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RODRIGUE
Quatre mots seulement.
ie , ne me réponds qu'avecque cette épée.
CHIMÈNF.
Quoi! du sang de mon père encor toute trempée ! RODRIGUE.
Ma Chimène !
CHIMÈNE
Ote-moi cet objet odieux, Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux.
RODRKIGUE.
Regarde-le plutôt pour exciter ta haine, Pour croître ta colère, et pour häter ma peine.
CH'MÈNF.
Il est teint de mon sang.
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408 DIX-SEPTI Jo | Le RODRIGUE.
sé nes Plonge-le dans le mien, ds Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien ‘. cs | . CHIMÈNE.
“ Ah! quelle cruauté, qui tout en un jour tue > Le père par le fer, la fille par la vue”!
4 Ote-moi cet objet; je ne le puis souffrir : . Tu veux que je t'écoute , et tu me fais mourir! + RODRIGUE.
ya . . . , .
Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l'envie + De finir par tes mains ma déplorable vie; cf Car enfin n'attends pas de mon affection + Un lâche repentir d’une bonne action.
æ __ L'irréparable effet d'une chaleur trop prompte % Déshonoroit mon père, et me couvroit de honte. “> Tusaiscommeun soufflettouche un hommedecæur:
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J'avois part à l'affront : j'en ai cherché l'auteur; Je l'ai vu, j'ai vengé mon honneur et mon père, Je le ferois encor, si j'avois à le faire.
Ce n'est pas qu'en effet contre mon père et moi Ma flamme assez longtemps n'ait combatttu pour toi. Juge de son pouvoir : dans une telle offense,
J'ai pu délibérer si j'en prendrois vengeance;
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“je Réduit à te déplaire ou souffrir un affront,
+» J'ai pensé qu'à son tour mon bras étoit trop prompt ; g Je me suis accusé de trop de violence,
“ Et ta beauté, sans doute, emportoit la balance,
% A moins que d'opposer à tes plus forts appas
s Qu'un homme sans honneur ne te méritoit pas ;
‘© Que, malgré cette part que j'avois en ton âme,
se Qui m'aima généreux me haïroit infime ;
Qu'écouter mon amour, obéir à sa voix,
C'étoit m'en rendreindigne, et diffamer ton choix *.… Mais, quitte envers l'honneur, et quitte envers mon père, C'est maintenant à toi que je viens satisfaire ; C'est pour L'offrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois; J'ai fait ce que j'ai dù, je fais ce que je dois ;
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* Le désespoir n'a point de réflexions si fines, et j'oserais dire
: si fausses: uue épée cst également rougie de quelque sang que tu ce soit. :
. ? Ontre la dureté du premier hémistiche, il y a encore là une espèce de recherche et d'antithèse qui convieut peu à la donleur. Cependant le vers qui suit diminue beaucoup l4 faute, en expliquant bien la pensée.
s Jlyaici quatre vers faibles, languissants et, de plus, inutiles.Corneiils et beaucoup d'autres auteurs,meéeme parini les plus versés dans l'art d'écrire , auraient gagné heancnup à faire euxmèmes des suppressions dans leurs écrits. Les lecteurs, en s'appliquant à juger ce que ces auteurs ont laissé de trop dans certaines parties, seront étounés des beautés qui jaillissent quelquefois du rapprochement des choses mal à propos séparées.
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Je sais qu'un père mort t’arme contre mon crime ; Je ne t'ai pas voulu dérober ta victime :
Immole avec courage au sang qu'il a perdu
Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.
CHIMÈNE
Ah! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie, Je ne puis te blâmer d'avoir fui l’infamie ;
Et, de quelque facon qu'éclatent mes douleurs, Je ne t'accuse point : je pleure mes malheurs. Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage, Demandoit à l'ardeur d'un généreux courage. Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien '; Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien. T'a funeste valeur m'instruit par ta victoire; Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire :
Mème soin me rezrarde, et j'ai, pour m'affliger , Ma gloire à soutenir et mon père à venger.
Hélas ! ton intérêt ici me désespère.
Si quelque autre malheur m'avoit ravi mon père, Mon äme auroit trouvé dans le bien de te voir L'unique allégement qu'elle eût pu recevoir,
Et contre ma douleur j'aurois senti des charmes , Quand une main si chère eût essuyé mes larmes. Mais il me faut te perdre, après l'avoir perdu : Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû, Et cet affreux devoir, dont l'ordre m'assassine, Me force à travailler moi-même à ta ruine;
Car enfin, n’attends pas de mon affection
De lüches sentiments pour ta punition.
De quoi qu’en ta faveur notre amour m'entretienne, Ma générosité doit répondre à la tienne ;
Tu t'es, en m'oftensant, montré digne de moi
Je me dois par ta mort rendre digne de toi *
RODRIGUKE
Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne : Il demande ma tète, et je te l'abandonne ;
Fais-en un sacrifice à ce noble intérèt;
Le coup m'en sera doux , aussi bien que l'arrêt. Attendre, après mon crime, une lente justice, C'est reculer ta gioire, autant que mon supplice. Je mourrai trop heureux, mourant d'un coup si beau.
CHIMÈNE
Va, je suis ta partie, et non pas ton bourreau. Si tu ni'offres ta tête, est-ce à moi de la prendre? Je la dois attaquer; mais tu la dois défendre; C'est d'un autre que Loi qu'il me faut l'obtenir, Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.
4 Inversion forcée.
* Quoiqu'on puisse reprendre encore dans ce passage la faute de tourner toujours en raisonnements les choses de sentiment, cependant la passion parle ici un langage touchant et vrai.