‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 56 sur 914 · MORALITÉ · texte numérisé non relu

MORALITÉ

Cis example est des orgueillox Ki de grant pris sunt desirrox ; Par lusenger e par mentir, Les puet-um bien à gré servir.

Le lur despendent folement Pur fause loange de la gent.

Marie de France est la première femme qui ait fait des vers français, ou la première du moins dont il nous en soit parvenu; elle peut être regardée comme la Sapho de son siècle. Il est à regretter que , dans aucun de ses nombreux ouvrages , elle ne nous ait rien appris sur sa vie. Cependant elle occupe un rang distingué parmi les poëtes anglo-normands, dans les écrits desquels on devait espérer de trouver quelques renseignements sur ce qui la concerne…

Marie naquit en France : son surnom l'indique ; mais elle a laissé ignorer dans quelle province elle avait reçu le jour , et les raisons qui l'avaient déterminée à passer en Angleterre, où il paraît qu'elle résidait dès le commencement du treizième siècle. Il y a tout lieu de croire que Marie était née dans la Nurmandie. Philippe - Auguste se rendit maître de cette province en 1204, et nombre de familles normandes, soit par motif de parenté avec des familles établies en Angleterre, soit pour y former de nouvelles entreprises, soit enfla par attachement au gouvernement anglais, allèrent s'établir dans la Grande-Bretagne. Il est à présumer que les mêmes raisons avaient eugagé Marie à se retirer dans ce royaume, où elle suivit sans doute ses parents. Si cette opinion n'était pas adoptée, il serait impossible de fixer dans quelle autre province de la France, sous la domination des Anglais, on pourrait placer le lieu de la naissance de cette femme célèbre,

* Tieux, tel, pareil, sensblable.

2 Per, pareil.

“ Los, valeur, prix.

* Le laissa tomber.

5 Ot sun talent, il eut ce qu'il voulait.

* Par tromperie et par mensonge.

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Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le renard s'en saisit , et dit : « Mon beau monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute :

Cette leçon vaut bien un fromage , sans doute. » Le corbeau, honteux et confus, Jura , mais un peu tard, qu’on ne l'y prendroit plus.

La FONTAINE (livre Ler, fable 31.)

Nous avons cru devoir mettre ici en regard le texte de La Fontaine , plutôt qu'une traduction littérale. Nos lecteurs comprendront aussi bien les paroles de Marie de France, el cette disposition aura du moins l’avantage de leur montrer plus clairement combien notre inimitable fabuliste est supérieur sans doule à nos anciens auteurs, mais au:si cependant combien il leur a emprunté.

parce que son langage ne ressemble ni au gascon, ni au poitevin, ni au provençal, ni à aucun des idivmes usités dans le midi de la France. Il paraît, au contraire, que la langue de la Basse - Bretagne lui était très-familière , sans qu'on en puisse conclure cependant que Marie füt née daus ceite province... Elle connaissait bien la littérature bretonne , et j'aurai l’occasion de faire remarquer qu'elle a emprunlé les sujets qu'elle a traités aux écrivains de la Basse-Bretagne.

Il est possible aussi que ce soit en Aogicterre que Marie ait acquis ses connaissances dans les langues armoricaine et anglaise. Elle était également versée dans la littérature l:tine, et sentait quels avantages elle pourrait retirer de cette littérature, appliquée aux autres langues. C’est sans doute ce qui lui avait donné cette vivacité, cette finesse de tact et de discernement , ce style élevé et soutenu que l’on remarque dans ses ouvrages. Marie prévient qu'elle employa plusieurs'années pour acquérir ces diverses qualités de l'écrivain. Du reste, ses écrits ne jettent aucuue clarté sur sa vie privée, sur le nom et sur le rang de sa famille.

On igaore pour quelle raison Marie a parlé aussi peu de sa personne : on ne peut croire qu’en se nommant dans plusieurs de ses poésies, elle ait voulu trausmettre son nom à la postérité. En effet , si elle eût été la pensée de Marie, elle serait entrée dans de plus grands détails : il faut en conclure que son but était uniquement d'empécher que ses productions ne fussent attribuées à d'autres, et de recueillir, de son vivant, la portion d'éloges qui lai était due à si juste titre.

Les premières productions de Marie de France sont une collection de lais en vers français, qui renferme plusieurs histoires ou aventures galantes arrivées à de vaillants che-

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