‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 57 sur 914 · EE EE · texte numérisé non relu

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valiers. Ces lais, composés suivant l'usage du temps, sont généralement remarquables par le récit de quelques singulières catastrophes.

Les romans de chevalerie des anciens Gallois et des Bas-Bretons semblent avoir fourni à Marie les différents sujets de ses lais. Il parait encore que les productions de ces peuples fureut l’objet continuel de ses lectures, avant qu'elle n’écrivit ses poésies. Il paraît aussi que, douée d'une mémoire heureuse, elle comptait sur sa facilité à retenir ; car elle dit avoir mis en vers des sujets qu'elle avait entendu conter ou simplement réciter il y avait longtemps; peut-è.re qu'en les rimant elle les corrigeait, les changeait , et quelquefois mème elle les continuait différemment.

Sa réputation s’accrut bien davantage , lorsqu'elle joigait à ses compositions des réflexions sur l'amour et sur les diverses émotions qu’il nous donne, sur la chevalerie et les actes de valeur que la beauté inspirait aux guerriers qui étaient revètus de l'ordre sublime, ou qui aspiraient à cbausser les éperons d'or.

Nos différents biographes et bibliographes n'ont parlé que des fables de Marie, et n’ont point eu connaissance de ses lais. Legrand d'Aussy en a traduit quatre et les a publiés sans en faire connaître l’auteur. Il est probable que ce critique n'avait jamais entendu parler de la collection

des lais qui existe parmi les manuscrits du Museum Britannicum. Davos l'espèce de préface dont ils sont précédés, Marie se fait conuaître et se nomme elle-mème.

Le second ouvrage de notre femme poëte cousiste dans un recueil de fables, intitulé le Dit d’Ysopet, qu'elle a traduit en vers français. Marie prévient, dans le prologue et dans l'épilogue, que ce travail n’a été entrepris qu'à la sollicitation d'un bomme qui est la fleur de la chevalerie et de la courtoisie, en un mot, à la prière du comte Guillaume, surnommé Longue-Epée, fils naturel de Henri II, créé comte de Salisbury et de Romare par Richard Cœurde-Lion, et que Marie appelle la fleur de la chevalerie, l'homme le plus vaillant du royaume.

Ses fables, pleines de la connaissance des secrets du cœur humain , se font remarquer suriout par une raison supérieure, un esprit simple et naïf dans le récit, par une justesse fine et délicate dans la morale et les réflexions ; car la simplicité du ton n'exclut point la finesse de la pensée : elle n'exclut que l'afféterie. On y retrouve cette naïvelé de style particulière à nos romans anciens, et qui fait douter si La Fontaine n'a pas plutôt imité notre auteur que les fahulistes d'Athènes et de Rome. L'inimitable bonhomme n'aurait point trouvé dans Esope et dans Phèdre les précieuses qualités de Marie.

J.-B. Rogurrorr.

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