‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 419 sur 914 · DISCOURS DE SAINT LOUIS A UN CHEVALIER BLESSÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS DE SAINT LOUIS A UN CHEVALIER BLESSÉ

Las termince et le transport passé :

« Cheïalier , reprend-il, s'adressant au blessé , Perdez ce faux espoir, quistez ces vains fantômes De couronnes, d'états , de sceptres, de royaumes. Celui qui dans la sphère où tourne le destin Assigne à chaque état sa naissanre et sa fin,

Et fait d'un cours réglé rouler chaque monarque Du point de son levant au couchant qu'il lui marque, Cet arbitre éternel des règnes et des temps

À son terme conduit l'empire des sultans;

5t devant le retour de la nouvelle lune,

On en verra tomber la race et la fortune.

De leur ruine au loin les éclats voleront ;

De leur chute long-temps les peuples branleront. Votre frère , qui vient assisté d'une armée

Que tant de nations en un corps ont formée,

À peine sur le trône aura repris son rang, Qu'une trasique mort le teindra de son sang;

Le mammelu rebelle occupera sa place,

Et laissera le fruit de son crime à sa race.

Le Moine (Pierre), ué à Chaumont en Bassigny , l'an 1602 , mort à Paris, le 22 août 1674, entra chez les jésuites , et fut le premier de cette compagnie qui se soit distingué dans la composition des vers français.

passionné dans l'expression; fl représente mieux les mouvements tumunltueux d'un cœur tourmenté par une jalousie qui se ratlume à chaque moment, comme le feu où l'on jelte sans cesse de nouveaux äliments.

A Dieu ne plaise que je mette l'imitation du père Le Moine sur le même rang que ces deux morceaux achevés; mais elle ne manque pas d'une certaine vigueur , et les vers sur la géuisse sont d'une imagination heureuse et bien supéricure au trait de Virgi!e :

Tranquille, elle s'égare en un gras pâturage.

Ils prêtent à la génisse un sentiment dont les animaux ne sont pas dépourvus. Homère pensait ainsi : témoin la touchante scène du chien d'Ulysse, qui meurt de joie en reconnaissant son maitre, aprés vingtans d'absence. (Chant XVIII de l'Odyssée.)

Tout le monde se rappelle aussi ce passage touchant de la peste des animaux. décrite avec tant d'éloquence par Virgile, daas son troisième livre des Gccrgiques. 11 s'agit de deux laureaux attelés à la même charruc :

Voyez-vous le taureau fumant sous l'aliguil'on, D'un snng mêlé d'écume inonder le sillon.

I meurt, l’autre, affilué de la mort de son frère, Regagne tristement l'élable solltoire;

Son maitre l'accompagne. accabié de regrets,

Et lalsse en souplrunt ses travaux imparfulits.

Cette traduction ne manque pas de mérite; mais elle n'égale pas la beauté de l'original :

Reconnoissez par là combien sont creux et vains Les spectres de grandeur adorés des humains;

Les trônes sont détruits, les couronnes se cassent, Les roisde\iennent poudre, etleurs règnes se passent. Rienn'est ferme surterre,et non moins que les joncs, On voit mourir les pins, on voit tomber les monts. N'ayez point de regret pour des biens si fragiles; Allez à ceux qui sont aussi grands qu'immobiles : Le trône qui vous est sur le ciel apprêté

Est fonde sur la paix et dans l'éternité.

De là tous les états, de là tous les royaumes,

À peine sous vos yeux paroitront des atomes.

Là ces biens infinis , ces éternels plaisirs,

Dont Dieu mème est comblé, combleront vos désirs, Et la mème clarté dont sa face rayonne ,

Luisant autour de vous, sera votre couronne.

Il vous faut régner là, si vous voulez régner; Vous n'avez plus ailleurs de royaume à gagner. Quittez donc la fortune avant qu'elle vous quitte , Et de votre malheur faites votre mérite.

I n'est plus désormais de sûreté pour vous,

11 n'est plus de santé , plus de paix que chez nous. L'eau du sacré lavoir est souvent un dictame

Aux blessures du corps comme à celles de l'âme : Vous ne pouvez sans elle heureusement mourir,

Et vous pouvez par elle espérer de guérir ". »

« Avec de si grandes dispositions pour la poésie, dit Palissot, peut-être ne lui a-t-il manqué, pour atteindre à la perfection de son art , que d'avoir écrit dans un siècle qui lui eût présenté des modèles de goût.

Les poésies du père Le Moine ont de la verve, ct an-

Ecce autem duro fumans sub vomcere taurus Concidit, et mixitum spumæ vomit ore cruorem, Extremosque ciet gemitus. I tristis arator Mærentem abjungens fraterna morie juvencum.

Aique opere lu medio deflxa reliuquit sratrs.

Tout le charine des fables de La Fontaine repose sur ce qu'il donne une âme aux animaux, et leur prête nos affections les plus douces. Qui de nous ne voudrait avoir un ami semblable à ce pigeon de la fable , qui dit à son frère, avec l'accent de la plus vive tendresse :

L'absence est le plus grand des maux, Non pas pour vous, cruel!

‘ Je n'avais pas besoin de noter les traits défectueux qui déparent cette harangue ; tout ie monde les sentira d'abord à la première lecture; mais les beaux vers que le poëte met dans la bouche de Louis 1X ont, par leur caractère grand et simple, par leur accent vraiment religieux , un mérite particulier , celui de ressembler à des paroles du saint roi, inspiré par sa fui et nourri de la Bible et des Prophètes. Plus riche, plus pompense . plus recherchée d'élégance , la harangue aurait moins de vérité. C'est surtout dans les discours que la poésie épique elle-mème doit ménager ses ornements, et de manière à ce que la magaificence du langage ne laisse pas trop voir le poëte derrière le personnage.

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