‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 423 sur 914 · D00 860 00 0 0 0 0 EE · texte numérisé non relu

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Éclaire mon esprit, et soutiens mon audace,

Pour chanter ce grand chef de leur vaillante race, Et pour remettre au jour ses exploits éclatants, Que tient ensevelis l'obscure nuit des temps.

En faveur de mon siècle et des races futures,

Des ombres de l'oubli tire ses aventures,

Et tant de longs travaux, avant que sous ta loi Une sainte eût rangé cet invincible roi.

Louis, à qui le Ciel de ce foudre de guerre

À donné justement et le nom et la terre” ;

Qui toujours, comme lui, méprisant le danger, As dompté les efforts de l'orgueil étranger ;

Toi qui, donné d'en haut aux vœux de tes provinces, Pour être le plus sage et le plus grand des princes, Redoutable en la guerre, arbitre de la paix, Remplis tes grands destins par tant de nobles faits,

‘ Beau vers.

? Ceci pourrait paraître obscur si l'on ne songcait que, dars l'ancienne orthographe franque , Clavis était écrit Aloduveck . qui fut remplacé par /{lodoveck , mot que les Gaulois, habitués à la prononciation latine, transformèrent en Lodovecus, dont on a fait Louis.

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Que la victoire suit d'un vol aussi rapide

Que vont les mouvements de ton cœur intrépide', Qui, dans le cours d'un mois, de cinquante cités Vit céder à ton camp les remparts redoutés, Quand de peuples ingrats, insolents et parjures, Tu vengeois nos autels et tes propres injures, Comme un fleuve terrible, en son débordement, À qui digues et murs s'opposent vainement *.

Après tant de travaux, de veilles et de soins, Dont le Khin et la Meuse ont été les témoins, Apprends de tes états la première conquête, L'origine des lis qui couronnent ta tête,

De l'Esprit éternel le présent glorieux,

Dont le baume a sacré ton front victorieux ?,

Des Sicambres guerriers les idoles brisées,

La foi, qui réunit les âmes divisées,

Les ruses de l'enfer contre l'arrêt des Cieux,

Et le nom du seul Dieu vainqueur de tous les dieux.

Le superbe démon, qui, pour de faux hommages, Se fit sur les autels élever des images,

Que, vingt siècles entiers, le crédule univers Adora vainement sous mille noms divers,

Après le cours fini de cinq fois cent années, Depuis qu'un Dieu naissant changea les destinées, Voyant de toutes parts ses oracles cessés,

Ses mystères détruits, ses temples renversés,

Et ne pouvant dompter son orgueil inflexible, Dans ses antres profonds hurloit d'un son terrible, Et faisoit retentir tout l'infernal manoir

Des confuses clameurs de son vif désespoir.

Enfin, voyant sur lui fondre un nouvel orage,

Is ‘irritait ainsi, plein de honte et de rage :

« Que devient mon pouvoir? A quel coin détourné Mon empire , à la fin, doit-il être horné ?

Ainsi le grand auteur de la terre et de l'onde, M'ayant chassé du ciel, veut me chasser du monde ? Autrefois, réveillant mes vœux ambitieux,

Ne pouvant être dieu, j'inventai mille dieux ;

Je faisois à sa gloire une immortelle guerre,

Et, content de son ciel, il me laissoit la terre.

À peine un peuple seul se put-il réserver,

Qui contre lui cent fois osa se soulever,

Sur qui cent fois les miens leurs lois surent étendre, Et qui fut le mépris des armes d'Alexandre.

4 Singulière comparaison, à la manière de Corneille on de Lucain.

2 Tous les poëtes du temps étaient sous le charme de la brillante lortune de Louis XIV, et se disputaient l'honneur de lui adresser des hymnes de gloire. Les vers de Desmarets ont quelque chose de simple et de lier, qui rappelle le ton de Malherbe.

® La sainte ampoule.

Mais depuis que ce fils, dans la crèche enfanté, Caché sous l’indigence et sous l'humilité,

Sapa les fondements de mon superbe empire,

A ma lionte, en tous lieux, toute chose conspire. Son Église s'accroit de tout ce que je perds. N'aurai-je pour royaume enfin que les enfers ? Rome, jadis mon trône, où de tant de victimes Le sang fumoit pour moi dans les temples sublimes, Qui vit de ma faveur les effets si puissants, Quand de tout l'univers je payai son encens, L'ingrate suit la croix, m'abandonne et me chasse. En vain j'ai suscité l'Ilyrie et la Thrace,

Et les plus froids climats, si féconds en guerriers , Par qui je l'ai détruite, et brûlé ses lauriers.

Mon secours me trahit, et le barbare même, Soumettant tout à soi, se soumet au baptème.

Les seuls Francs me restoient amis de ma fureur, Qui chérissent la guerre autant que leur erreur, À qui du monde entier je destinois l'empire :

Et voilà que Clovis pour Clotilde soupire,

Une beauté chrétienne.

Mais plutôt que souffrir qu'un tel couple s'assemnble, Je mélerai la mer, l'air et la terre ensemble.

Oui, périsse plutôt la race des mortels,

Que de me voir privé de puissance et d’autels "!

‘ Dans {a Messiade de Klopstock, Satan tient à ses sujets de l'enfer le discours suivant :

« Les enfers sont détruits; celui qui a tiré l'univers de la nuit du chaos anéantira tous les êtres créés, et habitera de nouveau les déserts de la solitude, avant de nous arracher l'empire que nous avons sur les mortels. Oui, dût-il envoyer contre nous des messies sans nombre; dût-il venir sur la terre luimême, en qualité de messie , nous n'en resterons pas moins ce que nous sommes , des dieux indomptés , des dieux indépeudants. »

Parlant ensuite du Christ, venu pour racheter les âmes, Satan, après de violents blasphèmes contre ce fils de Dieu, qui se fait sujet de la mort, termine ainsi:

« Toi qui prétends par ta vertu délivrer le genre humain du trépas, je t'ensevelirai, pâle et défiguré, sous la poussière de la mort. Alors je dirai à tes yeux qui ne verront plus, à tes yeux que la nuit aura couverts d'un voile éternel : Ouvrezvous, ouvrez-vous ; voyez ressusciter ces morts. Je dirai à tes oreilles qui n'entendront plus , à tes oreilles fermées pour jamais à tous les 10ons : Écoutez, écoutez le bruit des tomnbeaux qui s'entr'ouvrent : voilà les morts qui ressuscitent.. Non, ou Dieu , dans ce moment , transportera le globe de la terre, le messie et le genre humain dans le ciel que j'habite, ou j'achèverai ce que j'ai résolu. »

Milton , dans le premier livre du Paradis perdu, fait aussi parler Satan à peu près dans le même sens. Comme dans la pièce de Desmarets que nous citons, Satan, dans ses imprécations, s'attaque insolemment à Jéhovah.

Le Tasse, au quatrième chant de la Jérusalem délivrée, prête également au superbe Sala un discours plein de culère et de haine contre le Christ, qui est venu délivrer les âmes des morts, et qui menace d'abaitre à jamais la puissance iufernale. Nous regrettons que les limites étroites de notre cadre nous empêchent de citer quelques - uns des beaux vers de ce passage, dont Desmarets s'est visiblement inspiré.

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