‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 514 sur 914 · RES SSSR ESS TEL TES · texte numérisé non relu

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Albe, où j'ai commencé de respirer le jour,

Albe, mon cher pays et mon premier amour, Lorsqu'entre nous et toi je vois la guerre ouverte, Je crains notre victoire autant que notre perte. Rome, si tu te plains que c'est là te trahir, Fais-moi des ennemis que je puisse hair *.

Quand je vois de tes murs leur armée et la nûtre, Mes trois frères dans l'une et mon mari dans l'autre, Puis-je former des vœux, et, sans impieté , Importuner le Ciel pour ta félicité ?

Je sais que ton état, encore en sa naissance ,

Ne sauroit sans la guerre affermir sa puissance ; Je saisqu'il doit s'accroitre , et que tes grands destins Ne le borneront pas chez les peuples latins ;

Que les dieux t'ont promis l'empire de la terre,

Et que tu n'en peux voir l'effet que par la guerre : Bien loin de m'opposer à cette noble ardeur,

Qui suit l'arrêt des dieux, et court à ta grandeur, Je voudrois déjà voir tes troupes couronnées

D'un pas victorieux franchir les Pyrénées.

Va jusqu'en l'Orient pousser tes bataillons,

Va sur les‘ bords du Rhin planter tes pavillons, Fais trembler sous tes pas les colonnes d'Hercule ; Mais respecte une ville à qui tu dois Romule. Ingrate, souviens-toi que du sang de ses rois

Tu tiens ton nom, tes murs et tes premières lois. Albe est ton origine; arrête, et considère

Que tu pories le fer dans le sein de ta mère. Tourne ailleurs les efforts de tes bras triomphants; Sa joie éclatera dans l'heur de ses enfants ;

Et, se laissant ravir à l'amour maternelle,

Ses vaux seront pour toi, situ n'es plus contre elle *.

‘« Voyez comme ces vers sont supérieurs à ceux du c0mmencement : c'est ici un sentiment vrai; il n'y a point à de lieux

commons , point de vaines sentences, rien de recherché, bi ”

dans les idées, ni dans les expressions. A{be, mon cher pays ; c'est la nature seule qui parle. Cette comparaison de Corneille avec lui-même formera mieux le goût que toutes les poétiques. » : VOLTAIRE.

» Ce vers admirable est demeuré proverbe.

* £xcepté le vers :

Et se latssont ravir à l'amour matcrnelle,

où Voltaire, un peu trop sévère peut-êire pour un poëte, trouve un solécisme de phrase et quelque chose d'équivaqne, tout ce morceau est ferme, noble, précis et d’une sensibilité vraie. Corueille s’autorise ici de cette idée, répandue partout dans les écrivains de Rome, que cette ville, dès ses premiers commencements , eut le pressentiment de sa future grandeur, ct que les femmes elles-mêmes étaient pénétrées d'une haute confiance dans les promesses du destin à leur pays. Miis, sous le bon roi Tulle, à l'époque où Rome était de bois, Sabine co :naissait - clle l'Orient, les Pyrénées, le Rhin et les colonnes d'Hercule? Elle a pu eutendre parler des travaux d'Herculc, dont le culte avait été apporté par Évandre, et conservé par Romulus, comme le dit Tite-Live ; mais je n’en crains pas moins que Sabine ne laisse trop apercevoir Corneille dans les magnifiques vers qu'elle prononce. Ajontons que la condition des

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