ACTE II, SCÈNE I
HORACE
ES de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Ron:e, Voyant ceux qu'elle oublie et les trois qu'elle nomme. C'est un aveuslement pour elle bien fatal,
D'avoir tant à choisir et de choisir si mal.
Mille de ses enfants, beaucoup plus dirrnes d'elle, Pouvoient bien mieux que nous soutenir sa querelle ; Mais, quoique ce combat me promette un cercueil, La gloire de ce choix m'enfle d'un juste orgueil ; Mon esprit en concoït une mâle assurance ;
J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance ; Et du sort envieux quels que soient les projets,
Je ne me compte point pour un de vos sujets.
Rome a trop cru de moi; mais mon âme ravie Rembplira son attente ou quittera la vie.
Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement ; Ce noble désespoir périt malaisément '.
Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette, Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.
CURIACE
Hélas! c'est hien ici que je dois être plaint !
Ce que veut mon pays, mon amitié le craint.
Dures extrémités, de voir Albe asservie,
Ou sa victoire au prix d'une si belle vie,
Et que l'unique bien où tendent ses désirs S'achètent seulement par vos derniers soupirs! Quels vœux puis-je former, et quel bonheur attendre? De tous les deux côtés j'ai des pleurs à répandre;
De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.
HORACE
Quoi! vous me pleureriez mourant pour mon pays”! Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes ; La gloire qui le suit ne souffre point de larmes,
Et je le recevrois en bénissant mon sort,
Si Rome et tout l'état perdoient moins en ma mort,
poëtes dramatiqurs serait bien dure si l'on examinait tout chez Cux avec cette sévérité.
4 Un noble désespoir qui péril malaisément n'offre pas un sens clair. Ce vers est le seul qu'on puisse reprendre daus cette tirade.
Roimarquous que cet Horace, si modeste d'abord, et que l'amour de la patrie élève ensui'e jusqu'a l'espoir de vainc:e nn rival redoutable, est celui qui triomphera des trois Curiaces :
Pour nous donner beaucoup I! ne promet que peu. C'est le caractère de la force, de la grandeur et du courage.
? Par ce beau vers et par ceux qui le suivent, Horace répond avec uue héruique simplicité à la tendre arnitié de Curiace.
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