ACTE IT, SCENE HI
FÉLIX
Dre telle insolence avoir osé paroitre "!
En public! à ma vue! il en mourra, le traître!
PAULINE
Souffrez que votre fille embrasse vos genoux.
FÉLIX
Je parle de Néarque, et non de votre époux. Quelque indigne qu'il soit de ce doux nom de gendre, Mon âme lui conserve un sentiment plus tendre; La grandeur de son crime et de mon déplaisir
N'a pas éteint l'amour qui me l'a fait choisir.
PAULINE
Je n'attendois pas moins de la bonté d’un père.
FÉLIX
Je pouvois l'immoler à ma juste colère ;
Car vous n'ignorez pas à quel comble d'lorreur De son audace impie a monté la fureur :
Vous l'avez pu savoir du moins de Stratonice.
PAULINE
Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.
FÉLIX
Du conseil qu'il doit prendre il sera mieux instruit Quand il verra punir celui qui l'a séduit.
Au spectacle sanglant d'un ami qu'il faut suivre, La crainte de mourir et le désir de vivre Ressaisissent une âme avec tant de pouvoir,
Que qui voit le trépas cesse de le vouloir.
L'exemple touche plus que ne fait la menace; Cette indiscrète ardeur tourne bientôt en glace * ; Et nous verrons bientôt son cœur inquiété :
Me demander pardon de son impiété.
ble de la belle âme de Pauline, trouble qni ne cessera pas de s’accroitre jusqu'au dernier moment. On remarquera sans peine que cet admirable morceau est presque sans tache, comme il est sans faste et sans ambition. Corneille donne ici un précieux exemple de la mesure que l'auteur tragique doit garder quand il vent observer les mœnrs d'un personnage en le faisant p«rler. La richesse des coulenrs et la haute poésie du langage de la superbe Athalie ne conviendrait pas à la vertueuse Pauline, accoutumée à garder en tout la retenue et la modestie de son sexe.
‘ « Ce vers n'est pas français. » VOLTAIRE.
PAULINE
Vous pouvez espérer qu'il change de courage?
FÉLIX
Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage.
PAULINE
Ji le doit; mais , hélas! où me renvoyez-vous ? Et quels tristes hasards ne court point mon époux, Si de son inconstance il faut qu'enfin j'espère Le bien que j'espérois de la bonté d'un père?
| FÉLIX
Je vous en fais trop voir, Pauline, à consentir Qu'il évite la mort par un prompt repentir.
Je devois même peine à des crimes semblables, Et, mettant différence entre ces deux coupables, J'ai trahi la justice à l'amour paternel; Je me suis fait pour lui moi-même criminel, Et j'attendois de vous, au milieu de vos craintes, Plus de remerciments que je n’entends de plaintes.
PAULINE
De quoi remercier qui ne me donne rien ?
Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chrétien. Dans l'obstination jusqu'au bout il demeure : Vouloir son repentir , c'est ordonner qu'il meure.
FÉLIX
Sa grâce est en sa main; c'est à lui d'y rêver.
PAULINE
Faites-la tout entière.
FÉLIX
Il la peut achever.
PAULINE
Ne l'abandonnez pas aux fureurs de sa secte.
FÉLIX
Jel'abandonne aux lois, qu'il faut que je respecte. PAULINE.
Est-ce ainsi que d'un gendre un beau-pèreestl'appui? | FÉLIX.
Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui". PAULINE.
Mais il est aveuglé.
1‘ « Ce vers est un barbarisme : on dit autant que, et mon pas autant comme moi. Soi ne se dit qu'à l'indétini : il faut faire quelque chose pour soi ; il travaille pour lui. »
VOLTAIRE
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