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Conserver un rival dont vous êtes jaloux,
C'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous. Et si ce n'est assez de votre renommée,
C'est beaucoup qu'une femme, autrefois tant aimée, Et dont l'amour peut-être encor vous peut toucher, Doive à votre grand cœur ce qu'elle a de plus cher. Souvenez-vous enfin que vous êtes Sévère.
Adieu. Résolvez seûl ce que vous devez faire :
Si vous n'êtes pas tel que je l'ose espérer ,
Pour vous priser encor je le veux ignorer ‘.
« Cette prière est un mélange heureux de grandeur d'âme, de confiance dans Sévère, de réserve, d'abandon, et pourtant de diguité; on y trouve, dans une mesure parfaite, le sentiment du pouvoir d'un premier amour, l'innocent empire dont la fidélité la plus pure peut user sans alarme, surtont pour sauver les jours d'un époux , et enfin l'accent de l'éloquence naturel à un sexe fait pour aimer, prier et toucher.
C'est une admirable création que celle de Pauline. Racine, qu'on a nommé le pein're des femmes, n'en a pas une qui puisse supporter la comparaison avec celte âme élevée, modeste, pure, profondément sensible, et pourtant maîtresse d'elle-même, et incapable de faillir , qu'ou peut proposer pour modèle à tout son sexe.
Polyeucte , qui adore cette femme presque divine, et se déchire le cœur en se séparant d'elle pour voler au supplice, me paraît la plus parfaite image de l'enthousiasme d'un nouveau chrétien qui croit monter au ciel par le martyre. 11 y a surtout en lui une foi ardente, une ferveur de zèle, un enthousiasme d'élu, que Corneille n'a pn puiser que dans une étude attentive des temps du christianisme aux prises avec la persécution, et dans un profond sentiment religieux. Quand un grand écrivaio trouve en lui-même des rapports avec les choses qu'il veut peindre , la sympathie et la conviction fournissent de merveilleux secours à son génie. Pendant tout le temps de la création du chef-d'œuvre, Corneille a été Polyeucte. C'est aussi dans sa belle âme et dans cette grandeur morale, le type de la tragédie telle qu'elle devait être suivant lui, qu'il a trouvé le rôle de Pauline et celui de Sévère, si dignes l'un de l'autre. qu'on ne peut les voir ensemble sur la scène sans regretter que deux êtres si pareils, quoique avec les différences nécessaires à l'harmouie des rapports entre un homme et une femme, n'aient pas pu joindre leurs destinées, pour montrer à la terre le spectacle de deux époux unis par le plus ardent amour et par la plus haute vertus sous les auspices de la gloire. Et remarquez bien que par une délicatesse de l'art qui a passé presque inappercue. même aux yeux de Voltaire, Polyeucte a conçu luiméme cette idée des deux personnages ; Polyeucte , près de mourir, se dit : « Ils étaient faits l'un pour l'autre; ils ont la même vertu, la même âme ; ils s'aiment encore , quoique tous deux fidèle au religieux sentiment du devoir : unissons-les. C'est une belle action pour couronner ma vie mortelle avant de l'offrir à mon Dieu. » De ces réflexions sort le généreux et dernier sacrifice qu'il veut faire en cédant Pauline à Sévère :
Possesseur d’un trésor dont je n'étais pas digne, Souffrez, svant ma mort, que je vous le résigue,
Et laisse la vertu la plus rare à nos yeux
Qu'‘une femme jamais put recevoir des cieux
Aux mains du pius vaillant et du plus honnête hommo
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