‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 510 sur 914 · FOLIES EZ · texte numérisé non relu

FOLIES EZ

3 0 CRE

vir de l'expression de César! Il semble que Corneille ait toujours eu l'intention d'agrandir, de fortifier le cœur des feinmes , et de donner ainsi aux héros des compagnes di- J gnes de les entendre et de les imiter. Ce but moral se “ Montre partont dans son théâtre. Entrainé par l'esprit de ns son siècle , il a mis beaucoup d'amour dans ses ouvrages; % mais son génie sévère n’a jamais voulu souffrir que cette % passion et ses faiblesses occupassent le premier rang : il + aurait craint de passer pour un corrupleur en s'appli- 2 quant à toucher les cœurs par de molles peintures, qui Ne sont propres qu'à augmenter l'empire d'uuc passion déjà trop habituée à commander en souveraine à toutes les autres. On conçoit bien que des hommes comme les Bossuct et les Bourdaloue aient pu s'alarmer des dangereuses séductions de la muse de Racine; mais comment n'ont-ils pas compris que le grand Corneille tenait école de raison, de grandeur d'âme, de morale et de politique,

DETTE TOUOT

æ et que telle de ses pièces était la plus éloquente des prése dications ? La tragédie de Corneille ne peut gâter le cœur sa et l'esprit de personne : c'est là un beau titre de gloire. ee Quant au mérite de la varicté, on ne saurait le contester à l'auteur de tant de pièces, dont aucune ne ressemble % à l’autre. Si elles ont toutes un type commun , elles diffèrent par la physionomie , par les formes ct par les caracde tères. Corneille a voulu que la tragédie ne füt pas moins que la comédie une image de la vie humaine, et il a sou- “% vent donné à Melpomène quelque chose de la naïveté que ME à + Thalie conserve, même lorsque parfois elle élève le ton. cs Égaré par Lucain et Sénèque, entrainé par son propre % penchant, il prend l'enflure pour la grandeur , la déclaoo mation pour l’éloquence , et alors il manque de vérité; mais bien plus souvent encore , ilest naturel et simple, et % .méle des choses de notre ancienne langue aux expres- > sions, aux tours de la nouvelle qu'il contribua à former. Alors son style et son dialogue surtout font illusion : on . croit entendre parler les personnages eux-mêmes, té- 4%, moins le Cid, Horace, Auguste, Cinna, Polyeucte, Pau-

line et Sévère. Je n'en dirais pas autant de Médée, d'Émilie , de Viriate, de Cornélie, qui déclament et visent à l'effet, dans de pompeuses tirades. Avec beaucoup de sens, une raison supérieure et du génie, Corneille avait malheureusement du bel esprit , du faux esprit et un goût qui n'était pas sûr. Ces défauts étaient dans sa nature ; on les aurait trouvés en lui, méme quand la langue eût été arrivée, de son temps , au point de perfection auquel Racine l'a portée. Cependant , même sous le rapport du style, on ne peut lui refuser des créations qui font d'un certain nombre de morceaux et de scènes de ses ouvrages dramatiques des modèles de l’art d'écrire en vers, et de faire parler les passions avec une vive éloquence. Racine disait

STARS TLITNEEEI ERA]

eg È

“ à ses enfants : « Corneille fait de bien plus beaux vers ® que les miens, « ctilavait raison. Peut-être, dans le fond < de sa conscience littéraire, s’avouait-il à lui - méme que a Corneille avait porté la tragédie à une hauteur divine, et - et que lui Racine, désespérant d'y atteindre, l'avait fait Je descendre parmi nous , et réduite à des proportions plus modestes, pour qu'elle fût davantage à la portée coimx »] q (4 portee « mune. Aussi les dmes, montées au ton de Corneille, cu- Lo rent-elles de la peine à se faire à la tragédie de Racive, je plus noble, plus tendre et moins fière.

of Ce Corneille, si grand au théâtre, ne portait, dit-on, > dans le monde que des nianières communes et Ja simplilo

Page 1