‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 43 sur 914 · BELE IDOINE · texte numérisé non relu

BELE IDOINE

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En son père vergier, à soi tence et estrive ; | De vrai cueur sospirant, se plaint : « Lasse t chétive !

#4 Amis, riens ne m’i vaut, sons, note, ne on estive, PA Quant ne vos puis véoir n'ai talent que

11 plus vive. »

Hé Diex !

Qui d'amour sent dolour et paine

Bien doit avoir joie prochaine.

« Aimi lasse, fait-elle, com ci a longue attente!

Cuens Garsiles amis, por vous sui en tourmente.

Amis, la vostre amours me livre tel entente

Qu'en lermes et en plours userai ma jouvente : :

N'en puis vive eschapper se ne vous voi ou sente. Hé Diex! etc.

» Mar fust onques la guerre de mon père esméue Par quoi en cest païs est vostre gent venue!

* Ce mot vient du mot latin juventus , jeunesse.

La belle Idoine, assise sous un vert olivier, dans le verger de son père , se lamente et gémit, soupirant da plus profond de son cœur , et laisse échapper ces plaintes : « Hélas ! que je suis infortunée ! Ami, rien ne me peut consoler , ni les chants, ni la musique, ni le son du flageolet. Puisque je ne puis vous voir, je n’ai pasbesoin de vivre davantage.» Ah Dieu ! celui qui éprouve douleur et peine d'amour doit bien avoir de la joie prochainement.

« Hélas! fait-elle, comme mon attente est longue ! Comte Garsile, mon ami, c’est pour vous que je suis tourmentée. Ami, l'amour que j'éprouve pour vous me livre de tels combats, que j'userai ma jeunesse en larmes et en pleurs. Si je ne vous vois ou touche, je n’en pourrai échapper vive. Ah Dieu ! etc.

» Mon père eut tort d’exciter la guerre pour laquelle votre gent est venue en ce pays. Vous la sou-

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Tant l'avez par vos armes richement maintenue

Qu’afinée l'avez et la pais conséue.

Mais , ainçois, fu la vie maint chevalier tolue. Hé Diex ! etc.

» Bien fust or la terre de mon père escillie,

Toute la gent menue et morte et mal baillie,

Se la guerre ne fust accordée et païe

Où tant estour féistes, tante fière assaillie,

Dont puis ai, mainte nuit, pour vostre amour veillie. Hé Diex ! etc.

» Quant ferme fut la pais et la guerre fénie,

Que toute fu montée la vostre baronnie,

Vo cor me présentastes où ainc n’ot vilenie.

Mais jà ère pour vous de mon cuer desgarnie.

Hé Diex! etc.

» Amis, vostre biautés me plait molt à retraire;

Tant estes dous et frans, courtois et débonnaire,

Qu'onques rien envers moi ne voulsistes méfaire.

Tant m'avez fait d'amour, ne me poez mesplaire ,

Si que mon cuer ne puis de vostre amour retraire. Hé Diex ! etc.

» Hé lasse ! que ferai ? tant sui en grant destrèce ; Amis, vo grant biautés, vos sens, vostre proesse M'ont si féru d’un dart d'amour qu’el cuer meblece. Se vousne l'en jectez, n’est honsqui hors l'en mèce, Car vous i avez mis et le fer et le flesche. »

Hé Diex ! etc.

Queque la bele Idoine pleure et plaint et dolouse Le preu Garsilion que tant aime et goulouse, Atant es-vous sa maistre (le tost aler jalouse, Isnelement courant toute une voie herbouse, Et voit sa demoiselle en vie dolerouse.

Hé Diex ! etc.

« Demoiselle, fait-elle, fraignez vostre corage :

Trop avez hui menée grant dolour et grant rage.

Li rois et la roïne ont perçu vostre usage,

Et bien dient entr’eus que n’estes mie sage. »

Atant es-vous sa mère, y aura grant damage.

Hé Diex! etc.

Par les trèces la prent qu'ele ot blondes com laine. Devant le roi son père isnèlement l’enmaine,

{intes tellement par vos armes, que vous la terminâtes et que vous rétablites la paix ; mais auparavant, la vie fut enlevée à maint chevalier. Ah Dieu ! etc.

» En cetemps-là, la terre de mon père eût été toute ravagée , et le menu peuple tué et mal mené, si la guerre où vous fites de tels exploits, dont j'ai rêvé depuis mainte nuit, pour l'amour de vous, n’eût pris fin et terme. Ah Dieu! etc.

» Quand la paix fut rétablie et la guerre terminée, que tous vos barons furent remontés à cheval, vous me présentâtes votre corps, où il n’y eut jamais vilenie; mais déjà mon cœur était sans défense contre vous. Ah Dieu ! etc.

» Ami, le souvenir de votre beauté me plait beaucoup. Vous êtes si doux, si franc, si courtois, si débonnaire, que vous ne voulûtes jamais mal agir à mon égard. Vous m'avez montré tant d'amour que vous ne me pouvez déplaire, de sorte que je ne puis guérir mon cœur de votre amour. Ah Dieu ! etc.

» Hélas ! que ferai-je , tant je suis dans un grand embarras? Ami, votre grande beauté, vossentiments, votre valeur, m'ont frappée tellement d’un dard d’amour qui me blesse au cœur , que si vous ne l’en arrachez, il n’y a personne qui puisse le mettre dehors, car y avez logé et le fer et la flèche. » Ah Dieu ! etc.

Tandis que la belle Idoine pleure, se plaint et se tourmente au sujet du preux Garsile, qu'elle aime et chérit tant, voilà sa duègne, jalouse d’arriver promptement, qui vient vite et en courant par un chemin herbeux, et qui aperçoit son élève dans la douleur. Ah Dieu! etc.

« Demoiselle, fait-elle, domptez votre cœur.Vous avez aujourd'hui éprouvé trop grande douleur et trop grande rage. Le roi et la reine se sont aperçus de votre amour, et ils disent entre eux que vous n'êtes pas sage. » Puis voici venir sa mère! Il va y avoir un grand combat. Ah Dieu ! etc.

Sa mère la prend par ses tresses qui étaient blondes comme de la laine. Elle la conduit aussitôt de-

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