‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 468 sur 914 · SR RE RER · texte numérisé non relu

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Il suffit qu'en ce fils nous voyons votre image, Etque nousnepouvons lui rendre assez d'hommage”. De ces raisons aussi, me faisant une loi,

J'ai pour lui le respect qu'il dut avoir pour moi.

SIRA

Lui, pour vous!

SIROËS.

Oui, pour moi! L'humeur où je vous treuve * Fait de ma patience une trop rude épreuve; Et votre majesté, parlant sans passion, Loueroit ma retenue et ma discrttion.

Mon père est Cosroès; ma mère fut princesse, Et le degré de l’âge , et le droit de l’aînesse, Et ce que pour l'état j'ai versé de mon sang, Sur lui, sans vanité, m'acquièrent quelque rang * Et mettent entre nous assez de différence Pour devoir l'obliger à quelque déférence.

Mais, madame, cessons cet indigne entretien.

SIRA

Comparez-vous le sang d'Abdenède et le mien ?

SIROËS.

Je sais que sa naissance, à la vôtre inégale,

Ne peut pas se vanter d'une tige royale,

Et qu'avant que la Perse obéit à vos lois,

Vous étiez déjà sœur, fille et veuve de rois.

Mais, avant vous, enfin, vous savez que ma mère Possédoit Ja puissance et le cœur de mon père; Et cet honneur , sans doute, est le plus glorieux Qui sur vous aujourd'hui fasse jeter les yeux.

SIRA

Quand il m'a partagé l'éclat qui l'environne,

J'ai dans son alliance apporté ma couronne ;

D'un sceptre je payai le haut rang que je tiens,

Et j'ai, comme mes jours, joint mes états aux siens. Je lui dus sembler belle avec un diadème ; Abdenède avec lui n'apporta qu'elle-même ;

Et le trésor encor n'étoit pas de grand prix ‘.

+ Hommage devrait être au pluriel.

1 Treuve, au lieu de trouve , a encore été employé par La Fontaine.

; Expression vicieuse, même pour le temps; on n'a jamais dû dire m'acquiert quelque rang, pour m'acquiert quelque supériorité sur lui, ou me met au-dessus de lul.

4 Ce vers est inconvenant et presque ridicule daus la bouche de Sira; un léger changement le rendrait irréprochable :

Je lul seimblai plus helle avec un diadème.

s Vers de comédie tel qu'on en trouve quelquefois dans

Corneille ; cependant le personnage a pu parler ainsi, mais poire scène tragique ne permet pas de pousser la vérité jusque-là.

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SIROËS.

11 faut bien du respect pour souffrir vos mépris !

SIRA

Vous vous plaignez encore après votre insolence ?

SIROËS.

Vous’ne sauriez parler qu'avecque violence.

Cette fureur sied mal au rang que vous tenez.

SIRA

Il sied bien de ranger des esprits mutinés. J'ai raison de venger mon sang de vos outrages ; Et gardez de me faire éclaircir vos ombrages!.…

SIROËS.

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DS ne si contre moi mon père vous écoute, Ma ruine bientôt éclaircira mon doute.

Par le bien qu'il vous veut , sur qui vous vous fiez, Votre fils sur le trône a déjà l’un des pieds,

Et bientôt, par votre aide, il y prorteroit l’autre,

Si son ambition répondoit à la vôtre.

Mais, dans ce grand projet auquel vous l'occupez, Il prévoit le péril des trônes usurpés ;

A leurs superbes pieds il voit des précipices,

Et sait que des tyrans on fait des sacrifices ;

Il sait qu’il est au ciel un maître souverain,

Qui leur ôte aisément le sceptre de la main,

Et dont le foudre est fait pour ce genre de crimes, Pour tomber en faveur des princes légitimes.

Le crime lui plairoit ; mais la punition

Lui fait fermer l'oreille à votre ambition.

SIRA

C'est bien vous déclarer et nous jurer la guerre, Que de nous menacer du ciel et de la terre.

Nous verrons quel effet nous en succédera ; Mais je périrai, traître, ou mon fils régnera.

SIROËS , portant la main à son épée.

Il faut donc que ce fer me devienne inutile, Ce cœur sans mouvement, et ce bras immobile ‘.

« Cette exposition est claire, vive et passionnée.

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