvrage puisse attacher par la construction générale ni par le choix des épisodes. L'auteur invente beaucoup, mais le plus souvent mal ; son merveilleux n'est le plus souvent que bizarre; sa fable n'est point liée , n’est point suivie ; il ne sait ni fonder ni graduer l'intérèt des événements et des situations ; son poëme ressemble à un chaos d'où sortent quelques traits de lumière , qui meurent dans la nuit. Mais dans ses vers il a de la verve ; on ÿ trouve des morceaux d'une iutention forte, quuique l'exécution soit très-imparfaite. Voilà ce qu'on aperçvit quand on a le courage, à la vérilé difficile , de lire dix-huit chants remplis de fatras, d'enflure et d'extravagance. Mais pourquoi cet écrivain, né avec du talent, pourquoi l'auteur de Moïse, Saint- Amand , qui n'en était pas dépourvu ; pourquoi Brébeuf, qui ea avait encore davantage ; pourquoi ces trois hommes n'ont-ils produit que d'illisibles ouvrages, précisénient à la même époque où Corneille donnait tous ses chefsd'œuvre ? Ce n’est pas seulement à cause de la disproportion du génie : sans égaler les sublimes conceptions de Corncille, on pouvait du moins mériter d'être lu. Qui donc les a détournés si loin du but, quand lui seul savait y atteindre? Qui leur a fait parler un langage si étrange, quand le sieu était souvent si beau dans Cinna ct dans les Ioraces ? 11 faut chercher dans le ton général de leurs écrits le principe de leur égarement. 11 est d'autant plus digne d'attention, que c'est absolument le même qu'on a voulu et qu'on voudrait encore faire revivre au milieu de tant de grands modèles, et qui contribue le plus à corrompre le goût et à ramencr la barbarie , après un siècle

de luniière. C'est le facile et melheureux abus du style

figuré; c'est la folle persuasion que la poésie consiste uon pas dans le chaix des figures, m'is dins leuraccumuhtion ; non pas dans Ja justesse et la vérité des métaphores, miis dans leur hardicsse bizarre ; c'est l'habitude de croire qu'il faut être toujours outré pour ètre fort , exa-

géré pour être grand, recherché pour être neuf. Cuvrez

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le Saint Louis, et vous ne lirez jamais vingt vers sans y trouver ce caractère fortement soutenu, c'est-à-dire l'enflure de diction, dès que l'auteur veut s'élever. Veut-il peindre une flotte nombreuse :

Jamais un camp plus beau ne roula sur ls mer, Ni plus belles forêts ne volèrent en l'air :

Le solell pour les voir avauça sa journée.

+ ee = + ee se ee

Les ailes de leurs mâts à l'air ôtentle jour.

» Concevez, s'il est possible, comment on ôte le jour à l'air. 11 «ppelle une lance un long frène ferré ; les étoiles, un roulant émail. Veut - il peindre des pavillons flottants dans les airs :

L'or de son pavillon jouait avec le vent.

» Ün guerricr reçoit-il un coup dans les yeux, l'auteur dit :

Et la noli lui survint par les portes du jour.

» Un enfant est-il venu au monde en donnant la mort à s1 mère : s

Je sortis d'une morte, et je noquis sans mère.

»* Parle-t-il des guerriers dont la fureur étincelle dans leur regard :

Leur cœur moute à leurs yeux et par leurs yeux menace.

» Un autre tombe-t-il en défaillance :

1 a la uult oux yeux et la mort au visage.

» Un auteur de nos jours a imité heureusement cette heureuse tournure , eu disant d'une femme :

La perle aux dents, la nelge au sein.

» Voila comment le bon goût se perpétue.

» Ce sont ces erreurs et ces travers que Boileau combattait , lorsqu'il disait, dans son Art Poëétique : La plupart emportés d'une fougue Insensée, Toujours lon du droit sens vont chercher leur pensée;

lis croliralent s'abaisser, dans leurs vers monsirueus, S'Us pensaient ce qu'uu autre a pu penser coinme eux.

» J'airendu justice aux rédacteurs des {nnales poëliques, à leurs recherches, à leur travail, aux notices, en général judicieuses , où ils ant suivi les progrès de notre poésie dansles premiers âges; mais à mesure qu'ils approchent du nôtre , la contagion du mauvais goût dominant parait trop les g'gner. Ils prodiguent au père Le Moine les louanges les plus exagérées ; ce qu'ils citent à l'appui de leurs louanges ne devrait le plus souvent étre cité que pour faire voir combien, méme dans ses meilleurs morceaux , il se trompe dans ce qu'il prend pour de la poésie. « Le sultan, disent-ils, prononce un discours où il y a de

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