‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 511 sur 914 · F5 9 9.0 Q © 9 9 9 6 © DR RS · texte numérisé non relu

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cité d'un enfant. Vigneuil - Marville, ou plutôt D. Rona-

venture d'Argone, raconte que « la première fois qu'il le vit, il le prit pour un marchand de Rouen. Sa conversation était si prsante , ajoute le même écrivain , qu'elle devenait à charge dès qu'elle durait un peu. » Si l'on n'avait,à cet égard, qu'un si faible témoignage, il serait très-perimis de douter ; mais La Bruvère, Fontenelle, tous ceux qui ont pu connaitre Corncille ou fréquenter des personnes qui l’avaicnt connu , ont parlé de ses manières et de sa conversation comme ke prétendu Vigneuil- Marville, Enfin Corneille lui-méme s'exprime comme Fontenelle et La Bruyère. Dans un billet à Pélisson , il dit , avec la candeur d'un amour-propre naïf, d'une modestie sans feinte :

Ft l'on peut rarement m'écouler sans ennul, Que quand je me produis par la boucbe d'autrul.

Cet aveu est décisif; mais il doit peu nous surprendre. Paur causer avec finesse et avec grâce, il ne suflit pas de penser avec noblesse et profondeur : il faut avoir vécu dans un monde élégant ; il faut surtout posséder ce charme heureux de l'à-propos, cette fleur d'imagination, cet esprit prime-sautier, comme le nommait Montaigne, dons aimables qu'on a vus emhellir quelquefois le génie, mais que le génie lui-méme ne suppose pas toujours. À ses manières communes , Corneille joignait encore une brusquerie d'humeur, une apparente rudesse, qui pouÿaient, au prenier aspect , donner de son caractère une idée peu favorable. C'est uu reproche qu'il partage avec le héros du mème siècle le plus célèbre par sa bonté. Au fond, l'âme de Corneille, comme celle de Tureone , renfermait l'humanité, la douceur, la conliante amitié. 11 fut bon fils, bon époux , bon père. 11 put avoir des défauts ; mais on ne lui connut point de vice. 1] conserva des goùts simples, parce qu'il avait des mœurs pures ; il sut goüter les douceurs de la vie domestique , et trouver son bonheur dans ses devoirs. Son frère et lui couraient la même carrière :; ils avaient épousé les deux sœurs, et, sans arrangement de fortune, sans partage de successions, les deux ménages con'ondus ne firent qu’une même famille, tant que vécut l'ainé des deux frères. Ce ne fut qu'après sa mort qu'ils songèrent à connaitre leurs droits et à discuter leurs intéréts. Reçu à l'Académie française, en 1647, à la place de Maynard , Corneille était doyen de la compagnie ct âgé de soixante-dix huit ans, lorsque, le 1°" octobre 1684, il fut enlevé à la France , qui lui donna le nom de grand, « non-seuleinent pour le distinguer de son frère , mais du reste des homnies. » Dès longtemps admiré avec enthousiasme , il avait été mis à sa place, et, par une rare exception , sa mort n’ajoula rien à sa renommée. Cependant son siècle le sentit, plutôt qu’il ne sut le juger. La Bruyère mettait VEdipe sur le méme rang qu'Horace. Baillet disait que d'Aubignac semblait être placé près de Corueille pour l’obliger à marcher droit, et ce d’'Aubignac imprimait que la tragédie de Théodore était le chef-d'œuvre de Corneille. Voilà les jugements contemporains. C’est l’histoire de tous les siècles et de toutes les renommées. Ceux qui devaient le mieux juger, et qui jugèrent en effet avec le plus de justesse, non - seulement les ouvrages, mais le génie de ce grand homme , furent, comme on sait, Mo- Etre, Despréaux, qui cependant parut le méconnaitre

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cp de une fois, et Racine, qui, directeur de l'Académie à l'é- ! tiennent aux mystères d’un art qu'il connaissait si bien. Je poque de la mort de son maitre, dut aux circonstances le L'auteur du Cours de lillérarure, moius habile ou moins “e bonheur de lui rendre un noble bommage. Dans le dix- heureux dans son anal\se de Corneille que dans celles + buitiéme siècle, la critique littéraire s'étant étendue et de Racine et de Voltaire, n’a souvent fait que reproduire, . perfectionnée, en se formant une langue plus rigoureu- dans un style agréable et de bon goût, mais un pen traiseinent exacte et dont les expressions étaient mieux déli- nant et négligé, les principales remarques de lillustre <s hies, On apprit généralement à raisopner son admiration , commentateur. M. Palissot, en les insérant toutes dans se et les grands écrivains de l’âge précédent obtinrent une son utile édition des OEurres complètes de Corneille, y a . justice plus flatteuse. Voltaire, à qui l'on devait surtout joint des notes intéressantes , des éclaircissements néces-

cette heureuse révolution ‘dans le langage de la critique, en donnant une édition du Theédtre de Côrneille, en 1764, # yjoignit un Commentaire qui est peut-être encore aujoures d'huice qu'on a écrit de plus ulile sur l'art et la poésie

% dramatiques. LI s’en faut bien cependant que ee précieux ae Commentaire soit toujours exempt d'erreurs, et méme co d'erreurs très - graves. Voltaire partageait l'opinion de ceux qui accordent une préférence presque exclusive à ces “ie touchantes infortunes et à ces combats du cœur, qu'ilavait ce Jui-méme su peindre avec tant de charme et d'éclat. Ceite

prévention dut le rendre n'oins sensible à des beautés d'une autre nature, l'empêcher même quelquefois de me-

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surer dans toute leur étendue, de pénétrer dans toute leur 2 profondeur, des combinaisons d'un autre ordre; et cela se seul peut expliquer comment Voltaire, analysant Cords

neille, a pu laisser beaucoup de travail aux critiques à venir. Ce qui étonne surtout, c'est que Voltaire a paru plus d'une fois méconnaitre entièrement des beautés qui

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