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Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.
L'ambition déplaît quand elle est assouvie", D'une contraire ardeur son ardeur est suivie ;
Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir , Toujours vers quelque objet pousse quelque désir, Il se ramène en soi, n'ayant rien où se prendre, Et, monté sur le faite, il aspire à descendre *. J'ai souhaité l'empire, et j'y suis parvenu ;
Mais , en le souhaitant, je ne l'ai pas connu. Dans sa possession j'ai trouvé pour tous charmes, D'effroyables soucis , d'éternelles alarmes,
Mille ennemis secrets, la mort à tout propos, Point de plaisir sans trouble et jamais de repos” . Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême ;
Le grand César mon père en a joui de même :
D'un œil si différent tous deux l'ont regardé, Que l'un s'en est démis, et l’autre l'a gardé;
milieu entre l'enflure et la simplicité. 11 faut avouer que Corneille a quelquefvis passé les bornes. »
Me permettra-t-on de combattre ici une grande autorité ? Féoelon dit une chose vraie ; mais il me semble l'appliquer mal : c'est dans quelques autres de ses ouvrages que Corneille a manqué de vérité dans le portrait des Romains. Ici, sauf la petite faute du débnt. le poëte ne mérite que des éloges. En effet, fidèle à La tradition sur Auguste, qui parlait avec simplicité. quoiqu'il fût ami des lettres et qu'il eût cultivé l'éloquence avec succès, le poëte lui a prêté avec un art infini, avec un sentiment exquis de toutes les convenances , un langage noble, simple, familier quelquefois jusqu'à la bonhomie, et dans lequel pourtant de beaux traits éciatent sans dissonance, comme il arrive dans la conversation où l'on prend naturellement tous les tons sans y penser. Voltaire dit avec rai. son : « Lorsque Auguste examinait avec Agrippa et avec Mècène s'il devait conserver ou abdiquer la puissance , c'était dans des occasions critiques qui amenaicent naturellement cette délibération, c'était dans l'intimité de la conversation , c'était dans des effusions de cœur.» Comment ces réflexions ne l'ont-elles pas conduit à louer dans Corneille le genre de mérite que je viens de remarquer? Comment n'a-t-il pas été assez atteutif pour mieux défendre ici son maître? Du reste il ajoute judicieusement : «Peut-être cette scène eût-elle été plus vraisemblable, plus thé4trale , plus intéressante, si Auguste avait commencé par traiter Cinna et Maxime avec amitlé, s'il leur avait parlé de son abdication comme d'une idée qui leur était déjà connue... Il serait mieux , j'en conviens , que cette scène eût pu être préparée ; mais le fond est toujours le même, et les beautés de détail, qui seules peuvent faire les succès des poëtcs, sont d'un genre sublime. »
4 «Ces maximes générales sont rarement convenables au théätre, mais ici elles sout à leur place. La passion et le danger n'admettent point les maxiwes : Auguste n'a point de passion, et n'épronve point ici de dangers: c’est un homme qui réfléchit, et ces réflexions mêmes serveut encure à justifier le projet de renoncer à l'empire. Ce qui ne serait pas permis dans une scène vive et passionnée est ici admirable. » VOLTAIRE.
Ajoutons que l'occasion était belle de s'abarnidonner à des déclamations philosophiques, et que Corneille a sagement évité cet écueil pour ne nous laisser voir que l'état de j'âme d'Auguste atteinte d’un certaln eunni du pouvoir.
* Racine admirait beaucoup ce vers et le faisait admirer à ses enfants.
3 J1 est curieux de voir, d'entendre le maître du monde plus
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Mais l'un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille, Comme un bon citoyen au milieu de sa ville"; L'autre , tout débonnaire , au milieu du sénat,
A vu trancher ses jours par un assassinat.
Ces exemples récents suffiroient pour m'instruire, Si par l'exemple seul on se devoit conduire :
L'un m'invite à le suivre, et l'autre me fait peur. Mais l'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur; Et l’ordre du destin , qui géne nos pensées”,
N'est pas toujours écrit dans les choses passées : Quelquefois l'un se brise où l'autre s'est sauvé,
Et par où l'un périt un autre est conservé. . Voilà, mes chers amis, ce qui me met en peine. Vous, qui me tenez lieu d’Agrippe et de Mécène, Pour résoudre ce point , avec eux débattu ,
Prenez sur mon esprit le pouvoir qu'ils ont eu.
Ne considérez pas cette grandeur suprême, Odieuse aux Romains, et pesante à moi-même ; Traitez-moi comme ami, non comme souverain.
Rome, Auguste, l'état, tout est en votre main ”.
malheureux que le panvre bûcheron de La Fontaine, voulant déposer comme lui son fardeau , et s'exprimant à peu près de la méme manière que l'infortuné qui s'écrie en regardant sa vie avec douleur :
Quel plaisir a-t-li eu depuis qu'il est au monde ? En est-il un plus pauvre en la machine ronde? Point de paln quelquefois, et jamais de repos.
11 manquait à Racine lui-même quelque chose d'assez simple pour oser être naïf à ce point. Napoléon, en causant sur Corpeille avec Talma, lui répétait sans cesse que les grands hommes parlaient presque toujours simplement et comme tout le monde, non-seulement dans la vie commune, mais encore dans le conseil et sur les plus importantes affaires. Nos poëtes tragiques ont trop méconau cette vérité d'observation.
4 Encore un exemple de cette naïveté d'autant pins précieuse ici qu'elle fait ressortir de fa manière la plus expressive l'étunnaute sécurité, ainsi que l'étrange fortune de l'homme qui a osé abdiquerle pouvoir souverain après tant de barbaries. et pu vivre et mourir non-seulement tranquille, mais aimé!!! Quel coup de pinceau ! Que de réflexions il suggère sur le caractère de Sylla, sur la patience des Romains et l'état de La république. On sent que Montesquieu avait bien la ce passage de Corneille, lorsque. dans le dialogue d'Eucrate, le diotateur explique ainsi lui-même les causes de sa sécurité après son abdication : « Si j'avais gouverné les Romains avec douceur. quelle merveille que l'ennui, que le dégoût , qu'un caprice m'eussent fait quitter le gouvernement ? mais je me suls démis de la dictature dans le temps qu'il n'y avait pas un seul homme dans l'univers qui ne crût que la dictature était mon seul asile. J'ai paru devant les Romains citoyen, au milieu de mes concitoyens, et j'ai osé leur dire : Je suis prêt à rendre compte à tout le mo:.de de tout te sang que j'ai versé pour la république ; je répondrai à tous ceux qui viendront me demander leur père, leur fils ou leur frère. Tous les Romains se sont tus devant mui. »
2: « Corneille a voulu dire : Le destin que nous cherchons à connaitre n'est pas toujours écrit dans les événements passés qui pourraient nous instruire. » VOLTAIRE.
5 La fin de ce discours offre tout à fait l'accent d'une amitié
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