‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 469 sur 914 · ACTE I, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE HI

SIROËS , à part, en Se promenant.

Mis périrai, traître, ou mon fils régnera. »

Qu'ai-je à délihérer , après cette menace ?

Quoi! Mardesane au trône occupera ma place !

Et l'orgueil de sa mère , abusant , à mes yeux,

De l'esprit altéré d'un père furieux,

Par l'insolent pouvoir que son crédit lui donne, Sur quel front lui plaira fera choir ma couronne”! Quel crime vu quel défaut me peut-on reprocher , Pour disposer du sceptre et pour me l'arracher ? Ma mère , ma naissance , en étes-vous coupubles ? D'un sort si glorieux sommes-nous incapables * ? Veut-on, après vingt ans , jusque dans le tombeau, Souiller une vertu dont l'éclat fut si beau?

Non, non, le temps, ma mère, avecque trop de gloire, Laisse encor dans les cœurs vivre votre mémoire : C'est un exemple illustre aux siècles à venir,

Que la haine respecte et ne sauroit ternir.

Mon crime est seulement l’orgueil d'une marûtre, Dont un fils est l'idole, un père l'idolätre;

Et l'hymen, qui l'a mise au lit de Cosroës,

D'un droit héréditaire exclut seul Siroès!

Célestes protecteurs des puissances suprêmes, Vous, dieux, qui présidez au sort des diadèmes, Souverains partisans des intérêts des rois, Soutenez aujourd'hui l'autorité des lois,

Et, d'un tyran naissant détruisant l'insolence ,

A ffermis$ez l'appui d'un trône qui balance *.

PALMIRAS, à Siroës.

Mais soutenez-le, prince , et prêtez-y le bras : Le Ciel est inutile à qui ne s'aide pas.

Quand vous pouvez agir, épargnez le tonnerre ; A vant l'aide du Ciel, servez-vous de la terre, Usez de vos amis, de vous-mêine et du temps, Et donnez seulement un chef aux mécontents.

Sans peine vous verrez votre ligue formée

De ce nombre déjà comptez toute l'armée,

À qui la paix, deux fois refusée aux Romains, Fait d'un juste dépit choir les armes des mains, Et qui, me préférant au chef que l'on envoie,

4 L'ellipse est trop forte, et le vers blesse l'exactitude du laugage.

3 11 faudrait indignes au lieu d'incapables.

3 Balance est employé ici comme le nutat des latins, qui veut dire à la fois chanceler et menacer de tomber ; mais notre langue ne prend pas le mot balancer dans celte acception.

4 Un peu trop familier; mais le vers suivant est hardi d'expression.

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Sous main, embrassera mes ordres avec joie.

Des satrapes encor tout le corps irrité

S'offre à préter l'épaule à votre autorité;

Et tous, unis pour vous de méme intelligence *.. Gardent encore à part leurs sujets de vengeance. A la mort d’Hormisdas les uns intéressés,

De ce grand attentat sont encore blessés,

Et verroient avec joie et d'une ardeur avide

Punir par un second le premier parricide ; D'autres, dépossédés de leurs gouvernements, Attendent pour s'ouvrir les moindres mouvements; Et d'autres, offensés dans leurs propres familles, Dans l'honneur d'une feinme ou celui de leurs filles, Trop foibles pour agir, jusqu'à l'occasion Dissimulent leur haine et leur confusion.

Comme un soleil naissant le peuple vous regarde, Souffre impatiemment relui qui vous retarde Déteste de le voir, si près de son couchant, Trainer si loin son âge imbécile et penchant.

Son esprit , agité du meurtre de son père,

Dedans sa rèverie, à tous propos s'altère,

Et, ne possédant plus un moment de raison,

Ne lui laisse de roi que le rang et le nom.

Le crédit d'une femme en a tout l'exercice:

Toute la Perse agit , se meut par son caprice,

Et bientôt par son fils, qu'elle va couronner,

En recevra les lois que vous deviez donner.

Juge, en votre intérêt, rendez-vous la justice, Ravissez votre bien , qu'on ne vous le ravisse.

Qui peut insolemment prétendre à votre rang,

Par le même attentat en veut à votre sant *.

La reine, qui vous craint, a trop de politique

Pour laisser un appät à la haine publique,

Et, vous chassant du trône, oser vous épargner * : J1 faut absolument ou périr ou régner.

A vouez seulement les bras qu'on vous veut tendre; Quand on peut prévenir, c'est foiblesse d'attendre. Tout le crédit d'un roi, de son trône sorti,

Ne s'étendra jamais à former un parti.

Contre tous ses desseins la Perse soulevée

Ltalera sa haine et publique et privée,

Vengera ses palais et ses forts embrasés,

Ses satrapes proscrits, ses trésors épuisés,

Et le sang que sans fruit les légions romaines ,

En tant d'ocrasions, ont puisé de ses veines *.

‘ 11 fallait mieux rendre la pensée.

2 Ce vers est à biffer tout entier, comme impropre et sans élésance.

s Retarde manque d'élégance.

+ Vers précis ct ferme à la manière de Corneille.

$ Trait remarquable par la force du sens, et suivi d'un vers cornélien.

«Si le style répondait aux pensées, celte tirade serait sans reproche ; mais «lie est bien faiblement écrite.

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